Droits TV

L’émergence de Vine remet-elle en cause les droits TV footballistiques ?

La LFP a dernièrement affirmé dans la presse écrite qu’elle était prête à attaquer en justice le réseau social Twitter, propriétaire de la plateforme de micro-vidéo Vine, pour violation de la propriété intellectuelle. Une attitude agressive envers l’entreprise américaine que d’autres ligues sportives n’ont pas forcément adopté. Explications…

Jérôme Perlemuter, avocat défendant les intérêts de la Ligue de Football Professionnelle, a affirmé la semaine dernière dans L’Equipe que la LFP était prête à attaquer en justice Twitter si cette dernière continuait à ignorer la question des ayants droit dans le sport. « Si Twitter refuse de prendre en compte la question des ayants droit, nous serons contraints d’agir devant les tribunaux » a alors déclaré Jérôme Perlemuter.

Les menaces proférées par la LFP à l’encontre de Twitter font bien évidemment référence aux micro-vidéos Vine qui ont fait une apparition massive lors du dernier mondial sur Twitter et qui ne cessent de se développer. Ces vidéos de 6 secondes mettent généralement en scène les buts d’un match de football et de beaux gestes techniques. Les utilisateurs de Twitter postant ces vidéos ne tiennent nullement compte de la propriété intellectuelle des images filmées généralement devant un poste de télévision.

Frédéric Thiriez

La LFP, via son président Frédéric Thiriez, souhaite lutter contre la diffusion de vidéos pirates de Ligue 1 sur Twitter.

« Il est incompréhensible qu’une société cotée et prétendument sérieuse comme Twitter traite avec autant de légèreté la question du copyright » a alors indiqué Jérôme Perlemuter. La LFP a adressé trois mises en demeure officielles à Twitter sans obtenir de réponse. La Ligue envisage désormais à assigner le réseau social en justice afin de faire bouger les choses.

Selon les informations rapportées par Le Figaro, la LFP pourrait demander 10 M€ de dédommagements à Twitter concernant le piratage de vidéos de Ligue 1. Cette compensation financière se base sur des décisions de justice récemment prononcées en faveur de la LFP : deux grands sites ont récemment dédommagé la LFP à hauteur de 5 000 € par vidéo publiée et violant les accords de droits TV de Ligue 1. Actuellement, une cinquantaine de vidéos Vine circulerait par journée de championnat de Ligue 1 sur Twitter.

D’autres ligues sportives négocient avec Twitter

Si la Ligue 1 a décidé d’attaquer frontalement le réseau social Twitter en évoquant des actions en justice, d’autres ligues sportives préfèrent collaborer avec la plateforme de micro-blogging. C’est notamment le cas de la Premier League qui a été le premier championnat à s’inquiéter du développement de l’utilisation de Vine durant la dernière Coupe du Monde.

Commercialisant les droits digitaux des images des buts marqués au Sun – qui lui-même revend ce droit sous forme d’abonnement au grand public contre un indemnité de 8£ par mois – la direction de la Premier League cherche à protéger cette manne financière en luttant contre Vine. Néanmoins, au lieu de s’en prendre directement à Twitter, la direction de la Premier League cherche à collaborer avec le réseau de micro-blogging afin de sanctionner les utilisateurs publiant des vidéos dont ils ne possèdent pas les droits. A cet effet, la Premier League cherche à mettre au point un gif crawler conjointement avec Twitter afin de détecter plus rapidement les utilisateurs publiant des vidéos pirates sur les réseaux sociaux.

Alors que la Premier League joue la carte de la répression, d’autres Ligues ont décidé de collaborer en publiant eux-mêmes des micro-vidéos sur Twitter. C’est notamment le cas de la NBA qui utilise le dispositif Twitter Amplify pour poster des vidéos d’actions spectaculaires. Ainsi, la ligue de basket américaine possède un plus grand contrôle sur le contenu vidéo publié tout en disposant d’un espace monétisable au sein du réseau de micro-blogging.

Vers une redéfinition de la commercialisation des droits TV ?

Si certaines ligues préfèrent collaborer avec les réseaux sociaux plutôt que de les attaquer en justice pour préserver leur propriété intellectuelle, la multiplication des conflits au sujet des diffusions pirates de contenus vidéos sur des dispositifs digitaux mérite une réflexion sur l’évolution de la commercialisation des droits TV. Dans de nombreuses ligues, la commercialisation des droits TV est segmentée par marché géographique, média et type de contenu.

Cette segmentation triptyque devra certainement évoluer au cours des prochains appels d’offres. Il parait aujourd’hui difficilement imaginable de commercialiser des droits TV indépendamment de droits digitaux. Pour protéger voire accroître la valeur de leurs acquisitions, les diffuseurs TV devront se servir de dispositifs digitaux afin d’offrir une expérience utilisateur novatrice à leurs clients.

Le développement de consultation de contenus vidéos sportifs sur les médias digitaux remet également en cause la segmentation géographique. Néanmoins, l’utilisation de dispositifs de type « geo-blocking » devrait permettre aux différentes ligues d’adopter des tarifications différentes en fonction du marché géographique concerné.

La commercialisation des droits TV sportifs se prépare à de grands chamboulements dans les années à venir. Si la multiplication des plateformes de diffusion représente une opportunité pour les ligues car elle amplifie la consommation de contenus sportifs, les différentes ligues sportives doivent être également conscientes des adaptations à mener afin de profiter au maximum de cette mutation. Sans grand chambardement, l’opportunité représentée par cette mutation numérique pourrait se transformer en une menace importante.

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