Economie

Le Mans : une mauvaise gestion sportive ou financière ?

Premier épisode de notre saga des mauvaises gestions footballistiques : Le Mans FC. Le club de la Sarthe, remonté en ligue 1 en 2005 avait bien débuté son ancrage dans la paysage de l’élite français. Mais des incohérences entre la politique sportive et financière du club vont entrainer une chute qui n’est toujours pas terminée aujourd’hui. A l’heure où cet article est rédigé, Le Mans pointe à une inquiétante 19ème place de Ligue 2…

Une histoire qui commence bien

Après avoir terminé deuxième de ligue 2 à l’issue de l’exercice 2005, Le Mans redécouvre la Ligue 1 un an après l’avoir quitté avec à la tête un tout jeune entraineur du nom de Frédéric Hantz. Ce dernier parvient à conserver l’ensemble de son effectif et il y ajoute quelques paris dont les noms sont inconnus à l’époque : le milieu de terrain ivoirien Romaric en provenance de Beveren pour quelques centaines de milliers d’euros, le Monténégrin Marco Basa en provenance de l’OFK Belgrade ou encore Tulio de Melo acheté à Aalborg au Danemark. Avec un tout petit budget autour de 20 millions d’euros, Le Mans réussit une bonne saison en se classant 11ème et en ne tremblant jamais pour son maintien.

Les bons résultats vont se poursuivre jusqu’à l’exercice 2008 avec notamment une excellente 9ème place arrachée en 2007-2008. Le Mans a su grandir pas à pas en adoptant une stratégie d’un club très bien géré. Tout d’abord, l’organigramme du club s’est étoffé avec une cellule de recrutement très performante qui a su recruter de très jeunes joueurs au talent énorme : Romaric, Basa, De Melo, Grafite, Sessegnon, Gervinho… En plus de cela, Le Mans a sorti de son centre de formation quelques pépites très intéressantes pour la Ligue 1 : Calvé, Pelé, Coutadeur… Economiquement, le club se porte bien et les résultats meilleurs que prévus permettent d’obtenir des budgets dignes de club de milieu de tableau aux alentours de 35 millions d’euros.

Le départ de Rudy Garcia et la fuite des talents

La réussite sportive du club pousse le président, Henry Lagarda, à structurer Le Mans comme un grand club. Il prend alors deux décisions majeures dont l’une aura des conséquences importantes sur les futurs résultats du club. Premièrement, il veut doter le Mans d’un nouveau stade. D’une capacité de 17 000 places et d’une configuration vétuste, le Stade Léon Bollée ne répond plus aux attentes des dirigeants manceaux. Le projet MMArena nait avec une capacité de 25 000 places et des structures ultra-modernes. Le coût du projet est évalué à 104 millions d’euros. Mais le club ne déboursera aucun euro dans un premier temps. La seconde décision du président est la nomination de Daniel Jeandupeux comme conseiller à l’image de Bernard Lacombe à Lyon.

Mais Le Mans se prépare à une saison 2008-2009 difficile. A l’intersaison, Rudy Garcia est parti au LOSC – avec quelques tumultes – et le club décide de confier les clés à un homme du club : Yves Bertucci. Les grandes ventes ont également débuté avec les départs de Sessegnon au PSG pour près de 7 millions d’euros, de Basa au Lokomotiv Moscou pour 4,5 M ou encore de Romaric à Séville pour 8 millions. Auparavant, Bangoura et Grafite étaient déjà partis. De Melo, Yebda et Matsui, en fin de contrat, ont également décidé de quitter le club. Et les remplaçants ne sont pas au niveau. La cellule de recrutement est moins performante : Lamah ne confirme pas son potentiel, Estigarribia retourne au pays (Paraguay) au bout de 6 mois et le duo norvégien Helstad – Stromstad ne convainc pas. Jeandupeux redevient même entraineur en fin de saison pour sauver le club de la relégation.

La faillite sportive va se poursuivre avec des conséquences dramatiques en 2009. Le Mans décide de nommer comme entraineur Paulo Duarte, sélectionneur en même temps du Burkina Faso. Cette double casquette va être fatale pour le club Sarthois qui réalisera un début de saison épouvantable. Le technicien portugais va vite se laisser déborder et quittera le navire dès le début de l’automne. Mais surtout, Le Mans va perdre deux joueurs clés : Gervinho et Pelé. Le club décide de remplacer le portier formé au club par un quelconque gardien géorgien Makaridze et Ovono, un « numéro un bis ». Les deux joueurs vont s’avérer d’un niveau très faible ce qui va considérablement vulnérabiliser la défense mancelle. La suite se terminera par une relégation à la fin de l’exercice.

Inauguration du stade en Ligue 2

Beaucoup d’experts du club expliquent à demi-mot que le projet du nouveau stade a conduit le club en Ligue 2. Celui-ci a été inauguré le 29 janvier 2011 lors d’un match important pour la montée contre Ajaccio. Mais je ne partage pas vraiment cet avis. Le financement du stade est assez limpide. Il a couté 104 millions d’euros. Les collectivités locales et territoriales ont apporté 49 millions d’euros et la société concessionnaire Vinci apporte les 55 millions restants. De plus, Le Mans est le premier club à introduire dans l’hexagone le principe du naming avec la société d’assurances MMA. Cependant, durant la durée de la concession de 30 ans, le club du Mans s’acquittera d’un loyer annuel de 700 000 € et donnera 20% de ses recettes – hors droits TV – à la société Vinci ce qui représente une charge importante en Ligue 2. Cela prive Le Mans d’une ressource financière importante qui permettrait de prendre un ou deux joueurs supplémentaires. Mais la mauvaise affaire est surtout pour Vinci car la Ligue 2 fait chuter les recettes du club jusqu’à 70% sur une saison. Sur les 2,6M d’euros par an que comptait récupérer Vinci sur les 20%, la société concessionnaire ne récupèrera qu’environ 700 000 euros.

Mais la chute du Mans est surtout due aux erreurs multiples commises par le conseiller du président, Daniel Jeandupeux. Le technicien suisse a accumulé les erreurs de casting en dépensant les recettes des ventes dans des joueurs qui ne se sont jamais acclimatés dans la Sarthe. Et les erreurs continuent. Aujourd’hui, Le Mans est 19ème de Ligue 2. En début de saison, Jean-François Rivière a été proposé au Mans. Le conseiller du président l’a jugé trop vieux. Il est actuellement meilleur buteur du  championnat avec Clermont, deuxième et candidat sérieux à la montée.

Prochain épisode : le RC Strasbourg

Par Anthony Alyce

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