Economie

Le Brésil interdit la tierce propriété dans son championnat

La Confédération Brésilienne de Football (CBF) vient d’annoncer l’interdiction de contrat de tierce propriété des joueurs évoluant dans son championnat à partir de mai 2015. Le championnat brésilien se conforme ainsi à la volonté de la FIFA qui a explicitement indiqué en fin d’année 2014 sa volonté de mettre fin au TPO lors des années à venir. Explications…

Les dirigeants de fonds d’investissements spécialisés dans le football font grise mine en ce moment. Après avoir entendu dernièrement les velléités de la FIFA d’interdire les accords de tierce propriété dans le football (TPO), le football brésilien a décidé d’agir en annonçant l’interdiction ferme de ce type de pratique dans son championnat, le Brasileirao, à compter du 1er mai 2015.

Les accords de TPO – pratique qui consiste à céder une partie des droits économiques d’un joueur à une société tierce qui est souvent un fonds d’investissements – ne pourront plus être utilisés par les clubs brésiliens dès mai 2015. Entre janvier et mai, les accords de ce type ne pourront couvrir qu’une durée d’un an maximum.

Le Brésil est alors le quatrième marché à mettre fin à ce type de pratiques après la France, l’Angleterre ou encore la Pologne. En revanche, il s’agit du premier pays à mettre en application cette interdiction depuis l’annonce faite par la FIFA. La CBF devance l’institution internationale en combattant un procédé qui a souvent mis en péril les finances des clubs du pays.

Cette annonce constitue une très mauvaise nouvelle pour les fonds d’investissements spécialisés dans l’acquisition des droits commerciaux de joueurs de football. Entre janvier 2011 et juin 2014, les clubs brésiliens ont été impliqués dans 5 003 transferts pour une somme représentant 4,1 milliards de dollars. Cela place le Brésil comme le premier marché mondial en termes de transferts.

Les fonds d’investissements pourront-ils contourner le règlement ?

En plus d’un marché au fort potentiel, les clubs brésiliens avaient pour habitude d’avoir recours aux fonds d’investissements afin d’enrôler des joueurs au-dessus de leurs moyens. La cession d’une partie des droits des joueurs à des fonds permettait au club de financier une campagne de recrutement ou encore d’accorder des revalorisations salariales importantes à certains éléments des effectifs.

Le club des Corinthians avait notamment pour habitude de travailler avec le fonds d’investissements MSI, dirigé par l’homme d’affaires iranien Kia Joorabchian. Une collaboration qui a failli coûter la carrière de Javier Mascherano. Lors de son transfert de River Plate aux Corinthians, les droits du joueur sont alors achetés par MSI. Lors de son passage dans le club brésilien, MSI a souhaité diminuer sa collaboration avec les Corinthians pour prospecter vers d’autres clubs brésiliens. Une décision qui n’a pas plu aux dirigeants brésiliens de l’époque qui ont alors décidé de mettre sur le banc la pépite brésilienne afin de baisser sa valeur et d’entamer un bras de fer avec MSI. Finalement, Javier Mascherano s’en sortira en signant à … West Ham United, ralentissant son ascension de quelques années.

mascherano corinthians

Javier Mascherano s’est retrouvé au milieu d’un conflit entre MSI et la direction de son club quand il évoluait aux Corinthians.

Ce genre de conflits ne devrait plus intervenir au sein du football brésilien. Néanmoins, la CBF n’a pas encore indiqué ce qu’elle ferait au sujet des contrats de TPO qui seront encore en vigueur au-delà de 2015. Pour le moment, elle a ordonné à l’ensemble des clubs d’indiquer tous les joueurs dont les droits sont en partie ou complètement détenus par des fonds d’investissements.

L’annonce émise par la CBF a déjà freiné quelques riches investisseurs qui commençaient à s’intéresser au marché lucratif des droits des joueurs de football. Ainsi, Magellan Makhlouf, directeur général d’un fonds d’investissements saoudien, a mis fin à sa volonté d’investir 50 M$ dans le fonds d’investissements brésilien Traffic Sports, spécialisé dans l’acquisition de droits des joueurs.

Si cette interdiction au Brésil préoccupe les fonds d’investissements opérant majoritairement sur ce marché, d’autres acteurs internationaux demeurent sereins. C’est notamment le cas de Doyen Sports, société considérée comme leader dans le secteur. Ses dirigeants estiment – en coulisse – qu’il existera des moyens de contourner la réglementation. Malgré le changement de règlementation, le fonds a réalisé dernièrement un gros coup en parvenant à acquérir 100% des droits du jeune buteur Marcelo Cirino pour 6,1 M$, le transférant dans la foulée au club ami de Flamengo. Dans une interview récemment accordée à nos confrères de Challenges, le dirigeant du fonds Doyen Sports, Nelio Lucas, a confié sa volonté d’investir sur le marché français malgré l’interdiction du TPO au sein des championnats professionnels de l’Hexagone.

La Liga Sagres est divisée sur le rôle des fonds d’investissements

Du côté du Portugal, de nombreux dirigeants surveillent attentivement les actions prises à l’encontre des fonds d’investissements. De nombreux clubs – quasiment la totalité des formations de Liga Sagres – ont recours au TPO pour dénicher des perles à bas prix et réaliser ensuite des plus-values.

L’actuel président du Sporting CP, Bruno de Carvalho, est le seul dirigeant portugais à s’être actuellement positionné à l’encontre du rôle joué par les fonds d’investissements dans le championnat de Liga Sagres. Selon le dirigeant du club, les fonds sont responsables des lourds problèmes financiers rencontrés par le club lors des dernières saisons. Les fonds contribuent à alimenter une bulle spéculative néfaste pour le milieu du ballon rond.

Bruno de Carvalho est isolé au sein d’un championnat qui ne cesse de travailler avec les fonds d’investissements. Certains dirigeants n’hésitent pas d’ailleurs à confier publiquement le rôle bénéfique joué par ces acteurs au sein du championnat de Liga Sagres. « Sans la tierce propriété, le championnat portugais ne pourrait plus rivaliser avec les clubs anglais, allemands ou même français. On connaîtrait le même sort que les Belges ou les Néerlandais » a ainsi récemment confié Antonio Campos, président de Rio Ave, dans un entretien accordé à So Foot. Un avis qui est partagé par de très nombreux dirigeants du championnat lusitanien…

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