Economie

Le championnat portugais se porte-t-il bien financièrement?

L’organisation de l’Euro 2004 devait permettre au championnat portugais de franchir un pallier dans la hiérarchie européenne. Dix ans après, le bilan semble positif à première vue. Depuis deux ans, la Liga Zon Sagres devance le championnat de France au coefficient UEFA. Mais cette statistique est un trompe l’œil et l’état de santé du championnat n’est pas si bon que cela.

En 1998, lors de la désignation du pays hôte pour l’Euro 2004, l’euphorie était de mise du côté du Portugal. Pour obtenir l’organisation de ce grand événement, les Portugais avaient fait les choses en grand. Ils avaient notamment promis de construire neuf stades flambants neufs pour une compétition qui n’accueillait que 16 équipes.

A l’époque, l’organisation de l’Euro faisait consensus au sein de la classe politique du pays. Tous les dirigeants de club étaient d’accord pour affirmer que la rénovation des stades était un élément incontournable pour accroitre la compétitivité du championnat. Et les hautes sphères politiques attendaient des retombées économiques importantes durant le mois de compétition.

Malgré l’engouement généralisé de l’époque, certaines voix s’alarmaient. Il y eut tout d’abord Cavaco Silva, ancien premier ministre du pays et désormais président du Portugal. En 2002, dans El Pais, l’homme politique portugais s’était montré sévère à l’égard des lourds emprunts réalisés par les collectivités locales pour la rénovation des stades. Selon lui, l’investissement était improductif et aurait très peu de bonnes retombées financières. L’argent aurait du être investi dans d’autres domaines comme l’éducation ou la modernisation de l’appareil productif du pays.

cavaco silva

Le président du Portugal, Cavaco Silva, a été un des pionniers à critiquer les investissements entrepris dans la rénovation des stades pour l’Euro 2004.

Un autre signal d’alarme intervient en 2002 quand le président du SC Campomaiorense, Joao Nabeiro décide d’arrêter ses investissements. Le club, qui accumulait dix ans de présence au sein du football professionnel portugais coûtait trop cher à son président. Il estimait que les recettes étaient trop peu élevées pour atteindre un jour une rentabilité.

La Liga Zon Sagres est plongé dans un marasme financier

Aujourd’hui, les clubs portugais possèdent bien des stades neufs d’une grosse capacité. Financés à crédit, ils doivent s’acquitter de lourds loyers aux municipalités pour pouvoir les exploiter. Problème : ils sont incapables de les remplir. Hormis Porto, Benfica et le Sporting ; tous les autres clubs ont des taux de remplissage inférieurs à 50%. Les nouveaux outils n’engendrent donc aucun revenu additionnel en billetterie.

L’exemple le plus cinglant est celui de l’Uniao Leiria. Incapable de remplir son nouveau stade, construit pour accueillir 2 petits matchs de l’Euro 2004 et coûtant près de 55 millions d’euros, celui-ci est devenu un véritable fardeau pour le club et la ville. La saison 2011-12 est un calvaire pour le club. Dans l’impossibilité de payer les salaires, de nombreux joueurs rompent leur contrat. Lors de la 29ème journée de cette saison, le club aligne dès le départ 8 joueurs lors d’un déplacement à Feirense. Le score est sans appel : défaite 4-0. Leiria terminera dernier à l’issue de la saison et sera rétrogradé en troisième division.

Leiria n’est pas le seul club lusitanien à avoir connu des problèmes financiers ces dernières saisons. Le club du Boavista, champion en 2001, a été rétrogradé en 2008 en troisième division portugaise. Même si une affaire de corruption vient se mêler à la chute du deuxième club de Porto, c’est d’abord une situation financière précaire qui a causé la chute du club. Le club accusait un passif de 20 millions d’euros lors de sa rétrogradation. Cependant, Boavista sera réintégré en première division lors de la saison 2013-14.

Porto et Benfica masquent les grosses difficultés financières

Même le troisième grand club portugais connait aujourd’hui des difficultés financières. Le Sporting Portugal doit faire face à un passif qui serait proche de 50 millions d’euros. Les résultats sportifs se dégradant, le club doit céder ses meilleurs joueurs pour pouvoir s’en sortir. L’avant-centre phare du club, Ricky van Wolfswinkel a été dernièrement vendu à Norwich contre un chèque de 10 millions d’euros.

Aujourd’hui, seuls le Benfica et Porto permettent au championnat d’émerger. Et le modèle économique des deux clubs reste friable. Chaque saison, Porto doit vendre quelques-uns de ses meilleurs éléments pour renflouer les caisses. La pérennité du club repose sur le dénichage de pépites en Amérique Latine.

Benfica est un club plus stable. Il profite de son immense popularité pour séduire les joueurs. L’engouement autour du club compense les milliers d’euros que ses stars peuvent gagner en plus à l’étranger. Ils acceptent de réaliser des concessions financières pour vivre cette ferveur populaire. Mais la rude crise économique qui touche le pays oblige certains supporters à ne plus se rendre à l’Estadio de la Luz. Faute de moyens…

Le championnat portugais s’accroche aujourd’hui à la cinquième place UEFA, devant la France. Mais avec l’arrivée des gros investisseurs étrangers en Ligue 1, combinée à une crise économique très sévère au Portugal avec des gestions financières peu saines ; il y a fort à parier que la Ligue 1 retrouvera rapidement son cinquième rang.

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