Economie

Le football russe peut-il résister à la crise monétaire du rouble ?

La Russie a connu un mouvement de panique financière la semaine dernière avec notamment un nouveau mardi noir au cours duquel le rouble a perdu 10% de sa valeur par rapport au dollar, cumulant une chute 30% sur l’ensemble de la semaine. Cette crise monétaire doublée d’une crise financière a-t-elle des répercussions sur le football russe ? Ecofoot.fr mène l’enquête… 

Les problèmes financiers des formations russes en raison d’un conflit géopolitique ne datent pas d’aujourd’hui. Lors du mois d’août 2013, suite à une dispute politique entre la Russie et la Biélorussie au sujet de l’entreprise Uralkali détenue par Suleyman Kerimov, le président de l’Anzi Makhatchkala est amené à cesser les investissements entrepris dans son club du Daghestan, prétextant officiellement une santé vacillante. Ne pouvant plus compter sur son mécène, le club est amené à se séparer de ses meilleurs éléments – Eto’o, Traoré, Carcela, Boussoufa, Diarra, Kokorin, Samba, William, Zhirkov, Shatov, Gobulov, Denisov, Spahic – et se retrouve à l’issue de la saison 2013-14 relégué en seconde division après avoir terminé au pied  du podium lors de la saison précédente.

Alors que la majorité des clubs sont actuellement détenus par des hommes d’affaires ou des entreprises plus ou moins proches de Vladimir Poutine, l’exemple de l’Anzi Makhatchkala pourrait alors se propager au sein d’un grand nombre de formations du championnat. L’absence de formations russes lors du dernier classement « Deloitte Football Money League » – alors que le championnat génère le 6ème revenu européen avec 896 M€ en 2013-14 – illustre la dépendance des clubs aux différents investissements procédés par leurs propriétaires proches du pouvoir.

Touchés sévèrement par les sanctions émises par l’Union Européenne et les Etats-Unis au cours des dernières semaines, plusieurs dirigeants pourraient être amenés à cesser leurs investissements à l’image de la situation vécue par l’Anzi. En plus d’une raréfaction de l’argent, la chute vertigineuse du cours du rouble provoque également une hausse de charges colossales que doivent supporter les actionnaires des différents clubs. En effet, la plupart des stars attirées au sein du championnat russe possèdent des contrats dont la rémunération est stipulée en euros.  On imagine cependant que les clubs ont contracté des polices d’assurance pour leur assurer un cours fixe ou qu’ils se sont protégés des variations sur les marchés financiers. Ne pouvant accéder aux comptes de ces clubs, nous ne pouvons qu’émettre des suppositions. C’est en tout cas la pratique financière la plus courante.

Avec l’envolée actuelle du rouble, l’addition est d’ores et déjà corsée pour les clubs russes possédant de nombreux joueurs étrangers au sein de leurs effectifs. Entre janvier 2014 et le 16 décembre, le salaire de Hulk s’est apprécié de près de 61%. Alors que certains clubs comme Rostov ou Perm ont déjà des problèmes pour payer leurs joueurs, il sera alors très difficile pour ces formations de conserver leurs joueurs étrangers avec un salaire subissant une forte poussée inflationniste et venant plomber une peu plus leurs finances. Ainsi, un exode massif de joueurs pourrait intervenir au cours du prochain mercato hivernal. Et cette fuite des talents pourrait également toucher les grands clubs : Gazprom pourra difficilement supporter une charge salariale estimée à 23,9 M€ – selon sports.ru – pour seulement 5 joueurs de l’effectif du Zenith (Hulk, Garay, Witsel, Javi Garcia et Danny).  A cause de leurs arriérés de paiement, Perm, Rostov et le Torpedo peuvent être déclarés en cessation de paiement.

évolution salaire hulk

Le site internet sports.ru publiait ainsi, cette infographie, montrant l’évolution du coût du salaire de Hulk pour le Zénith.

Le manque de liquidités des clubs russes devrait également provoquer un changement de préparation durant la trêve hivernale. Habitués à s’envoler vers des contrées plus chaudes comme la Turquie ou Chypre à cette période, 4 clubs ont déjà annoncé leur intention de rester en Russie. Arsenal Tula et l’Amkar Perm vont partir à Kislovodsk, alors que d’autres équipes ont prévu d’installer leur camp en Crimée ou à Abrau-Dyurso. Enfin, la fédération a demandé aux équipes nationales de jeunes de rester à Moscou.

Clairement, la crise financière traversée par la Russie met en lumière la dépendance économique des clubs du championnat envers leurs actionnaires proches du Kremlin. Avec l’accueil de la Coupe du Monde en 2018 et de nouvelles réformes au sein du championnat dont la limitation du nombre de joueurs étrangers, le championnat russe espère rapidement trouver un nouveau modèle de financement lui permettant de conserver son rang européen.

Article rédigé par Lazar van Parijs, spécialiste du football russe et serbe au sein du site footballski.fr plateforme dédiée au football d’Europe de l’Est.

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