Stratégie

Les fonds d’investissement sont-ils dangereux pour le football ?

Dernièrement, plusieurs fonds d’investissements ont acquis une partie ou la totalité des droits de certains joueurs de football. Cette pratique, bannie dans certains pays, suscite de nombreuses interrogations au sein de l’UEFA et de la FIFA. Décryptage sur Ecofoot.fr…

En décembre 2011, le FC Porto décidait de céder 45% des droits du défenseur international français Eliaquim Mangala à différents fonds d’investissement. Ainsi, le groupe Doyen Sports Investments Limited a acquis 33% des droits du joueur contre le versement de 2,6 millions d’euros et 10% des droits ont été cédés à RobiPlus.

Si les deux cessions de parts du joueur ont eu lieu en même temps, elles ne répondent pas au même objectif. La vente effectuée auprès du groupe Doyen Sports Investments a été réalisée pour compenser le manque de revenus du à une élimination précoce en Ligue des Champions. Le club souhaitait éviter un déficit important tout en ne perdant pas d’éléments clés :  le club a alors opté pour la solution d’une vente partielle des droits du joueur à un fonds d’investissement permettant de faire rentrer de l’argent frais dans les caisses du club rapidement sans retoucher à l’effectif dans l’immédiat.

En revanche, la vente à RobiPlus suscite plus de questions. D’après les comptes publiés par le club, cette cession n’a pas rapporté de revenus au club. D’après différentes enquêtes menées par les quotidiens belges, la société RobiPlus appartiendrait à Lucien D’Onofrio, ancien président du Standard de Liège. Or, le Standard est l’ancien club du défenseur central français. Cet arrangement aurait ainsi permis à Porto d’obtenir le transfert du joueur moyennant un prix revu à la baisse (6 millions d’euros). Aujourd’hui, RobiPlus cherche à revendre ses parts d’Eliaquim Mangala à Doyen Sports Investments Limited.

Les fonds d’investissement sont souvent opaques

Derrière l’exemple d’Eliaquim Mangala se cachent les bons et les mauvais aspects de l’introduction des fonds d’investissement dans le monde des droits des joueurs. En effet, une vente partielle des droits à un fonds d’investissement permet à un club d’acquérir de l’argent frais sans avoir à vendre dans l’immédiat le joueur. D’ailleurs, officiellement, le FC Porto ne s’est pas engagé à transférer le joueur avant la fin de son contrat. Cependant, Doyen Sports Investments connait la réputation du club portugais en matière de plus-value sur les transferts. Ils n’ont donc pas investi au hasard sur le joueur du FC Porto. Outre la rentrée d’argent frais, un montage avec un fonds d’investissement permet à un club d’acquérir un joueur sans avoir la trésorerie permettant de payer le transfert. Ce type de montage a été réalisé en 2004, lors du transfert de Carlos Tevez aux Corinthians.

Cet aspect positif est contrebalancé par le manque de transparence concernant l’actionnariat des fonds d’investissement. En effet, ces fonds d’investissement sont souvent localisés dans des paradis fiscaux et des montages administratifs sont réalisés afin de dissimuler les véritables actionnaires de ces sociétés. Derrière ce règne de l’opacité, les membres de l’UEFA et de la FIFA ont notamment peur d’un contrôle des droits des joueurs par d’anciens agents radiés ou encore de personnes issues du grand banditisme. De plus, les grandes instances du football mondial n’apprécient pas le développement de cette pratique : les dirigeants redoutent le trucage de matchs mettant en opposition des joueurs appartenant à un même fonds.

L’affaire Carlos Tevez met en lumière ce règne de l’opacité

Ce manque de transparence lors des transactions entre fonds d’investissement, clubs et joueurs permettrait également, dans certains cas, de réaliser de l’optimisation voire de la fraude fiscale. Ainsi, une enquête a été ouverte à l’encontre du FC Barcelone dans le cadre du transfert de la pépite brésilienne Neymar.

Doyen Group

L’an dernier, les supporters de l’Atletico Madrid se sont étonnés de l’apparition sur le maillot des Colchoneros du sponsor Doyen Group, fonds d’investissement spécialisé dans le sport. Ce partenariat a rapporté 150 000 € au club madrilène.

Aujourd’hui, la pratique est interdite dans de nombreux pays européens notamment en France. Frédéric Thiriez, patron de la LFP, fait son possible pour que cette interdiction soit ordonnée par l’UEFA sur tous les transferts européens. Le président de la LFP estime que cette intrusion des fonds spéculatifs dans le monde du football est nocive pour le développement du sport.

En Angleterre, la pratique est désormais interdite. L’affaire Carlos Tevez a provoqué cette décision. En 2004, un fonds d’investissement appelé MSI a acheté les droits du joueur contre 22 millions d’euros payés à Boca Juniors. Ce fonds appartient à l’homme d’affaires géorgien  Arkadi Patarkatsishvili. Le fonds d’investissement a ensuite prêté le joueur aux Corinthians puis à West Ham contre un revenu moyen de 3 millions d’euros par saison.

En 2007, le fonds revend le joueur à un autre fonds d’investissements appartenant à l’homme d’affaires iranien Joorabchian contre la somme de 24 millions de livres. Le joueur sera dans la foulée prêté à Manchester United contre 3 millions de livres par saison. Finalement en 2009, le fonds revend les droits du joueur à Manchester City contre un chèque de 45 millions de livres.

Seulement, entre-temps, un homme d’affaires russe du nom de Boris Berezovsky a intenté un procès. Ce dernier réclame 50% du montant de la vente du joueur de MSI à  Harlem Springs, fonds détenu par Joorabchian. Ce dernier prétend avoir été associé à Patarkatsishvili dans la société MSI mais son nom était maquillé pour échapper à la vigilance du gouvernement russe avec lequel il était en conflit. Ce recours a mis en lumière l’opacité régnant autour des fonds d’investissements, tous situés dans des paradis fiscaux et dont personne ne connait réellement les actionnaires. Depuis, la Premier League a décidé d’interdire cette pratique.

Si l’introduction des fonds d’investissements se révèle être un atout pour la Liga Sagres, cette nouvelle pratique suscite de nombreuses interrogations dans différents championnats majeurs. L’UEFA étudierait la possibilité d’interdire au niveau européen cette pratique. Mais cette mise en place poserait de nombreux problèmes dans le cadre de transferts en provenance d’Amérique du Sud où la pratique est généralisée. La FIFA pourrait se saisir du dossier à l’issue de la prochaine réélection de son président. Affaire à suivre…

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