Economie

Le football italien est en crise

Paolo Maldini, défenseur légendaire du Milan AC, s’est récemment exprimé sur le football transalpin suite à l’élimination de la Juventus en quart de finale de Ligue des Champions. A l’image de l’entraineur bianconero Antonio Conte, il estime cette élimination logique. Pour le moment, aucun club italien n’a le niveau pour atteindre le big four du football européen. Mais le football italien est-il tant en crise que cela ? Ecofoot.fr tente de faire la lumière sur le football italien.

A la fin des années 90, la Série A comptait 7 clubs capables de gagner une coupe d’Europe : la Juventus, le Mian AC, l’Inter, la Roma, la Lazio, Parme et la Fiorentina. Mais cette suprématie du football italien s’est peu à peu réduite. Depuis 2010 et le sacre de l’Inter, aucun club italien n’est parvenu à atteindre les demies finales d’une compétition européenne. Ce manque de résultat a été synonyme de perte de la troisième place au coefficient UEFA aux dépens de l’Allemagne.

Cette perte de la troisième place n’a rien d’anecdotique : la Série A n’envoie plus que trois équipes en Ligue des Champions au lieu de quatre précédemment. Et aujourd’hui, l’Italie regarde plutôt dans le rétroviseur avec la France et son PSG ou encore le Portugal dont les clubs sont toujours capables de bonnes performances en Ligue Europa.

Des investissements colossaux en Série A à la fin des années 90

 Mais pourquoi le football italien a perdu de sa suprématie ? Certains spécialistes du football transalpin estiment que cette chute a été amorcée en 2006. Paradoxalement, cette saison, l’Italie sera couronnée championne du monde face à la France. Mais la Serie A va connaitre le scandale du Calciopoli avec la rétrogradation administrative de la Juventus en Série B.

La Série A a été salie par cette affaire. Les entreprises ou hommes d’affaires actionnaires des différents clubs ont réduit leurs investissements suite à une affaire qui a marqué l’opinion publique en Italie et dans l’Europe entière.

Mais en réalité, les investissements ont baissé avant l’affaire du Calciopoli. Certains clubs comme la Lazio, Parme ou encore la Fiorentina ont déjà connu une grosse régression sportive en 2006. Et les clubs italiens ne sont plus autant dominateurs dans les compétitions européennes.

Le problème du football italien se situe durant ses années fastes. A la fin des années 90 et au début des années 2000, les différents clubs transalpins de haut niveau se sont livrés à une bulle spéculative des transferts. Les sept clubs du haut du tableau ont investi des centaines de millions de francs (à l’époque) pour avoir la meilleure équipe possible. Et aucune logique de rentabilité n’était associée à ces investissements.

Et après quelques difficultés sportives, un club comme la Lazio va se retrouver dans une situation financière très délicate. Les actionnaires doivent diminuer les investissements sous peine de se mettre en danger. La firme Parmalat, principal actionnaire du club de Parme, déposera le bilan au milieu des années 2000. Elle n’a pas survécu aux investissements conséquents qui coïncident avec une baisse de l’activité de l’entreprise.

Parmalat Serie A

La Parmalat a été déclarée en faillite en 2003. Elle a depuis été rachetée par la firme française Lactalis.

La crise économique sévit en Italie

Durant les grandes années du football italien, les actionnaires ont très peu investi sur le long terme. De ce fait, la Série A a du mal à trouver un second souffle lui permettant de revenir dans le sillage de la Premier League et de la Liga.

La crise économique traversée par l’Europe depuis 2008 touche assez sévèrement l’Italie. Cela a encore contracté les investissements des actionnaires. Et la fiscalité est de plus en plus lourde à supporter. Même si on ne parle pas encore d’un taux d’imposition à hauteur de 75%, Silvio Berlusconi a été obligé de vendre deux joyaux au dernier mercato d’été au PSG : Ibrahimovic et Thiago Silva.

Berlusconi Serie A

Silvio Berlusconi a expliqué sa décision de ventre Ibrahimovic et Thiago Silva au PSG. Le Milan AC n’avait plus les moyens de payer de tels joueurs.

Cette contraction de l’économie italienne a rendu difficile les dernières renégociations des drois TV. Le dernier contrat signé est moins juteux que le précédent : la Série A bénéficie de 833 millions d’euros par saison contre 911 millions pour chaque saison entre 2010 et 2012. De plus, face à la fronde des « petit clubs », une nouvelle répartition plus équitable a été décidée. Désormais, 40% des droits TV sont répartis de manière équitable. 30% sont redistribués en fonction de la popularité et 30% en fonction des résultats sportifs. Nous sommes loin des années 90 où les gros clubs se partageaient une très grosse partie du gâteau.

Enfin, les clubs italiens sont exposés à un particularisme dont ils se passeraient bien. Les revenus issus du merchandising sont assez faibles à cause… de la contrefaçon. Et ce phénomène est amplifié en temps de crise. Un véritable marché parallèle a même lieu lors des jours de match où des stands clandestins vendant des produits contrefaits à des prix défiant toute concurrence fleurissent les rues. Paolo Maldini estime que c’est un mal important du football italien.

Aucune stratégie à long terme pour la Serie A

Les énormes montants investis dans le football italien à la fin des années 90 et au début des années 2000 n’ont pas eu de portée à long terme. L’argent était uniquement investi dans les énormes transferts pour faire venir des stars internationales.

La modernisation des stades a été complètement occultée à cette période. L’Italie souffre aujourd’hui de la vétusté de ses installations. Conjuguée à la crise économique, les affluences sont en baisse. A l’issue de l’exercice 2011-12, le nombre de spectateurs a baissé de 7% par rapport à la saison précédente. Le seul club qui a connu une forte progression durant cette période : la Juventus avec 70% de hausse grâce à l’arrivée de son nouveau stade…

Les grands clubs ont également très peu investi dans la formation. Aujourd’hui, l’Italie essaie de rattraper son retard à ce niveau. Mais la Botte compte très peu de vrais clubs formateurs. Les clubs de milieu de tableau préfèrent toujours faire venir de jeunes joueurs étrangers qui viennent d’achever leur formation.

L’Italie connait aujourd’hui un creux sportif malgré la finale de la Squadra à l’Euro 2012. Mais les Transalpins ont pris conscience de leurs difficultés et ils commencent à corriger le tir à tous les niveaux. Attention portée à la formation par les grands clubs, plans de rénovation des stades, marketing tourné vers l’Asie… l’Italie est en train de poser les bases de sa future croissance. Mais elle a besoin de temps pour retrouver son niveau.

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