Interview

« Le métier de recruteur est très exigeant »

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Ecofoot.fr a eu la chance cette semaine de s’entretenir avec JC Abeddou, recruteur pour le club de Benfica. Au cours de l’entretien, JC Abeddou est revenu sur ses missions réalisées auprès du club lisboète tout en évoquant les spécificités du métier de scout. Propos recueillis par Raphael Benbouhou.

Comment êtes-vous devenu recruteur pour un club de football professionnel ? Quel est votre parcours dans l’univers du scouting ?

Initialement, je ne viens pas du secteur sportif. Il y a 5-6 ans, j’ai décidé de quitter ma branche pour devenir agent de joueurs. La formation a duré un an et demi. J’ai mis tous les ingrédients nécessaires pour réussir dans cette profession. Je possédais déjà des contacts en Espagne et, surtout, en Amérique du Sud. J’écumais les stades avec des professionnels avant même d’obtenir ma licence d’agent.

Après avoir obtenu ma licence, j’ai exercé pendant deux ans la profession. En parallèle, je collaborais pour le site Lucarne Opposée de façon bénévole. A travers cette collaboration, j’assouvissais ma passion pour le football sud-américain. J’en profitais pour faire découvrir des joueurs sur le site.

Après avoir exercé pendant deux ans le métier d’agent, j’ai souhaité passer à autre chose. Avec le temps, je me suis rendu compte que le métier d’agent ne me correspondait pas. Je ne me voyais pas rester agent toute ma vie.

Je me suis servi de cette profession comme d’une passerelle. Mon objectif était alors d’intégrer la cellule de recrutement d’un club professionnel, devenir scout. Avec le réseau que j’avais bâti, j’ai pu rapidement travailler avec certains clubs. Toutefois, j’ai essuyé quelques refus lors de l’envoi de mes candidatures.

J’ai réellement commencé à exercer pleinement mon métier de scout lors du mercato estival 2016. C’était avec l’OGC Nice. Je suis également intervenu sur un ou deux dossiers auprès de l’Olympique Lyonnais, sans participer financièrement aux opérations. Des missions qui m’ont donné envie de poursuivre en tant que scout.

Désormais, j’ai la chance de travailler pour le club de Benfica. Tout ce qui m’arrive aujourd’hui, c’est la récompense d’un travail acharné mené sur plusieurs années. J’ai tout mis en œuvre pour intégrer cette profession.

Après, on croit que le métier de recruteur est facile. Mais c’est une profession très exigeante. Tu voyages beaucoup. Il faut être capable de supporter la fatigue mentale et physique. Et il y a la pression du résultat. Si tu ne réponds pas aux attentes, tu es viré ! La pression est constante. Pour réussir dans cette profession, il faut également être bien entouré. Parce que tu rencontres tout type de personnages dans le milieu du football !

Quelles sont vos missions menées pour Benfica ? Sur quels marchés supervisez-vous les joueurs ?

Historiquement, Benfica a toujours été très présent sur les marchés sud-américains. On ne change pas des méthodes qui marchent ! Nous nous rendons régulièrement sur place pour détecter des profils intéressants. Nous avons des pays de prédilection, via notamment des accords et des partenariats conclus avec des clubs locaux depuis plusieurs années.

Toutefois, nous privilégions également de plus en plus la formation au club. L’une de mes missions est de recruter des jeunes talents à travers le Portugal. Nous sillonnons les villes du pays afin de renforcer notre centre de formation.

Enfin, en tant que recruteur, notre mission n’est pas de dénicher le crack à tout prix ! Notre première mission, c’est d’écouter les besoins de l’entraîneur et du directeur sportif. Ensuite, nous entamons un travail pour répondre aux besoins du club, afin de recruter le joueur qui saura se fondre au mieux dans le collectif.

Quelle est votre journée type en tant que scout ?

