Economie

Quelles sont les erreurs stratégiques commises par Aston Villa ?

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En plus d’enregistrer de mauvais résultats sportifs en cette saison 2015-16 conduisant le club à une relégation désormais inéluctable, la direction d’Aston Villa a de nouveau dévoilé un bilan financier lourdement négatif concernant le dernier exercice. Le club devra à l’avenir se restructurer en profondeur pour repartir sur un modèle sain permettant d’initier une nouvelle croissance sportive. Explications…

Aston Villa ne fait pas vraiment une belle publicité à la Ligue 1. Alors que le club de Birmingham, ancien vainqueur de la C1, a axé sa nouvelle stratégie autour d’un renforcement de ses liens avec le championnat français, les Villains pointent actuellement à une piteuse dernière place de Premier League. Avec 12 points de retard sur le premier non-relégable à 7 journées de la fin, le nouveau Board du club prépare déjà une relégation difficile en Championship.

Certes, certains éléments de la nouvelle stratégie française n’ont pas marché. Le recrutement made in Ligue 1 opéré l’été dernier – mercato au cours duquel le club a dépensé plus de 50 M£ – n’a pas produit les effets escomptés. Globalement, Jordan Amavi, Jordan Ayew, Idrissa Gueye ou encore Jordan Veretout ont déçu pour des raisons diverses et variées. Et l’arrivée d’un entraîneur français, inexpérimenté en Premier League, pour sauver le club d’une éventuelle relégation était un pari risqué. Il a d’ores et déjà échoué puisque Rémi Garde a annoncé son départ lors de cette trêve internationale.

Néanmoins, ça serait facile de faire porter le chapeau aux Frenchies des Villains. Même si Newcastle ne connait pas beaucoup plus de succès avec son recrutement réalisé en Ligue 1, le dernier mercato d’Aston Villa n’est pas responsable de tous les maux du club de Birmingham. Cela fait déjà plusieurs saisons que le club a amorcé un déclin sportif, conduisant la formation des Midlands à se battre pour son maintien depuis désormais 4 saisons consécutives. Les années au cours desquelles Aston Villa se battait pour une qualification européenne (2007-10) semblent déjà loin…

Pour l’entourage du club et notamment les supporters, le principal fautif de ce naufrage annoncé est Randy Lerner, le propriétaire américain d’Aston Villa. Ayant pendant trop longtemps délégué le management du club, il ne s’est visiblement pas entouré des bonnes personnes pour gérer au mieux une formation qui possède des structures financières lui permettant de viser sereinement le ventre-mou de Premier League.

Et sur le plan financier, l’ère Lerner s’avère être un véritable gouffre. Le club vient d’annoncer pour la saison 2014-15 un nouveau résultat avant impôt lourdement déficitaire de l’ordre de 27,8 M£ ! Depuis que le propriétaire américain a repris le club, Aston Villa n’a jamais affiché un bilan financier positif. Au total, la formation de Birmingham a affiché près de 250 M£ de pertes financières sur la période 2007-15 !

Concernant les revenus opérationnels, le club génère actuellement environ 115 M£ de recettes par exercice. Cela constitue un CA raisonnable, situant le club autour de la 10ème place de Premier League sur ce critère. Néanmoins, la croissance des recettes du club est faible par rapport au secteur sur la période 2008-14 et est essentiellement portée par la hausse des recettes télévisuelles n’apportant aucun avantage compétitif par rapport à ses concurrents nationaux étant donné son classement des dernières années et le mode de redistribution appliqué en Premier League.

Outre l’absence d’une croissance financière dynamique au sein du club, Aston Villa est une formation qui vit au-dessus de ses moyens depuis trop longtemps ! La masse salariale a ainsi représenté plus de 70% des revenus opérationnels du club lors de 6 des 7 dernières saisons. Le club a atteint un nouveau record au cours de la saison 2014-15 en supportant une masse salariale 83,8 M£, dépassant le pic de la saison 2010-11. En plus de supporter une masse salariale trop importante par rapport à ses revenus opérationnels, elle n’est également pas en adéquation par rapport aux résultats sportifs enregistrés par le club. Aston Villa possède la 7ème masse salariale de Premier League alors qu’il lutte contre la relégation depuis 4 saisons consécutives, élément mettant à mal la théorie définie par Simon Kuper dans Les attaquants les plus chers ne sont pas ceux qui marquent le plus, stipulant que le niveau salarial conditionne 92% des résultats sportifs de Premier League. Enfin, Aston Villa ne compense pas son déficit structurel par le marché des transferts : le club est très peu vendeur même si le club a bousculé ses habitudes lors du dernier mercato estival en cédant notamment Benteke et Delph.

La seule bonne nouvelle pour Aston Villa est la forte réduction de sa dette brute au cours du dernier exercice. Si Randy Lerner a certainement délégué aux mauvaises personnes la gestion du club au cours des dernières saisons, il n’a jamais lâché financièrement Aston Villa. Ce dernier a converti en augmentation de capital près de 175 M£ de créances lors des deux derniers exercices. Le club présentait au 30.06.15 une dette brute de 30,8 M£ donnant lieu à un paiement de 1,2 M£ d’intérêts. Une somme dérisoire par rapport aux montants déboursés par Manchester United (35 M£) pour se financer.

Finalement, la descente d’Aston Villa en Championship est peut-être un mal pour un bien. Randy Lerner a déjà profité de cette deuxième partie de saison où l’issue est désespérée pour conduire un audit du club. Il a également entamé les grandes manœuvres pour changer les hommes à la tête de la structure. Steve Hollis, ancien consultant chez KPMG, vient d’arriver en tant que président pour succéder à Tom Fox. Le Board a également été renforcé avec les arrivées successives de David Bernstein, ancien patron de la Fédération Anglaise et de Manchester City, et de Mervyn King, ancien dirigeant de la Banque d’Angleterre. L’encadrement sportif devrait également beaucoup évoluer lors des prochains mois. Outre le remplacement de Rémi Garde, le directeur sportif Hendrik Almstadt a également pris la porte.

Aston Villa devrait afficher une direction executive et sportive new-look pour son retour en Championship pour la première fois depuis 1987-88. Un remaniement qui annonce un nouveau départ indispensable pour retrouver le chemin de la croissance sportive et financière…

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Source photo à la Une : © Capture vidéo Aston Villa FC (Youtube)

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