Droits TV droits tv ligue 1

Publié le 19 avril, 2017 | par Anthony Alyce

Les droits TV de Ligue 1 sont-ils conformes aux données du marché ?

Bénéficiant d’une situation de marché exceptionnelle avec quatre acteurs de TV payante opérant sur son territoire, la Ligue 1 n’a pourtant pas profité de ce contexte pour rattraper ses concurrents directs en termes de recettes TV domestiques. Une situation qui interroge à l’heure où la plupart des grands championnats européens enregistrent d’importantes inflations…

Avril 2014. Frédéric Thiriez affichait alors un large sourire. