Stratégie

La Chine parviendra-t-elle à s’imposer comme une puissance majeure du football mondial ?

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Alors que les efforts entrepris par le gouvernement chinois en matière de promotion du sport ne datent pas d’hier, l’actuel leader politique de l’Empire du Milieu Xi Jinping a impulsé une nouvelle stratégie visant à transformer la Chine en puissance majeure du football mondial à moyen terme. Mais la Chine parviendra-t-elle à se hisser au sommet de la hiérarchie mondiale du secteur ? Et sa stratégie de développement est-elle économiquement soutenable ? Eclairage…

Le secteur footballistique mondial en est encore abasourdi. Pour la première fois de son histoire, un championnat non-européen a mené les investissements réalisés sur le marché des transferts lors du dernier mercato hivernal 2016. Alors que tous les professionnels scrutaient les mouvements opérés par la richissime Premier League, c’est finalement le championnat de Chinese Super League qui a dirigé les opérations. Au final, les différents clubs chinois ont dépensé près de 360 M$, soit 100 M$ de plus que la Premier League, dauphin en matière d’investissements.

L’exemple le plus marquant dans cette prise de pouvoir économique du football chinois est celui du transfert d’Alex Teixeira, international brésilien évoluant au sein du club ukrainien du Shakhtar Donetsk. Intéressé par le joueur, Liverpool FC le suivait depuis plusieurs mois afin de le recruter lors du mercato hivernal. Une offre autour de 25 M€ avait été formulé pour le faire venir. Finalement, le club de Jiangsu Suning a eu le dernier mot en offrant 50 M€ au Shakhtar ! Et une rémunération avoisinant 10 M€ par exercice a été offerte au joueur pour le convaincre de signer en Chine.

L’exode de joueurs évoluant au sein des meilleurs clubs européens et sud-américains – entamé de façon significative lors du dernier mercato hivernal – n’est certainement pas terminé. D’après les informations relayées par la presse chinoise et anglaise, le club de Shanghai SIPG tenterait de réunir des moyens financiers afin de formuler une offre salariale à hauteur de 100 M€ par exercice (!!!) pour pouvoir recruter Wayne Rooney. Un salaire qui serait alors 5 fois supérieur à celui de Lionel Messi, joueur actuellement le mieux payé de la planète football. Yaya Touré est également dans le viseur de plusieurs clubs chinois qui sont prêts à passer rapidement à l’action pour recruter le meneur de jeu des Citizen.

Si cette hausse des investissements réalisés par la Chine dans le secteur footballistique semble venir de nulle part, le pays préparait en réalité son offensive depuis déjà de nombreuses années. Depuis la fin des années 90-2000, le pays a décidé d’ériger le développement de la pratique sportive en priorité, pour des motifs tant diplomatiques qu’économiques. Cela s’est notamment traduit par l’organisation des Jeux Olympiques de Pékin en 2008. Et les performances sportives sont également au rendez-vous : la Chine s’impose désormais comme la deuxième nation la plus performante à l’échelle mondiale. Lors des derniers JO de 2012, le pays a notamment remporté 88 médailles et a été battu uniquement par les Etats-Unis (103 médailles).

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  • Sur le plan footballistique, le dirigeant du pays Xi Jinping a repris les choses en main personnellement après une première vague d’investissements complètement ratée (arrivées notamment de Drogba et Anelka en CSL en 2012 mais les stars sont reparties très tôt en raison de retards de paiement des salaires entre autres). Pour pouvoir organiser un développement durable, le gouvernement chinois a premièrement réalisé le ménage au sein des institutions footballistiques afin d’enrayer les problèmes récurrents de corruption subis par le championnat local. Une centaine de personnes impliquées dans des activités illégales liées au football ont été emprisonnées depuis 2013. Pour (re)dorer le blason du football local à l’international, la fédération chinoise s’est également payée un ambassadeur de choix : David Beckham a ainsi signé en 2013 un contrat de 5 ans avec la fédération chinoise à hauteur de 50 M£ !

    Enfin, Xi Jinping a souhaité entraîner tous les grands acteurs économiques du pays dans le développement du football chinois. En 2014, des dispositifs assimilés à des allègements fiscaux ont été mis en place à destination des entreprises investissant dans le secteur footballistique. Très rapidement, les grands acteurs se sont positionnés sur ce marché pour bénéficier des privilèges accordés. Le géant du e-commerce chinois, Alibaba.com, a acquis 50% du capital social de Guangzhou Evergrande contre un investissement estimé à 140 M€ et le grand groupe d’électroménager Suning a racheté le club de Nanjing. D’autres acteurs ont préféré prendre des participations dans des grands clubs européens (Wanda, Rastar Group, Ledus…) afin d’importer leurs modèles de formation en Chine.

    Si l’arrivée de tels investisseurs ont alors permis aux clubs chinois de lancer une vaste campagne de recrutement lors du dernier mercato hivernal, ce modèle de développement est-il pour autant soutenable ? A première vue, les clubs de Chinese Super League afficheront de lourds déficits lors des saisons à venir. Malgré une augmentation exponentielle des droits TV – qui ont atteint 1,2 milliard de dollars pour la période 2016-21 – ils ne suffiront pas à financer le train de vie des clubs. Et malgré une affluence moyenne conséquente – autour de 22 000 spectateurs en 2015 – les recettes de billetterie ne sont également pas conséquentes. Guangzhou Evergrande, vainqueur de deux des trois dernières éditions de la Ligue des Champions asiatique, affiche des revenus opérationnels autour de 55 M€ par exercice.

    Par conséquent, les grands groupes industriels chinois investissant dans le football font un pari alimentant actuellement une certaine bulle spéculative autour de ce secteur dans le pays. Un pari qui est bien aidé par les incentives accordées par le gouvernement. Mais qu’arrivera-t-il si le pays venait à connaître une période de ralentissement économique ou si le gouvernement décidait de stopper cette politique ?

    Pour le moment, cette question ne semble pas être à l’ordre du jour. Au-delà de l’organisation d’une Coupe du Monde ou d’un titre mondial (objectifs exprimés par le gouvernement chinois), la Chine veut s’imposer comme un acteur qui compte sur la scène internationale footballistique de façon durable. A travers le développement du football, la Chine souhaite en réalité faciliter ses relations diplomatiques aux quatre coins du globe tout en fédérant l’intégralité de sa société au sein laquelle les inégalités ne cessent d’augmenter en raison de la croissance économique rapide affichée par le pays. Néanmoins, le gouvernement espère à terme que le secteur footballistique deviendra assez mature afin qu’il puisse retirer les incentives actuellement en place pour favoriser les premiers investissements. A ce moment-là, il aura alors intégralement réussi son pari…

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    Source photo à la Une : © Wikipedia.org (Albatross2147)

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