Stratégie

La Ligue 1 travaille-t-elle assez ?

Fabrizio Ravanelli, nouvel entraineur de l’AC Ajaccio est sur un siège éjectable depuis la défaite à domicile de son équipe face au FC Nantes Atlantique. En plus des mauvais résultats, il lui est reproché de la part de ses joueurs des méthodes stakhanovistes qui éprouvent les organismes. Est-ce un problème de méthode de la part du jeune coach ou y a-t-il un malaise plus généralisé avec des charges de travail soutenues en France ? Ecofoot mène l’enquête…

Début septembre, Carlo Ancelotti avait accordé une interview au journal l’Equipe au cours de laquelle il avait avoué à demi-mot que les joueurs de Ligue 1 ne sont pas les plus acharnés au travail. Fort d’une expérience qui l’a vu remporté des titres en Serie A ou encore en Premier League, Carlo Ancelotti maitrise le sujet et peut aisément se livrer au jeu des comparaisons.

Aujourd’hui, un autre technicien italien subit de nombreuses remarques au sujet de l’intensité des séances d’entrainement. Important des méthodes de préparation venant d’Italie, Fabrizio Ravanelli peine à obtenir des résultats convaincants avec l’AC Ajaccio. Selon certaines sources internes au club corse, la préparation estivale très intense a littéralement lessivé les joueurs de l’ACA ce qui explique aujourd’hui les nombreuses blessures et le faible niveau affiché par l’équipe.

Ces deux péripéties, mettant en scène deux techniciens transalpins, nous amènent à nous interroger sur le travail des joueurs réalisé au quotidien au sein des clubs de Ligue 1. Alors que les dirigeants ne cessent de pester contre une fiscalité handicapante, faussant la concurrence ; il y a peut-être matière à creuser des sujets non-financiers pour expliquer les résultats mitigés de nos clubs dans les compétitions européennes.

Les parcours au sein des centres de formation français ne proposent pas assez de répétition des efforts

Dès son arrivée, Fabrizio Ravanelli a voulu appliquer des méthodes utilisées à la Juventus Turin : préparation physique très intense de présaison afin de présenter une condition à toute épreuve  lors du déroulement de la compétition. Cette intensité est remise au goût du jour lors des phases de trêve internationale.

Cette méthode tarde à porter ses fruits. Cet exemple ressemble étrangement à celui de Didier Deschamps lors de sa première saison comme entraineur sur le banc de l’AS Monaco. L’ex capitaine de l’équipe de France était même allé plus loin en embauchant le célèbre préparateur physique de la Juventus, Antonio Pintus. Résultat : il terminera en 15ème position et il changera rapidement d’approche pour les saisons suivantes.

didier deschamps asm

Aujourd’hui, Didier Deschamps n’hésite pas à affirmer ses erreurs de méthodologie lors de son arrivée sur le banc de l’ASM en 2001

Les montées en charge pratiquées à Monaco puis à Ajaccio sont trop soudaines pour s’accommoder à la Ligue 1. Et les raisons de cette incommodité sont à chercher dans les centres de formation des clubs français, au sein desquels les méthodes de travail sont différentes de celles de nos voisins européens.

L’intensité physique des séances n’est pas aussi poussée au sein de la formation française par rapport à nos voisins italiens. Les directions des centres de formation préfèrent couver leurs éléments plutôt que de « griller » leur potentiel avant leur début de carrière. Ainsi, suivant ce principe, les joueurs français sont moins armés face à l’adversité. De même, lors de leur passage en tant que professionnel, ils continuent de bénéficier des entrainements individuels en les ménageant. Contrairement aux théories émises sur le sujet, la formation française privilégie un maintien de la fraicheur de la jeunesse plutôt que la confrontation directe à un travail intensif et rude.

Cette sous-exposition au dépassement de soi face à l’effort et à l’adversité est exactement un problème auquel est confronté aujourd’hui l’Olympique Lyonnais. Les jeunes issus du centre de formation n’ont pas la même résistance physique et mentale que leurs homologues européens.

Certes, la France a remporté cet été le championnat du monde des moins de 20 ans. Mais ce titre ne garantit pas des succès majeurs dans les années à venir. Si les jeunes éléments ne parviennent pas ingérer une intensité de travail importante, ils ne hisseront pas leur niveau jusqu’au top mondial. Récemment, seul un départ à l’étranger permettait de compenser à bonne dose le déficit de résistance à l’effort physique né lors de la formation.

Pour réussir au sein des compétitions européennes, les clubs français vont devoir inculquer cette mentalité à tous les niveaux. Pour cela, il faudra surement revoir les politiques de formation. L’apprentissage d’une résistance accrue aux grosses charges de travail sera accéléré par la venue d’éléments issus de championnats étrangers tels qu’entraineurs, joueurs ou autres membres du staff technique. Les investissements réalisés par le PSG et l’AS Monaco devraient permettre d’aller dans le bon sens.

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