Economie

Les introductions en bourse intéressent à nouveau les clubs de Premier League

Alors que de nombreux clubs de Premier League ont connu un réel fiasco lors de leur introduction en bourse au cours des années 90 et 2000, certains dirigeants considèrent à nouveau sérieusement cette éventualité pour assouvir leur stratégie de croissance. L’attitude des dirigeants de Manchester United a permis ce revirement de situation. Explications…

Au début des années 2000, une vingtaine de clubs professionnels anglais avaient ouvert une partie de leur capital social en bourse. Les introductions en bourse permettaient de procéder relativement facilement à des augmentations de capital, assurant une rentrée d’argent immédiate permettant d’alimenter la stratégie de croissance parfois égocentrique de certains dirigeants.

Une décennie plus tard, seul le club de Manchester United possède une partie de son capital social cotée à la bourse de New-York. Il est également possible d’acquérir des actions d’Arsenal FC via les circuits financiers. Cependant, les Gunners sont cotés sur le marché secondaire britannique du Plus Market – marché le plus dérégulé du Royaume-Uni – où les titres du club s’échangent à une valeur unitaire de 14 625 £. Il est alors difficile de parler d’un capital ouvert à tout petit investisseur souhaitant devenir actionnaire du club londonien…

Ce retrait de la cote de nombreux clubs professionnels anglais a été causé par les échecs des différentes introductions en bourse. En effet, la chute des cours de bourse des différents clubs anglais (et européens) a entrainé une véritable perte de confiance des investisseurs. Cette chute du cours des titres a souvent été causée par des gestions financières catastrophiques : de nombreux dirigeants se sont servis de l’argent émanant des introductions en bourse pour financer des achats onéreux de joueurs sur le marché des transferts ou gonfler la masse salariale. Une politique qui a conduit à des bilans financiers largement déficitaires comblés par l’argent acquis lors des introductions en bourse.

Les nouveaux actionnaires, s’emparant souvent de clubs au bord de la faillite, ont alors préféré sortir le capital social de leur nouvelle entité des marchés boursiers. C’est notamment ce qui s’est passé à Millwall en 2011. John Berylson, devenu président du club, était au départ un petit actionnaire du club londonien. Arrivé en 2007 dans le capital de Millwall contre un investissement de 5 millions de livres, Berylson a petit à petit acquis 70% du capital social du club en convertissant les prêts consentis au club en augmentation de capital. Lors de sa prise de pouvoir, il a immédiatement décidé de retirer Millwall des marchés financiers. Le maintien du club en bourse coûtait à Millwall 100 000 £ par an en charges financières. Un coût qui n’était plus justifié : peu d’échanges de titres intervenaient en raison de la chute de son cours.

Manchester United a réussi sa deuxième introduction boursière

Outre Millwall, des clubs majeurs de Premier League ont décidé de retirer leur cotation en bourse. C’est notamment le cas à Tottenham où les dirigeants ont retiré toute cotation du club en janvier 2012. Les dirigeants ont expliqué cette décision par la volonté de procéder à une augmentation traditionnelle de capital afin de financer la construction du nouveau stade. Une augmentation qui était incompatible avec le maintien d’une partie du capital social du club sur les marchés boursiers. Si l’argument est recevable, les dirigeants des Spurs avaient également lourdement entamé la confiance des investisseurs. Lors de la saison 2008-09, le titre du club avait perdu la moitié de sa valeur. Depuis cette saison difficile sur le plan financier, un faible nombre d’échanges de titres était réalisé.

Alors que Manchester United est le dernier club de Premier League à être réellement coté en bourse, les Red Devils n’ont pourtant pas échappé à la vague des retraits de cote au cours des années 2000. Lors de l’acquisition du club par Malcolm Glazer en 2005, ce dernier a décidé de retirer immédiatement le club de sa cotation boursière.

Cependant, en août 2012, la famille Glazer revient sur sa décision et décide d’introduire 10% du capital social du club au sein de la bourse de New-York. Une position stratégique qui a étonné l’ensemble des dirigeants de Premier League, suite aux différents fiascos boursiers intervenus lors des saisons précédentes.

En deux ans de cotation, et malgré des résultats sportifs décevants, le titre boursier de Manchester United se porte plutôt bien. Introduit à 14 $ en août 2012, l’action vaut actuellement 16,50 $. Le titre s’est ainsi apprécié de près de 20% en deux ans. A son plus haut niveau, il a même atteint 19,35 $, intervenant lors de la nomination de Louis Van Gaal en tant que manager general du club.

Cette bonne performance du titre boursier est notamment due à la gestion financière rigoureuse de Manchester United. Contrairement aux expériences passées, l’introduction en bourse du club mancunien n’a pas servi à financer une stratégie courtermiste, basée sur un recrutement onéreux et le gonflement de la masse salariale. Le club a plutôt utilisé les fonds provenant de son introduction pour satisfaire sa stratégie d’internationalisation de la marque.

Une stratégie qui porte ses fruits : la hausse de notoriété de la marque Manchester United ne cesse d’accroître les recettes de sponsoring du club. La direction a notamment signé lors des derniers mois deux contrats retentissants avec notamment Chevrolet et Adidas. Malgré une baisse temporaire de ses résultats sportifs, Manchester United possède une structure financière stable capable de supporter une saison sans les revenus lucratifs de la Ligue des Champions.

manchester united chevrolet

Chevrolet débourse plus de 60 M€ par saison pour être sponsor maillot de Manchester United.

Cette introduction boursière a rassuré certains investisseurs quant à la capacité des clubs de football à obtenir de bonnes performances financières. Néanmoins, la saison 2014-15 constitue une saison charnière pour la direction de Manchester United : face aux importants investissements réalisés sur le marché des transferts, une qualification pour la prochaine édition de la Ligue des Champions est indispensable afin de maintenir le niveau de confiance. Si le club échoue, le titre pourrait subir une sévère chute. En revanche, si le club atteint ses objectifs, une nouvelle hausse importante du titre est attendue.

Face à la confiance nouvellement instaurée par Manchester United auprès des investisseurs, d’autres clubs de Premier League envisagent de faire leur retour sur les marchés boursiers. Ces derniers ont compris qu’une augmentation de capital boursière pouvait être bénéfique pour leur club à condition de mettre en œuvre un projet de croissance solide. Le championnat de Premier League a peut-être atteint un niveau de maturité financière suffisant pour se projet à nouveau sur les marchés boursiers…

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