Economie

La FIFA et l’UEFA souhaitent s’attaquer aux fonds d’investissements

Michel Platini et Sepp Blatter se sont dernièrement exprimés de façon virulente à l’encontre du rôle croissant joué par les fonds d’investissements dans le secteur footballistique. Les deux institutions, UEFA et FIFA, souhaitent lutter contre la vente d’une partie des droits de joueurs professionnels à des fonds cherchant un profit à court terme. Mais n’est-il pas déjà trop tard ?

Lors de la réunion de l’European Club Association (ECA) qui s’est tenue début septembre, Michel Platini, président de l’UEFA, a rappelé sa volonté de lutter fermement et rapidement contre l’expansion financière des fonds d’investissements dans l’économie du football européen. Un peu plus tôt cet été, Gianni Infantino, directeur général de l’UEFA et bras droit de l’UEFA, avait également mentionné le rôle néfaste des fonds d’investissements dans l’économie du football européen. Les deux hommes pointent du doigt la revente d’une partie des droits du joueur à des sociétés tierces cherchant uniquement à générer un profit à court terme.

Les deux dirigeants de l’institution européenne souhaitent agir vite afin de combattre un dispositif désigné comme la nouvelle gangrène du football. Afin de réduire l’expansion financière des fonds d’investissements, l’UEFA pourrait tout simplement interdire dès la saison 2015-16 l’inscription de joueurs appartenant aux fonds d’investissements au sein des compétitions organisées par l’institution (Ligue des Champions et Europa League notamment). Le comité exécutif de l’UEFA planche actuellement sur cette option.

Dans son combat contre l’acquisition de droits de joueurs par les fonds d’investissements, l’UEFA a dernièrement été rejoint par la FIFA. Jérôme Valcke, secrétaire général de la FIFA, a dernièrement déclaré que les pratiques utilisées par les fonds d’investissements s’apparentent à de l’esclavagisme moderne. La FIFA travaille actuellement sur des mesures permettant de freiner voire d’abolir l’acquisition de droits de joueurs par les fonds d’investissements.

Les clubs de Liga Sagres s’opposent majoritairement à une interdiction de la pratique

Cependant, la FIFA aura plus de difficultés à interdire la pratique que l’UEFA. L’institution européenne dispose de l’arme financière avec des interdictions de participation à des compétitions hautement rémunératrices telles que la Ligue des Champions. De plus, le système du « third party ownership » est beaucoup plus généralisé dans d’autres régions comme en Amérique du Sud, où le recours aux fonds d’investissements est devenu une pratique banale pour financer les campagnes de recrutement des clubs brésiliens ou encore argentins.

Selon une étude menée par la FIFA, les fonds d’investissements détiennent actuellement pour 1,1 milliard d’euros de droits de joueurs. Et le montant ne cesse de croître d’année en année. Les principaux investissements sont réalisés en Amérique du Sud, au Portugal, en Espagne ou encore dans certains championnats d’Europe de l’Est. Les perspectives de profits encouragent une multitude d’acteurs à pénétrer le marché : la société brésilienne Traffic Sports a obtenu un retour sur investissement de 62% depuis sa création grâce à l’acquisition des droits de 21 joueurs.

hernanes traffic sports

La société brésilienne Traffic Sports a notamment détenu les droits de certains joueurs brésiliens évoluant en Europe comme Hernanes, Renato Augusto ou encore Paulo Henrique.

En Europe, trois pays ont devancé l’UEFA en interdisant la vente de droits de joueurs à des fonds d’investissements. Il s’agit de la France, de l’Angleterre et de la Pologne. En revanche, une majorité des présidents de clubs de Liga BBVA et Liga Sagres ne souhaitent pas la mise en place de dispositifs drastiques à l’encontre des fonds d’investissements. Si le président du Sporting CP, De Carvalho, est en faveur d’actions majeures à l’encontre des fonds ; d’autres dirigeants à l’image de ceux du FC Porto souhaitent des mesures plus limitées. Ainsi, les clubs ibériques proposent de limiter la vente de droits de joueurs à un certain pourcentage et de favoriser la transparence dans ce type d’opérations.

Que reproche-t-on aux fonds d’investissements ?

Pour Michel Platini, l’irruption des fonds d’investissements est responsable de l’inflation des prix sur le marché des transferts. Une inflation qui crée une bulle spéculative mettant en danger les finances des clubs européens. Gianni Infantino pointe un autre problème lié aux fonds d’investissements : l’opacité des transactions pouvant entrainer des conflits d’intérêts dissimulés.

L’activité off-shore de la plupart des fonds d’investissements pose un réel problème de transparence. En effet, la plupart des fonds se livrant à cette activité opèrent à partir de paradis fiscaux et utilisent la technique de la « société boite aux lettres » pour mener leurs activités en Europe. Des optimisations fiscales qui peuvent s’apparenter à de la fraude dans certains cas. De plus, la complexité des transactions rend opaque les agissements des fonds d’investissements : certains joueurs concernés ne savent plus réellement à qui ils appartiennent. Cette opacité peut poser de réels problèmes éthiques et les menaces de matchs arrangés sont multipliées avec la présence des fonds d’investissements.

Enfin, la présence de fonds d’investissements peut créer une véritable dépendance financière des clubs envers ces institutions. Lors de cession de droits de joueurs à un fonds, le club vend généralement une partie d’un actif important du club pour pouvoir prolonger le joueur en question et accroitre son salaire. Au final, l’opération revient à céder une part d’un actif du club pour procéder à un placement non-productif (gonflement de la masse salariale). La vente d’une part des droits d’un joueur à un fonds d’investissement répond traditionnellement à un besoin immédiat de liquidités que le club ne peut satisfaire par ses fonds propres ou par un prêt bancaire.

Si l’UEFA et la FIFA souhaitent mettre fin à l’activité des fonds d’investissements dans l’acquisition de droits de joueurs, la tâche ne sera pas aisée. Les deux institutions devront certainement passer par une phase transitoire où le but sera d’encadrer dans un premier temps les activités de ces entités. Une première phase qui risque d’ores et déjà d’être difficile à mener face à l’opposition de nombreux acteurs (fonds d’investissements, agents de joueurs opérant avec les fonds, clubs de certains championnats…).

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