Economie

L’argent et l’avenir de la FIFA : les douze travaux d’Infantino

défis fifa infantino

L’argent, éternel nerf de la guerre et des affaires : telles semblent être l’obsession des administrateurs de la FIFA et la principale inquiètude de Gianni Infantino, son nouveau Président. Car le véritable défi de sa présidence sera paradoxalement de poursuivre l’oeuvre financière de Sepp Blatter : assurer l’avenir du football, achever sa mondialisation et le faire croître plus encore pour définitivement l’installer comme un sport global et sans rival.

Redevenir l’acteur majeur d’une mondialisation du football qui reste à achever

Outre l’urgence de se reconstruire et de changer en profondeur, la FIFA doit revenir à ce qu’elle a su faire de mieux sous la direction conjuguée et machiavélique du binôme Havelange-Blatter : achever et intensifier la mondialisation du football.

Gianni Infantino devra ainsi permettre à l’Asie de s’emparer plus encore du football (Chine, Japon, Inde); tout en faisant de l’Afrique, une priorité réelle de son développement, loin des dérives du projet Goal. Or, la mission du nouveau Président s’avère loin d’être aussi simple car les régles ont changé. La FIFA devra appliquer et respecter des règles de transparence inédites dans la circulation et l’utilisation des flux financiers débloqués à cet effet. Une première, qui relègue les années Issa Hayatou au passé. Du moins, sera-t-il souhaitable de l’espérer et d’y croire…

Par ailleurs, sans négliger la refondation des confédérations des Amériques (CONMEBOL et CONCACAF), la tâche de Gianni Infantino le conduira à ouvrir à davantage d’équipes, la Coupe du monde. L’équilibre mondial de l’institution est à ce prix et cela lui permettra  de briguer une réélection prochaine et surtout d’accroître les revenus et recettes de la FIFA. En effet, satisfaire aux demandes des places fortes du football d’aujourd’hui (Amériques) et de demain (Afrique, Asie) apparait crucial et nécessaire pour le développement et la croissance future de l’institution zurichoise.

Or, ce rééquilibrage doit se réaliser sans froisser la vieille UEFA et son élite économique (Premiere League, Bundesliga, Liga). S’ils sont aujourd’hui incontournables économiquement et politiquement, ils demeurent sur-représentées au regard de leur poids démographique dans la compétion suprême du football. Avec 13 places réservées pour 53 fédérations, l’Europe brigue 4 fois plus de places que la Confédération Africaine du Football, ses 55 fédérations et son milliard d’habitants…

Une prouesse diplomatique à laquelle Gianni Infantino, partisan d’un Mondial à 40, semble plus que disposé, tout en souhaitant réduire drastiquement les coûts d’organisation après les gabegies constatées (Afrique du Sud, Brésil) ou à venir (Russie, Qatar).

Redevenir attractif pour assurer l’avenir et l’exemplarité

Du point économique et financier, l’autre tâche du nouvel entrant sera considérable et s’apparente aux douze travaux d’Hercule. Elle décidera de l’avenir du football, de son équité et du spectacle qu’il nous offre, tout autant que de l’équilibre des comptes de l’organisation située à Zurich.

Rationaliser la gouvernance de la FIFA, ses dépenses et le coût de ses compétitions sera l’ objectif majeur de Gianni Infantino. Une priorité pour combler des pertes estimées à près de 100 millions d’euros pour l’année 2015 et compenser un retard de 550 millions de dollars d’ici à 2018 par rapport à des prévisions budgétaires pour l’heure, inatteignables.

Dans cette logique, l’autre impératif de son équipe sera de faire croître les revenus de la FIFA et de les maximiser. Pour cela, la nouvelle présidence élue et son comité éxécutif devront rassurer et attirer des sponsors peu enclins depuis quelques mois à autant investir qu’avant au risque de voir leur image associée à des pratiques illégales et impopulaires.

En clair, il faudra convaincre et retenir les sponsors historiques, pressés de toutes parts de se désengager et désireux de voir l’institution évoluer. En parallèle, Infantino aura la charge avec ses équipes d’attirer de nouveaux sponsors et partenaires, issus des territoires émergents du football (FTN asiatiques, nouveaux diffuseurs et médias chinois…).

S’imposer comme le régulateur d’un football mondial en profonde évolution

Dans le même temps, il faudra que la FIFA s’attaque à l’avenir financier du football : statuer sur la financiarisation actuelle du football au risque d’imposer des règles claires, règles qui aujourd’hui sont trop souvent contournées. La question de l’inflation des transferts mondiaux et de leur légalité, remise en cause par la FIFPRO, s’imposent comme deux autres défis majeurs à l’heure où un nouvel arrêt Bosman ferait purement et simplement s’effondrer le modèle économique du football européen et sud-américain…

Les problèmes n’arrivant jamais seuls et volant de préférence en escadrille comme aimait à le rappeler un de nos anciens Présidents. Les douze travaux de Gianni ne sont donc pas prêts de s’arrêter. La FIFA devra ainsi aider la CAF à se réformer. Pas le moindre des problèmes. Et cela en permettant le développement de championnats africains puissants et structurés, tout en encadrant le développement des ligues chinoise et nord-américaine qui s’organisent aujourd’hui sur des modèles de franchises aux antipodes du modèle européen historique de promotion-relégation.

A la réflexion, la présidence de Gianni Infantino vire de plus en plus au sacerdoce et on le plaindrait presque. Car sa mission l’obligera à se démultiplier pour ramener la FIFA à son rôle premier : développer le football et ses compétitions, tout en mettant un terme aux pratiques corruptives et discrétionnaires du passé. Sans oublier de considérer les équilibres globaux qui la concerne. Un challenge considérable donc, et une somme colossale de défis à relever !

Être un nouveau CIO ?

La FIFA et Gianni Infantino y parviendront-t-ils ? Du moins est-ce possible ? Cela semble compliqué à court terme mais les pressions et les attentes étant si fortes, l’italo-suisse et son équipe rapprochée devront savoir s’entourer et reconstruire non sans malice ni fermeté, une institution qui s’enferre dans les difficultés. Pour cela, la FIFA aura tout intérêt à suivre l’exemple du CIO de Thomas Bach, une institution qui a su tout changer en apparence après une décennie de scandales, sans tout remettre en cause. Imiter le grand voisin de Lausanne est un modèle qui peut réussir : La paix à la FIFA est peut-être à ce prix.

Si vous souhaitez poursuivre la discussion avec Jean-Baptiste Guégan, n’hésitez pas à suivre son compte Twitter 

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez plus à vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire foot-business. 


Source photo à la Une : © Capture vidéo FIFATV (Youtube)

Articles populaires

To Top
Tweetez
Partagez
Partagez

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer