Economie

Le football français est-il en faillite ?

Titre évocateur, limite provocateur utilisé par Le Parisien hier, la question mérite d’être posée. Suite au mercato hivernal qui n’est toujours pas terminé, une fuite importante de talents s’est produite au sein de la Ligue 1. Malgré l’arrivée des Qataris à la tête du PSG, l’exode de nos meilleurs joueurs vers la Premier League semble inexorable. Explications…

L. Rémy, Gouffran, Debuchy, Haïdara, Sissoko, Nene, Lugano, Hoarau, Monzon, Yanga Mbiwa, Mvila, Gil et bientôt M.Bastos… la liste est très longue concernant les joueurs qui ont quitté la Ligue 1 lors de ce mercato hivernal. Et presque tous les transferts ont été réalisés pour soulager les comptes hormis ceux du PSG. Les experts s’interrogent alors sur la santé financière du football français. Les comptes sont-ils si alarmants que ça ? Le football français n’a-t-il plus d’argent ? La réponse n’est évidemment pas la même suivant les clubs composant le championnat de Ligue 1.

Le PSG n’assume pas encore son rôle de locomotive financière

Vincent Duluc, journaliste sportif à l’Equipe, pointe du doigt un responsable : le PSG version qatarie. Cette semaine, il a émis de nombreux tweets hostiles à la politique de recrutement du PSG. Selon lui, l’argent de Bayern profite à tout le championnat allemand, celui du Real et du Barça au championnat espagnol et celui des deux Manchester et de Chelsea à tout le football anglais.

En d’autres termes, il reproche au PSG de ne pas faire ses courses en Ligue 1 afin de retenir les meilleurs éléments dans notre championnat et d’apporter de la liquidité aux clubs en difficulté. Seulement, le PSG n’a pas de rôle de bon samaritain. Le club doit se frotter aux meilleurs effectifs en Ligue des Champions et il est normal qu’ils cherchent le top mondial au niveau recrutement.

Vincent Duluc

Vincent Duluc estime que le PSG a sa part de responsabilité dans les difficultés financières des différents clubs français.

Et le groupe qatari contribue déjà à renflouer les caisses des différents clubs de Ligue 1 par l’intermédiaire des droits TV. Grâce à BeInSport, les droits TV en Ligue 1 sont restés plutôt stable et ils ont largement augmenté en Ligue des Champions et à l’étranger. Les Qataris ne peuvent pas être l’éternel sauveur.

L’heure de la rigueur a sonné pour de nombreux clubs

Il est vrai qu’à l’exception du PSG, les comptes ne sont pas forcément au vert pour les autres gros clubs. Certains clubs ont mis en place des politiques de rigueur afin de retrouver des comptes positifs rapidement.

Le premier club à avoir initié cette rigueur financière est l’AS Saint-Etienne. En grosses difficultés financières il y a deux ans et demi suite à deux 17ème places consécutives, les Verts ont mis en place une stratégie de contrôle budgétaire en attendant la fin des travaux de Geoffroy Guichard : instauration d’un salary-cap ne pouvant excéder 100 000 euros mensuel en fixe et système de primes, offres importantes de transfert automatiquement acceptées (Payet, Matuidi, Rivière et bientôt Aubameyang), fin des transferts élevés… Aujourd’hui, l’ASSE est devenu un club rentable réalisant des profits.

Cet été, Marseille a réalisé également des coupes franches dans ses dépenses à la demande de l’actionnaire majoritaire : balance des transferts positive, mise à la porte des gros salaires, changement d’entraineur… Cela ne nuit pas réellement à ses performances sportives et le club devrait retrouver un solde positif en fin de saison en cas de podium.

Margarita Louis-Dreyfus

Margarita Louis-Dreyfus a ordonné un politique de rigueur budgétaire à l’OM afin de retrouver des comptes dans le vert.

Enfin Lille et Rennes suivent la même tendance. Lille, tout comme Marseille, a été la victime d’une politique en Ligue 1 de surévaluation des transferts nationaux ainsi que des salaires des joueurs moyens. Lille a dépensé plusieurs dizaines de millions d’euros pour recruter des joueurs relativement moyens : Payet, Martin, Roux… De plus, un joueur comme Kalou coûte très cher au club à cause de son salaire estimé à plus de 200 000 euros par mois. Heureusement, le club bénéficie de l’arrivée de son nouveau stade qui lui apporte des revenus supplémentaires. Mais le club devra dégraisser en fin d’année. Il a d’ailleurs déjà commencé avec la vente de Debuchy à Newcastle. Rennes est également – dans une mesure moindre – confronté aux mêmes maux. Le club est en déficit depuis deux saisons consécutives. La vente de MVila devrait aider le club à retrouver des comptes positifs cette saison.

Les clubs dans le rouge

D’autres clubs ont une situation économique plus préoccupante. Et c’est le cas d’une locomotive du football français : l’olympique lyonnais. Le club est en mauvaise santé : il a perdu près de 100 millions d’euros en 3 ans. Jean Michel Aulas veut retrouver un bilan positif le plus rapidement possible. Mais il sait déjà que ça ne sera pas pour cette saison.

Lyon n’est pas dans la même situation que Marseille. L’OM possède un investisseur capable d’éponger les dettes si besoin. La structure actionnariale n’est pas du tout similaire à l’OL qui ne possède pas de mécène à sa tête. Le club est coté en bourse et il doit générer des profits pour reverser des dividendes et satisfaire ses actionnaires. Le cours de l’action est passé de 9,50€ au début d’avril 2010 à un peu moins de 3€ aujourd’hui. Il faut au plus vite rétablir la situation dans un contexte difficile.

action OL

Le cours de l’action de l’OL ne cesse de chuter depuis deux ans.

L’OL paie très cher deux événements. Tout d’abord, l’OL a essayé de sauver la situation financière de la Ligue 1 en surinvestissant des sommes dans les tranferts made in Ligue 1 lors de son règne. Le club a pendant longtemps payé trop cher en transfert et en salaire des joueurs en provenance de Ligue 1 comme Makoun, Keita, Bodmer, Frau, Pedretti… Et au lieu d’un effet positif, cela a entrainé un effet négatif de surévaluation des transferts et salaires domestiques. L’OM a d’ailleurs été entrainé dans cette spirale. Et le second événement est le timing des investissements dans le grand stade. Il arrive au pire moment pour l’OL : celui-ci n’a plus la même santé financière ce qui déteint sur le sportif (non qualification pour la Ligue des Champions cette saison) et entraine une spirale négative. Certes, ce club risque de devenir le principal rival du PSG dans les années à venir. Mais dans le présent, l’OL doit gérer une situation très compliquée.

Lyon n’est pas le seul club dans le rouge. C’est le cas aussi de Valenciennes. Le club ne paie pas certains de ses fournisseurs dont Vert Marine, l’exploitant du stade du Hainaut. Valenciennes a dû se résoudre à vendre certains de ses meilleurs éléments cet hiver pour alléger sa masse salariale et faire rentrer un peu de liquidités.

Enfin, nous pouvons également citer Nancy dans le groupe des clubs en difficulté. Le club lorrain cherche des investisseurs du côté de la Chine pour sauver une situation qui devient désespérée. Si Nancy venait à descendre en Ligue 2, le club pourrait même être rétrogradé directement en National à cause des problèmes financiers. D’ailleurs, il a commencé à faire partir ses meilleurs éléments qui coûtent également chers en salaire.

Quelques bons gestionnaires

Enfin, pour finir sur une touche positive, relevons quand même quelques exemples de bonne gestion financière. C’est le cas de Lorient qui a pu cet été faire fructifier les trois dernières années en solde positif. Lorient a ainsi recruté cet été A.Traoré et Corgnet pour une somme avoisinant les 8 millions d’euros. Grâce à cette bonne gestion, Lorient vise désormais un peu plus haut en championnat.

Enfin, pour conclure, le championnat français n’est pas en faillite mais il y a quelques cas préoccupants. Les gros clubs subissent le contrecoup d’une envolée des transferts et salaires domestiques. Il faut désormais assainir les deux paramètres. Mais le niveau d’endettement français reste extrêmement bas par rapport aux autres clubs européens. Les clubs peuvent dire merci à la DNCG dont l’organisme les a bien préparés à l’instauration du fair-play financier.

Google Plus

Ecofoot.fr a besoin de vous !

Pour maintenir sa qualité rédactionnelle et l'accès au plus grand nombre, Ecofoot.fr a besoin de votre soutien financier. Sans vous, l'aventure d'un média indépendant ne peut exister !

Pour seulement 3€, vous permettrez de pérenniser Ecofoot tout en recevant une contrepartie intéressante. Paiement sécurisé via Paypal.




Articles populaires

To Top

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer