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Le malaise Equipe de France

Malgré les récents bons résultats obtenus par le nouveau sélectionneur Didier Deschamps, le public français a du mal à s’enthousiasmer pour son équipe nationale. Cet élan de patriotisme n’a en réalité jamais existé si ce n’est durant la période 98-02 durant laquelle l’équipe de France dominait la planète entière. Ce désintérêt a recommencé à croître après la défaite en finale de Coupe du Monde en 2006 . Ecofoot essaie de décrypter pourquoi l’EDF ne suscite pas les passions…

Contrairement à nos voisins européens, où le supportariat de l’équipe nationale est indissociable à l’amour porté pour le football, la France ne connait pas ce phénomène. Même lors des rencontres épiques des années 80 sous l’ère Platini, avec notamment la victoire lors de l’Euro 1984, le public français ne s’est jamais montré proche de sa sélection. Alors que des chants existent de longue date chez nos voisins espagnols, italiens ou allemands pour soutenir l’équipe nationale ; en France, il faut simplement se contenter d’un pauvre « Allez les Bleus » ou d’une reprise de la Marseillaise en guise d’encouragements.

Ce manque d’engouement a toujours existé. Mais aujourd’hui, l’EDF suscite l’indignation au mieux voire l’indifférence au pire dans l’opinion publique. Malgré des promotions incroyables, la FFF a de plus en plus de mal à remplir le Stade de France quand les supporters adverses ne viennent pas en masse. Le bon point ramené d’Espagne ainsi que la victoire en Italie ne semblent pas changer la donne : les Français n’éprouvent plus rien pour leur équipe…

L’ère Domenech a fait mal…

Le désintérêt pour l’équipe de France a recommencé à croître lors de la rentrée 2006. Elle coïncide avec la deuxième ère Domenech qui se révèlera être la période la plus catastrophique de la France en termes sportifs et de communication. A partir de ce moment-là, les supporters et les spectateurs français vont connaitre une succession de déceptions sans fin. Quand les Français croiront toucher le fond en encourageant cette équipe, d’autres événements encore plus spectaculaires viendront surenchérir la déception : demande en mariage du sélectionneur M. Domenech cinq minutes après une élimination au premier tour de l’Euro 2008 en ayant réalisé trois prestations déplorables ; qualification pour la Coupe du Monde 2010 après un but de la main de Thierry Henry en barrage retour face à l’Eire ; grève de Knysna… Et la liste pourrait se rallonger lors de l’Euro 2012 sous les ordres de Laurent Blanc avec le cas Nasri ou encore l’affaire des quotas.

Mais ce n’est pas tant les échecs sportifs qui ont dégouté les supporters de l’Equipe de France. Il s’agit surtout de la communication entreprise par le staff technique des Bleus et le « laisser faire » des dirigeants de la Fédération Française de Football. Pendant les six ans de l’ère Domenech, la FFF a laissé son sélectionneur construire un véritable mur entre l’équipe de France et son public. Ce mur était symbolisé par la presse qui était tenu à l’écart de tous les événements de l’équipe. Lors des conférences de presse, Domenech ne répondait à aucune question concernant la tactique ou les compositions d’équipe. Il n’expliquait jamais ses choix. Et il enchainait les entrainements à huit clos pour couper ses joueurs du monde… Jamais l’équipe de France n’a semblé aussi loin de ses supporters.

Domenech

Raymond Domenech a dressé un véritable mur entre les joueurs et les supporters de l’équipe de France

Le summum de cette bunkérisation intervient lors de l’Euro 2008. Le staff technique des Bleus choisit un hôtel en Suisse uniquement pour sa situation géographique : celui-ci se situe dans un cul-de-sac ce qui permet de mieux contrôler les flux de supporters et de la presse… Des barrières ont été installées tout autour de l’hôtel afin de ne pas être importuné. Les autres résidants de l’hôtel, de très riches hommes d’affaires, se plaindront du dispositif de sécurité ! Les entrainements étaient effectués en catimini sur un petit stade jouxtant l’hôtel. Des vigils surveillaient les alentours pour repérer les éventuels curieux. Comme si l’équipe de France mettait en place un système tactique révolutionnaire et imparable… Le résultat lors de cet Euro illustrera le ridicule de ce dispositif.

Les premières causes de ce désintérêt datent de … 1998 !

Mais cela serait trop facile de mettre toute la responsabilité sur les épaules d’un seul homme. Certes Raymond Domenech est responsable de beaucoup de choses. Mais il ne doit pas endosser toutes les fautes qui conduisent à cette image détériorée de l’équipe de France. La preuve : lors de l’Euro 2012, il n’est plus là quand Samir Nasri insulte les médias français. Il n’est également plus en poste quand quatre joueurs de la sélection espoir décident de partir en virée nocturne à quelques jours d’un barrage très important face à la Norvège.

En réalité, le mal est beaucoup plus profond que ça et tous les membres de la Fédération Française de Football peuvent être pointés du doigt dans cette histoire. Les hommes politiques et les supporters eux-mêmes sont également à associer à ce malaise entourant l’équipe de France.

