Economie puissance chinese super league

Publié le 26 décembre, 2016 | par Anthony Alyce

La Chinese Super League peut-elle menacer l’hégémonie du football européen ?

Alors que les clubs chinois avaient massivement investi lors du mercato hivernal 2016 afin de renforcer leurs effectifs, les formations de Chinese Super League semblent être parties sur les mêmes bases lors de cette nouvelle période de transferts. Une capacité à investir qui commence à inquiéter certains décideurs de Premier League. Explications…

Après avoir dépensé près de 360 M$ lors du mercato hivernal 2016, la Chinese Super League semble repartir sur les mêmes bases lors de cette nouvelle période de transferts. Malgré l’entrée en vigueur de règles plus restrictives – les clubs de l’élite chinoise sont désormais autorisés à compter jusqu’à 4 joueurs étrangers au sein de leur effectif au lieu de 5 précédemment – les formations de Chinese Super League sont à nouveau prêtes à dépenser des sommes folles pour attirer des stars du football européen ou sud-américain.

Ainsi, le club de Shanghai SIPG, vient d’accepter de débourser 52 M£ pour acheter le milieu offensif brésilien Oscar à Chelsea. Le club chinois a donc versé une somme mirobolante pour un joueur qui ne parvenait plus à gagner sa place de titulaire au sein des Blues. En plus de l’indemnité de transfert, la formation de Shanghai versera un salaire hebdomadaire de 400 000 £ au joueur, correspondant à une rémunération annuelle de l’ordre de 20,8 M£ ! Un salaire qui ne constitue pas une anomalie au sein du championnat de CSL : les joueurs étrangers sont régulièrement surpayés pour compenser le manque d’attractivité du championnat. Carlos Tevez, dernièrement recruté par l’autre club de la mégapole, le Shanghai Shenhua, percevra un salaire annuel de l’ordre de 38 M€…

La récurrence des importants investissements réalisés par les clubs de Chinese Super League au sein des marchés des transferts commence à inquiéter certains décideurs de Premier League. Arsène Wenger, Manager d’Arsenal, n’a pas hésité à évoquer le sujet dernièrement en conférence de presse. « Je pense qu’Oscar est parti car il ne joue pas en Premier League. La Chine lui donne cette chance. Pour créer une grande puissance, la Chine investit beaucoup d’argent. Cela constituera-t-il un problème pour la Premier League dans le futur ? Ça pourrait en devenir un » a alors affirmé l’entraîneur alsacien des Gunners. Selon la presse anglaise, les clubs chinois constitueraient déjà un problème pour Arsenal FC. Certaines formations de Chinese Super League pollueraient ainsi les négociations contractuelles actuellement menées par la direction des Gunners auprès d’Alexis Sanchez…

Le modèle de croissance de la Chinese Super League est-il durable ?

Mais les investissements massifs entrepris par les clubs de Chinese Super League peuvent-ils durer ? Alors que les principaux clubs chinois sont soutenus financièrement par de puissants industriels du pays – le géant de l’e-commerce Alibaba est propriétaire de 50% de Guangzhou Evergrande, Suning a racheté le club de Jiangsu Suning… – ces derniers génèrent lors de chaque exercice d’importantes pertes financières. Enregistrant des recettes opérationnelles entre 30 et 100 M€ – malgré l’entrée en vigueur des nouveaux contrats TV – les clubs de CSL ne peuvent supporter seuls les importants salaires octroyés à leurs stars étrangères. Ils ont alors besoin des investissements – réalisés sous forme d’augmentations de capital ou d’abandons de créances – réalisés par leurs puissants propriétaires pour combler leurs pertes financières.

Une telle politique est-elle économiquement durable ? Deux facteurs seront déterminants pour répondre à une telle question : le niveau de croissance des recettes structurelles des clubs de Chinese Super League et l’état de santé de l’économie chinoise. Si les différents indicateurs concernant l’ascension financière du championnat de CSL sont pour le moment au vert, il faudra néanmoins encore du temps pour que la compétition puisse structurellement supporter le niveau de dépenses de ses clubs sans injections extérieures.

Mais le principal problème pourrait venir de l’état de santé de l’économie chinoise. « Lors des 40 dernières années, les fortes accélérations des crédits accordés au secteur privé ont régulièrement conduit à un éclatement d’une bulle spéculative. Ce fut le cas au Japon en 1990, au sein des tigres asiatiques en 1998, aux Etats-Unis en 2007 ou encore en Europe en 2008 » a alors indiqué Dhaval Joshi, Vice-Président de BCA Research, lors d’un entretien dernièrement accordé au Guardian.

Or, afin d’éviter une crise politique, le gouvernement chinois n’a pas hésité depuis la fin des années 2000 à soutenir l’octroi de prêts au secteur privé, permettant de maintenir un haut niveau de croissance économique. Des crédits qui ont conduit à des investissements qui n’ont pas toujours été réalisés de manière rationnelle et qui amènent certains économistes à s’interroger sur une potentielle « surchauffe » de l’économie chinoise. Au mois de mars 2016, les encours des crédits au secteur privé représentaient ainsi 210% du PIB en Chine contre 150% aux Etats-Unis, par exemple.

En cas de sévère ralentissement de l’économie chinoise, nul doute que le championnat de CSL en pâtirait à tous les niveaux. La croissance des revenus structurels de la compétition ralentirait nettement alors que les grands investisseurs seraient contraints de revoir leur business model. Néanmoins, ce scénario catastrophe n’est pas à l’ordre du jour. Les différents experts financiers prédisent plutôt une croissance supérieure à 5% pour la Chine lors des années à venir, n’envisageant pas un brusque ralentissement des activités du pays. Un scénario de légère contraction de la croissance qui ne devrait pas affecter l’industrie sportive du pays, secteur en pleine ébullition.

Sans s’en inquiéter outre-mesure, le football européen devra donc désormais composer de façon durable avec les importants investissements réalisés par les clubs de Chinese Super League au sein du marché des transferts…

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Source photo à la Une : Flickr.com (@cfcunofficial (Chelsea Debs) LondonCC BY-SA 2.0)


A propos du contributeur

Spécialiste des problématiques foot-business, je partage mes analyses construites à partir d'échages avec des experts du secteur, de rapports d'études ou encore d'articles publiés au sein de médias français ou internationaux



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