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La Lazio de Rome et son manque d’engouement

Cinquième en 2011, quatrième en 2012 et actuellement accroché à la deuxième place de Série A, la Lazio de Rome est en train de construire des résultats sportifs à la hauteur de son niveau du début des années 2000. Pourtant, la stratégie sportive n’est pas comparable : l’équipe est construite pas à pas et non à coup de dizaines de millions d’euros. Mais cela n’empêche pas les Biancocelesti de rester dans l’ombre des autres grands clubs italiens. Pourquoi ? Ecofoot tente de répondre à cette question.

L’excellent site So Foot a soulevé la question il y a une semaine : mais pourquoi la presse italienne ne s’intéresse pas à la Lazio de Rome ? Bien que la question soit pertinente, chez Ecofoot nous ne sommes pas complètement d’accord avec les conclusions. Une grosse charge est portée contre le président actuel, Claudio Lotito, alors que le caractère « fasciste » de ses supporters est minimisé et le passé du club est complètement passé sous silence…

Car ce manque d’amour envers ce club est bien lié à son passé. Club historique de l’Italie, la Lazio est fondée en 1900, bien avant son ennemi juré de la Roma qui naitra d’une scission en 1927. Il faudra du temps pour que les Biancocelesti remportent leur premier titre : il s’agira de la coupe d’Italie en 1958.

Mais la Lazio connaitra sa première décennie de gloire dans les années 1970. C’est également à cette période qu’un grand désamour envers ce club va naitre dans la Botte. L’Italie connait une crise sportive durant cette décennie : aucune Coupe des Clubs Champions ne sera remportée.  Au fin fond de la Série B en 1971, le club laziale décide d’embaucher l’entraineur Tommaso Maestrelli. Celui-ci est connu pour ses méthodes musclées appliquées à Bari et à Foggia.

A la tête de la Lazio, il décide dès la première saison de recruter une équipe de bouchers : Chinaglia, Wilson, Martini, Pelucci ou encore Frustalupi. Ils sont tous connus pour être les ancêtres de Joey Barton. Ils découpent tout ce qui dribble. La Lazio remonte en Série A dès la première saison.

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  • Mais trois clans s’installent au sein du groupe. Le premier clan est formé par les fous furieux : il s’agit des gros individualistes qui ne cherchent pas à jouer au foot mais à faire mal aux adversaires. Dans le second clan, il s’agit des joueurs un peu moins tarés et qui ont une petite dimension collective. Et le troisième clan est formé par un seul joueur : le gardien Pulici jugé irrécupérable pour tisser des liens sociaux. Il ne se passe pas un jour à l’entrainement sans une grosse bagarre entre les joueurs du même club. Ils en viennent même aux mains entre eux durant les matchs officiels !

    Tommaso Maestrelli Lazio

    Tommaso Maestrelli a donné à la Lazio son premier titre. Mais il est aussi le père fondateur de son impopularité.

    Mais cette animosité créée de toute pièce par Maestrelli conduit le club à disputer le titre dès la saison de sa remontée en 1972/73. Le club finira finalement troisième et disputera la coupe UEFA. Mais l’équipe est détestée pour son jeu dans toute l’Italie : grosse solidité défensive, très peu de qualité technique, tacles à la gorge, aucun fuoriclasse dans ses rangs. Pour ne rien arranger, les joueurs de la Lazio se déclarent proches des idéaux fascistes et de Mussolini… à une époque où le communiste est assez haut dans les sondages et l’opinion publique italienne. C’est à cette période que des liens se tissent entre les ultras laziales et le fascisme…

    Lors de la saison 73/74, la Lazio est à son apogée sportive. Mais son impopularité traverse les frontières italiennes pour conquérir toute l’Europe. Cette année-là, les Biancocelesti remportent leur premier titre de champion d’Italie en pratiquant un jeu toujours aussi moche. L’anti FC Barcelone est bien cette équipe. Dans le même temps, l’équipe de Maestrelli traverse la coupe UEFA avec un grand vacarme. Face à Arsenal, les Laziales pourrissent le match quelques jours avant l’affrontement en offrent des sacs-à-main à toute l’équipe adverse. Bien évidemment, la blague sera très moyennement appréciée du côté des Gunners. Puis contre Ipswich Town, une énorme bagarre éclate dans les vestiaires entre les deux camps. La Lazio sera alors exclue de toute compétition européenne pendant 3 ans. Après appel, la suspension sera revue à 1 an. Mais l’équipe de Maestrelli s’est faite une réputation dans toute l’Europe…

    Nedved, Veron, Vieri… sont passés par la Lazio

    La descente aux enfers de cette équipe sera aussi rapide que sa montée vers la gloire du football transalpin. En 74/75, le club finira 5ème de Série A puis il tombera dans le ventre mou avant d’en sortir seulement à la fin des années 90. Aujourd’hui, de cette époque, il ne reste plus que l’impopularité acquise dans toute l’Europe et les liens entretenus entre les ultras et le fascisme italien.

    Mais la Lazio connaitra une autre période faste à la fin des années 90 – début des années 2000 avec un titre en 2000 et une Coupe des Coupes en 1999. Nesta, Veron, Vieri, Nedved, Salas, Couto… vont composer une des plus belles formations de l’époque. Mais la Lazio n’obtient pas l’engouement que suscitent d’autres clubs comme la Juventus, l’Inter, l’AC Milan ou… l’AS Roma !

    Veron Lazio

    Juan Sebastian Veron est un grand artisan du deuxième titre de la Lazio en 1999/2000.

    Les années Lotito

    Après des choix sportifs douteux à coup de transferts ratés, la Lazio est rachetée en 2004 par Claudio Lotito. L’homme d’affaires italien ne va pas tout mettre en œuvre pour reconquérir une notoriété perdue au milieu des années 70.

    Le président va d’abord rentrer en conflit contre la ville de Rome… En effet, pendant plusieurs mois, il ne paiera pas la facture d’électricité liée aux rencontres de son club au stade Olympico. Il considère cette dépense comme superflue. L’affaire sera réglée en justice.

    En 2009/10, il décide également de mettre en équipe B quelques stars de l’effectif comme Pandev ou Ledesma pour des raisons contractuelles. Ceux-ci ne souhaitent pas prolonger leur contrat en acceptant une diminution de salaire. Dans ce bras de fer, Lotito ressortira perdant car il souhaitera les réintégrer pour sauver la Lazio d’une relégation en Série B.

    Enfin, Lotito n’a pas beaucoup œuvré pour réduire les liens entre son club et le fascisme exprimé de ses supporters. Le président a surement peur de se mettre à dos les ultras qui sont parmi les plus virulents du pays. Il ne veut pas lui-même devenir impopulaire. Mais en ne combattant pas ce lien, il ne parviendra pas à redorer la marque Lazio.

    D’ailleurs, Lotito ne cherche pas réellement à internationaliser son club. Lors de sa phase de préparation, le club ne part que très rarement en tournée à l’étranger. Lotito joue la carte locale en essayant de développer tout d’abord l’engouement au sein de la région. Lotito vise plus la région du Latium que la ville de Rome en elle-même à cause de la concurrence de la Roma qui est devenue le vrai club de la ville éternelle.

    Finalement, ce n’est pas un hasard si les médias italiens ne parlent que très peu de la Lazio. Ce club n’est pas très aimé au sein même de l’Italie. Il rappelle de mauvais souvenirs et sa présence dans les premières places coïncide souvent avec une crise sportive nationale. Toute la Botte préfère voir les Biancocelesti dans le ventre-mou de la Série A.

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