Stratégie

Pourquoi les investisseurs asiatiques portent-ils un intérêt soudain pour le football européen ?

Depuis quelques saisons, de nombreux investisseurs asiatiques et notamment chinois ont opéré des mouvements de grande ampleur afin d’acquérir des participations minoritaires ou majoritaires au sein de clubs de football évoluant dans les plus prestigieux championnats européens. Pourquoi cette tendance s’est-elle intensifiée au cours des derniers exercices ? Eclairage sur Ecofoot.fr…

Rastar Group, Wanda, King Power, Air Asia, Ledus, Recon Group… les exemples d’entreprises ou de tycoons asiatiques investissant dans le football européen n’ont cessé de se multiplier au cours des dernières années. Cette arrivée massive de capitaux chinois au sein du football européen est-elle liée à une volonté politique des chefs d’Etats asiatiques, correspond-elle à un plaisir personnel de riches hommes d’affaires ou répond-elle à une tendance de fond plus globale traduisant l’expansion économique du continent asiatique ?

Alors que les investissements opérés par les entreprises chinoises sont souvent ramenés à la volonté politique de Xi Jinping de développer le football au sein de l’Empire du Milieu, la réalité est bien plus complexe que la simple application d’un plan politique orchestré par le gouvernement chinois. Plusieurs éléments permettent d’élargir cette représentation simpliste des faits : d’autres acteurs de l’économie asiatique investissent ou cherchent  à investir dans le football européen et les entreprises chinoises sont totalement indépendantes dans leurs choix d’investissements au sein de ce secteur.

D’ailleurs, les opérations d’entrée de capital sont réalisées après de longues procédures de réflexion et d’audit afin de mesurer la pertinence du mouvement financier. Et les transactions sont dans la très grande majorité des cas réalisées à un moment très favorable pour le nouvel entrant. Ainsi, Rastar Group a réussi à racheter plus de 50% du capital social de l’Espanyol Barcelone contre une somme inférieure à 20 M€ grâce grâce à un timing de passage à l’action précisément défini : les propriétaires du club catalan ont été contraints de céder sans avoir une possibilité de négocier le prix à la hausse en raison des dettes fiscales accumulées et de la pression exercée par le Trésor Public Espagnol, menaçant la pérennité sportive du club. Tony Xia Jiantong, nouveau propriétaire d’Aston Villa, a réalisé un coup similaire avec le club de Birmingham : ce dernier a attendu l’officialisation de la descente du club en Championship pour négocier fortement à la baisse le prix de cession. En cas de remontée immédiate en Premier League, le patron de Recon Group aura largement gagné son pari.

Clairement, les investisseurs asiatiques cherchant à acquérir des clubs européens ne s’aventurent pas sur ce secteur uniquement pour faire plaisir à des dirigeants politiques. Via leurs nouvelles acquisitions, les hommes d’affaires asiatiques comptent réaliser des affaires et accumuler de nouveaux profits par différents moyens. Une quête de profits qui peut être assouvie via l’exploitation directe de leur nouvelle propriété. Avec l’instauration du fair-play financier, l’internationalisation à outrance de la pratique du football favorable au développement des clubs européens et la hausse des droits TV de plusieurs championnats majeurs, l’investissement dans un fleuron du football du vieux continent n’a jamais affiché de si belles perspectives de rendements financiers au cours de son histoire ! Le club d’Arsenal FC est le meilleur exemple en la matière : la valeur de l’action du club a progressé de 1 200% entre 2002 et 2013 faisant le bonheur des actionnaires des Gunners ! Des formations comme le Bayern Munich, le Borussia Dortmund ou encore l’Ajax Amsterdam distribuent régulièrement des dividendes à leurs actionnaires en raison des importants profits réalisés lors de chaque exercice.

Outre la rentabilité directe recherchée via l’exploitation d’un club de football européen, d’autres motivations financières indirectes encouragent les hommes d’affaires asiatiques à investir au sein des clubs du Vieux Continent. Ayant bénéficié d’une économie florissante au sein de leurs marchés domestiques pour se développer, certains grands groupes asiatiques aspirent désormais à conquérir tous les marchés en internationalisant leur marque. Et le football européen offre une superbe vitrine et une médiatisation extrêmement importante aux groupes chinois, thaïlandais ou encore malaisiens qui cherchent à développer leurs activités sur des marchés à très fort pouvoir d’achat. Dès l’annonce de son arrivée au club, Tony Xia Jiantong a manifesté son attention d’opérer un rapprochement stratégique entre Aston Villa et sa marque de nutriments Lotus Health Group. Une annonce qui a notamment permis au titre coté à la bourse de Shanghai de connaître immédiatement une hausse de 5,1% !

L’exemple de Recon Group n’est pas une exception en la matière. L’homme d’affaires thaïlandais Vichai Srivaddhanaprabha est en discussion avec de nombreux exploitants d’aéroports européens afin d’y implanter son réseau de ventes en duty free King Power. Des discussions qui ont été en partie initiées grâce aux succès sportifs obtenus par son club de Leicester City FC ! Ainsi, derrière certaines transactions sportives se cachent également des enjeux BtoB conséquents : c’est notamment le cas du fabricant d’ampoules LED Ledus qui a racheté le FC Sochaux-Montbéliard pour opérer un rapprochement stratégique avec le constructeur automobile Peugeot.

Enfin, outre une implantation européenne, certains acteurs industriels asiatiques ont opéré des transactions au sein du football européen pour se positionner le plus rapidement possible sur un marché footballistique asiatique en plein essor ! Le potentiel des retombées économiques est considérable et de nombreux entrepreneurs ne veulent pas délaisser un tel secteur aux concurrents. Le rachat d’un club européen permet ainsi d’opérer un transfert de savoir-faire, pour développer au mieux l’industrie du ballon rond sur les marchés asiatiques. Wanda est très certainement l’acteur le mieux positionné à ce niveau, cherchant notamment à devenir un leader mondial dans l’événementiel sportif après avoir déjà réussi dans de nombreux secteurs tels que l’immobilier ou encore le tourisme.

Ainsi, les investissements asiatiques opérés dans le football européen ne se résument pas une volonté politique ou à l’envie d’un homme d’affaires fortuné de vouloir faire joujou dans un secteur méconnu. Ils constituent plutôt de réels placements stratégiques, servant généralement les intérêts d’un conglomérat industriel dans son ensemble. Néanmoins, tous les placements ne se transforment pas en success story et certaines opérations peuvent devenir de véritables gouffres financiers. C’est notamment le cas du côté des Queens Park Rangers, club au sein duquel Tony Fernandes a déjà dépensé une fortune sans obtenir de résultats probants. Certaines difficultés – comme notamment les différences culturelles en termes de management – doivent être surmontées pour obtenir de beaux succès sportifs, engendrant des profits financiers directs et indirects. Mais tout propriétaire ne peut connaître le succès rencontré par Vichai Srivaddhanaprabha à la tête de Leicester City FC…

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Source photo à la Une : © RCD Espanyol de Barcelona, SAD (Facebook)

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