Le matin, je me réveille en ayant le football en tête. J’ai toujours avec moi mon PC, qui contient tous les logiciels, ma clé USB et mes mémos. Je  regarde entre 4 et 5 matchs par jour. En général, je réserve toutes mes matinées à l’observation de matchs. Puis, l’après-midi, je suis amené à prendre des rendez-vous avec l’entourage d’un joueur observé si nécessaire. En tant que recruteur, vous avez beaucoup de coups de fil à passer pour prendre des renseignements. Vous pouvez appeler un autre scout, l’entraîneur du joueur, les parents…

Pour éviter de se tromper lors d’un recrutement, il faut observer à de multiples reprises un joueur ciblé, sur vidéo et au stade. Cela peut arriver que je regarde deux voire trois fois le même match pour détecter toutes les caractéristiques d’un joueur. Pour être certain du potentiel d’un joueur et de ses caractéristiques, je dois l’observer attentivement entre 6 mois et 1 an. Il faut pouvoir évaluer toutes ses caractéristiques dans tous les contextes. Car les critères psychologiques et mentaux sont également très importants. Si nous recrutons un joueur, il faudra qu’il soit capable de résister à la pression de 60 000 spectateurs qui observeront ses performances !

Etant donné les sommes en jeu, il ne faut pas se tromper. Par exemple, si le club est amené à investir 8 M€ sur un joueur et que ce dernier ne parvient pas à s’adapter à l’environnement du club ; cela se passera très mal derrière. C’est pour ça que le travail d’observation sur une longue durée est très important.

Le club de Benfica s’est historiquement illustré en dénichant de nombreux talents, notamment en Amérique du Sud. Quelles sont vos interactions avec les autres membres de la cellule de recrutement du club ?

Au club, on se voit régulièrement avec les autres recruteurs. Concernant l’organisation, le directeur sportif définit les objectifs. Il organise également les déplacements des équipes. En règle générale, on se déplace en équipe sur un marché. On n’est jamais isolé. Et nous échangeons beaucoup entre nous sur les joueurs ciblés tout en maintenant une grande discrétion dans notre travail.

Le fonctionnement d’un club comme Benfica est très différent du travail entrepris par les clubs de Ligue 1. En général, au sein des clubs français, la cellule de recrutement est peu fournie. Du coup, un recruteur peut se retrouver isolé. Selon moi, l’avis d’un seul recruteur n’est pas suffisant pour recruter un joueur.

A Benfica, je suis pour le moment le seul Français au sein de la cellule de recrutement. Quand j’ai intégré le club, je me suis fait tout petit car j’avais beaucoup à apprendre des recruteurs en place. Certains recruteurs sont au club depuis plus de 10 ans et ils connaissent tous les rouages de la profession.

Quelles relations entretenez-vous avec les agents ? Avez-vous noué des relations privilégiées avec certains d’entre eux ?

C’est un métier que j’ai exercé mais, désormais, je ne souhaite plus évoluer au sein de ce milieu. Il y a beaucoup de jalousie entre les agents et c’est un univers où il n’y a aucune pitié.

Aujourd’hui, je n’ai pas de relations avec les agents. Moi, je gère uniquement la partie sportive. D’autres personnes sont présentes au club pour gérer les aspects économiques et, notamment, les relations avec les agents.

Historiquement, Benfica a rarement effectué son marché en France. Que pensez-vous du marché de la Ligue 1 ? Existe-t-il de bonnes opportunités pour un club comme Benfica ?

En Ligue 1, les caractéristiques des joueurs ne sont pas adaptées au jeu développé par Benfica. Le profil type du joueur de L1 est plutôt physique même s’il y a évidemment des exceptions. Mais les joueurs ayant une bonne cote en L1 partent plus facilement en Premier League, marché avec lequel Benfica ne peut pas rivaliser.

Outre les caractéristiques des joueurs, il y a également une question de mentalité. Ce n’est pas toujours facile pour un joueur du championnat de France de découvrir un nouveau pays, un nouveau championnat, de se fondre dans un collectif mêlant joueurs portugais et sud-américains. La barrière culturelle est importante

Enfin, il y a également un décalage au niveau de la charge de travail. Certains jeunes joueurs en France sont réticents à encaisser de fortes charges d’entraînement. A Benfica, le club est très structuré et familial. Il y a des règles très strictes. Et il n’est pas question de sortir du cadre ou de se plaindre en raison de cadences de travail trop lourdes.

Si vous souhaitez prolonger la discussion, n’hésitez pas à suivre les comptes Twitter de JC Abeddou  ou de Raphael Benbouhou 

Source photo à la Une : Flickr.com (Steve GardnerCC BY 2.0)

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