Stratégie

Pourquoi les entreprises chinoises investissent-elles massivement dans le football ?

Alors que la Chine a été complètement absente des débats footballistiques jusqu’à présent, le pays cherche actuellement à développer intensivement sa pratique pour devenir une nation qui compte à l’échelle mondiale. Si l’organisation d’une Coupe du Monde constitue un objectif majeur, la Chine veut s’installer comme une nation performante à long terme dans le monde du ballon rond…

Si la Chine constitue un nouvel eldorado pour les clubs européens qui cherchent à se positionner sur un marché à fort potentiel, les entreprises chinoises ne cessent d’être draguées par les dirigeants de clubs du Vieux Continent. L’entrée de capitaux chinois dans les structures actionnariales des clubs européens permet aux différents clubs de financier leurs stratégies de croissance tout en initiant des synergies concernant le développement de notoriété sur le marché chinois.

Et les investissements d’entreprises chinoises au sein des clubs européens n’ont cessé de se multiplier au cours des derniers mois. Dernièrement, le groupe CMC/Citic Capital a notamment acquis 13% de la maison mère détenant le club de Manchester City. Le fabricant de jouets Rastar Group a également acquis une participation majoritaire auprès de l’Espanyol Barcelone. Des mouvements qui sont intervenus après d’autres acquisitions réalisées récemment à l’image du rachat complet du FC Sochaux par le groupe Ledus.

Pourquoi les entreprises chinoises entrent-elles massivement sur le marché footballistique européen ? Cette stratégie est vivement encouragée par le président chinois, Xi Jinping, véritable amateur de football et qui a conçu un plan de développement devant permettre à la Chine de devenir une grande nation du sport et du football en particulier. Outre sa volonté d’accueillir une Coupe du Monde à moyen terme, il souhaite faire du football le sport numéro un en Chine afin d’intensifier la croissance économique du secteur sportif dans le pays. Représentant actuellement 400 milliards de dollars, le secteur sportif doit correspondre à un marché de 850 milliards de dollars en Chine d’ici 2025 d’après les prévisions du gouvernement. Et seul un développement intensif du football permettrait d’atteindre un tel rythme de croissance.

Néanmoins, selon le professeur Simon Chadwick, enseignant-chercheur en sport business à la Coventry University Business School, d’autres éléments géostratégiques justifieraient l’intérêt soudain du gouvernement chinois dans le développement footballistique. « La Chine aime être omnipotente et gagnante dans tout ce qu’elle entreprend. Et le football est un secteur important dans lequel la Chine ne réussit pas pour le moment. La Chine veut alors acquérir une position lui permettant d’être respectée par la communauté mondiale du football » indique alors Simon Chadwick.

Pour pouvoir combler ses lacunes dans le secteur, le gouvernement encourage alors vivement les entreprises à investir auprès des clubs européens pour acquérir un savoir-faire. Une stratégie qui combine souvent un apport capitalistique suivi de la création d’une école de football en Chine afin d’importer les méthodes européennes en matière de formation. D’ailleurs, les entreprises chinoises s’intéressent exclusivement à des clubs ayant une longue tradition en matière de formation ou développant des techniques novatrices s’adaptant bien aux contraintes du marché chinois.

« L’investissement auprès de Manchester City n’est pas dû au hasard » commente alors Simon Chadwick. Selon lui, le modèle d’académie initié dernièrement par les Citizen correspond parfaitement aux projets actuellement mis sur pied sur tout le territoire chinois. Les familles chinoises privilégiant les études pour leurs enfants plutôt que la pratique du sport, le gouvernement compte alors créer des écoles de football adossées à des universités afin de combiner les deux options.

Cependant, les investissements réalisés par les entreprises chinoises auprès des clubs européens ne sont pas dénués de tout intérêt économique. Via cette stratégie, les entreprises défendant le plan de développement footballistique du gouvernement obtiendraient des privilèges économiques sur le marché intérieur chinois. De plus, cette introduction auprès des clubs européens permettrait également aux entreprises d’initier leur stratégie d’internationalisation auprès du Vieux Continent. Enfin, certaines entités espèrent obtenir un retour sur investissement direct via le développement des clubs européens sur le marché chinois.

Dans sa stratégie de développement du ballon rond, la Chine n’omet pas son championnat national. Le pays compte s’inspirer du Japon qui est parvenu à se qualifier pour toutes les phases finales de Coupe du Monde depuis l’instauration de la J-League. Ainsi, différents grands acteurs industriels du pays ont investi dernièrement sur des clubs de la Chinese Super League à l’image du géant du e-commerce Alibaba qui a acquis 50% du capital social de Guangzhou Evergrande. Une opération qui a notamment permis au club chinois de remporter deux des trois dernières éditions de la Ligue des Champions asiatique, grâce notamment à des montants importants injectés sur le marché des transferts afin d’attirer certains bons joueurs en provenance des clubs européens…

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Source photo à la Une : © Manchester City FC (Facebook)

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