Tout démarre en réalité en 1998. La France vient de remporter la Coupe du Monde et son équipe dominera le monde pendant 4 ans. Les premiers « supporters » qui prennent leurs habitudes au Stade de France sont de vrais enfants gâtés souhaitant voir leur équipe battre toutes les autres sélections par au moins trois buts d’écart. Dès que leur sélection est malmenée, le stade se tait et plus aucun bruit n’est émis. Le drame se situe à ce niveau ! Les sifflets ne descendent même pas des gradins. Car ce public du stade de France ne connait pas le foot, il ne le vit pas comme une passion. Il ne vient qu’une fois par mois applaudir l’équipe de France au mieux ; regarder le match au pire. La passion n’est pas au rendez-vous. Pire : il se met à siffler des situations anodines comme un changement de joueur dans l’équipe adverse ou un corner. Car le public du Stade de France n’a pas de culture footballistique. La FFF a essayé de corriger le problème en délocalisant certains matchs. Mais ils sont souvent sans enjeu.

Stade de France

Le Stade de France n’a jamais rassemblé un public de passionnés.

L’autre problème issu de la génération France 98 a été le manque de discernement dans les conclusions émises suite à ce succès. La France est montée sur le toit du monde pour deux raisons : une rigueur défensive irréprochable et un joueur d’exception. Le problème est que la Direction Technique Nationale a complètement occulté le second postulat et elle a bâti une politique de formation axée sur les capacités physiques. L’équipe de France va alors présenter – et c’est toujours le cas aujourd’hui – un jeu stéréotypé axé sur une base défensive solide et sans idée offensive. C’est pour cette raison qu’elle est devenue une sélection moyenne, incapable de franchir un quart de finale dans les grandes compétitions. Mais c’est également pour cette absence de fond de jeu qu’elle n’attire pas les vrais supporters, ceux qui se passionnent pour le football. A quoi bon venir jusqu’au stade de France pour un supporter marseillais, lyonnais, stéphanois ou lensois pour voir une équipe sans idée ? Et même quand celle-ci se déplace dans leur ville pour un match amical, ils ne prennent pas la peine d’aller voir une équipe moribonde.

Et l’univers politique, dernier acteur cité, n’est pas non plus exempt de tout reproche. Depuis 2002 et la fin du règne de l’équipe de France, tous les gouvernements se sont empressés de pointer du doigt les comportements de l’équipe nationale en généralisant des cas précis et isolés. Le point d’orgue de cette stratégie concerne la grève de Knysna en Afrique du Sud. Au lieu de comprendre avant de prendre la parole, les hommes politiques de tout bord se sont empressés de déverser leurs balivernes pour condamner les attitudes et tirer des conclusions sur « les dérives de notre jeunesse ». La politique a tellement voulu mettre son nez dans des affaires qui ne la concernaient pas que Sepp Blatter, président de la FIFA a dû brandir la menace de l’exclusion de la fédération en cas d’ingérence politique ! Rama Yade et Roselyn Bachelot ont eu tout faux dans la gestion de cette affaire : au lieu de prendre de la distance pour prononcer des paroles sages, elles ont contribué à alimenter le dégoût de l’opinion public envers l’EDF.

La direction marketing s’active au sein de la FFF

Lors de la rentrée 2010, la direction marketing sous les ordres de Florence Hardouin a dû travailler sur deux missions compliquées : redorer l’image de l’équipe de France après un mondial catastrophique et attirer de nouveaux partenaires. Bien évidemment, les deux objectifs sont étroitement liés.

Pour cela, le Stade de France a été habillé en machine à spectacle afin d’attirer un public « familial ». Durant l’avant-match, un spectacle façon rugby est présenté. Pour la deuxième sortie de Laurent Blanc au stade de France face à la Roumanie, Sebastien Loeb était invité avec sa Citroën pour fêter son nouveau titre mondial. Une multitude de petits drapeaux sont disposés au sein de l’enceinte afin que le public l’agite lors de l’entrée des joueurs. Le speaker du stade de France lance un «Allez les Bleus » entre deux messages promotionnels pour tenter de chauffer la foule.

Florence Hardouin ne se cache pas derrière son métier. Elle n’hésite pas à parler de « client », « marque » ou « habillage » pour désigner les spectateurs, l’équipe ou l’ambiance. Après tout, ce n’est pas sur Ecofoot que ces allusions vont choquer. Mais tout ne peut pas être « maquillé ».

La FFF confond mise en scène et produit en lui-même. L’habillement ne suffit pas pour déclencher les passions. Avant de dérouler le tapis rouge ou les confettis, il est nécessaire d’avoir une vraie atmosphère de football. Le stade doit sentir la pierre et la transpiration. Et pour recréer cette atmosphère, le moindre détail est important tel que le choix de la musique d’échauffement. Ce n’est pas en créant une multitude de spectacles autour du football que la FFF ramènera les vrais supporters passionnés.

Il n’y a pas très longtemps, un dirigeant du consortium du Stade de France posait la question « Mais comment fait-on pour créer un kop ? » (Source « Ce pays qui n’aime pas le foot » de Joachim Barbier). Cette question est révélatrice de la politique marketing de la FFF. Tout ne peut pas être artificiel et en priorité un kop de football. Le rôle de la FFF est de valoriser l’équipe de France et non de créer un simulacre de spectacle autour de son produit phare.

Jeu déprimant, coupure avec le public, politique de communication non adaptée, choix du stade non approprié… les raisons de ce désintérêt pour l’équipe de France sont nombreuses. Espérons que Noël Le Graët qui a été réélu président de la FFF avec 83% des voix parvienne à faire bouger les choses pour qu’une vraie passion autour de l’équipe de France émerge !

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