Economie

Développement de la Chinese Super League : miracle ou mirage économique ?

Alors que la frénésie suscitée par les investissements opérés par les clubs de Chinese Super League au cours du dernier mercato hivernal est quelque peu retombée, les formations chinoises pourraient repasser à l’attaque lors des prochaines fenêtres internationales de transferts. Et malgré le recours au mécénat, de nombreux acteurs du football chinois sont confiants quant à l’atteinte rapide d’une certaine rentabilité financière. Explications…

Le déroulement du dernier mercato hivernal a été une réelle surprise pour bon nombre d’experts du football mondial. Alors que de nombreux observateurs guettaient les mouvements des clubs de Premier League, qui avaient déjà anticipé la hausse de leurs recettes TV lors du mercato estival 2015, c’est finalement la Chinese Super League qui a été le principal acteur de ce marché international en investissant près de 360 M$. Une somme supérieure de 100 M$ par rapport aux emplettes réalisées par les clubs anglais.

Devant la volonté affichée du président chinois Xi Jinping de développer au plus vite le football national, les gros acteurs industriels du pays ont soutenu les achats opérés par les clubs de Chinese Super League. Alors que le club de Guangzhou Evergrande – plus gros clubs chinois – réalisait jusqu’à présent un chiffre d’affaires opérationnel autour de 55 M€ par exercice, le club n’a pas hésité à sortir son carnet de chèques pour acheter Jackson Martinez contre une indemnité de transfert de 42 M€ ! Et l’international colombien percevra un salaire annuel net de l’ordre de 12,5 M€. Le cas de Guangzhou Evergrande n’est pas une exception puisque la grande majorité des clubs de Chinese Super League ont déboursé des sommes astronomiques en indemnités de transferts et en salaires pour satisfaire leurs ambitions sportives.

Bien évidemment, les revenus opérationnels générés actuellement par les différents clubs ne sont pas suffisants pour couvrir leurs nouveaux frais de fonctionnement et l’explosion de la dotation liée aux amortissements de transferts. Pour maintenir la continuité de leurs activités, les clubs doivent alors faire appel à leurs puissants actionnaires, qui procèdent à des augmentations de capital ou à des abandons de créances pour soutenir le développement.

Mais un tel modèle de développement, basé sur le mécénat, et aux antipodes du fair-play financier instauré dans le football européen, est-il viable ? Clairement, les principaux acteurs du football chinois sont aujourd’hui plus inquiets par le temps nécessaire pour réellement élever leur niveau sportif plutôt que par la rentabilité financière. Si les résultats obtenus lors de l’édition 2016 de la Ligue des Champions AFC sont pour le moment très décevants compte tenu des investissements – Guangzhou Evergrande et Jiangsu Suning ont été éliminés dès la phase de poules – en revanche, les différents protagonistes de la Chinese Super League s’attendent à un retour sur investissement très rapide.

« En Chine, le volume de personnes regardant le football va devenir gigantesque. Un cercle vertueux est en train d’être instauré. Plus d’exposition médiatique entraîne plus de sponsors donc plus d’argent et la possibilité d’acheter de meilleurs joueurs. Et cela entraînera une nouvelle hausse de l’exposition médiatique et de l’engouement populaire » a alors indiqué Sholto Douglas-Home, directeur marketing de la firme Hays, partenaire de la Chinese Super League.

Chen Jingfeng, président du groupe China Media Capital, écarte également l’idée d’une bulle spéculative qui pourrait éclater à tout moment dans le football chinois. Alors que son groupe a déboursé 8 milliards de yuans (soit 1,088 milliard d’euros) pour acquérir les droits TV domestiques de la Chinese Super League pour les 5 prochaines saisons, le patron de CMC estime que les synergies créées actuellement entre le football européen et chinois aideront la CSL à se développer économiquement. « Aider la Chine à développer ses jeunes talents et développer l’offre de merchandising au plus grand nombre est un excellent pari pour le futur, notamment quand le football chinois commencera à générer des bénéfices » indique alors Chen Jingfeng, justifiant par la même occasion l’investissement opéré par CMC auprès de City Football Group.

Il est vrai que la Chine a montré des signes très encourageants au cours des derniers mois en termes de développement footballistique. Alors que le pays ne comptait qu’un peu plus de 130 000 licenciés en 2014, le chiffre aurait d’ores et déjà dépassé la barre du million. Et en imposant la pratique du football aux écoliers, le pays devrait connaître une croissance exponentielle de son nombre de jeunes pratiquants ! Concernant l’intérêt pour son championnat local, la Chinese Super League a déjà réuni près de 22 000 spectateurs de moyenne lors de l’édition 2015 ! Un chiffre qui se rapproche des affluences enregistrées en Ligue 1 et en Serie A…

Volonté politique, investissements des grands acteurs industriels du pays, collaboration des clubs européens, engouement populaire en forte progression… de nombreux signaux sont au vert quant au développement à long terme du football au sein de l’Empire du Milieu. Néanmoins, après une première vague de très gros investissements sur le marché des transferts, le championnat aura surement besoin de réorienter son modèle afin de mieux calibrer son développement sportif tout en se rapprochant de l’autonomie financière. Un défi qui semble être à la portée des clubs chinois de Super League…

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Source photo à la Une : © Gzevergrandefc.com

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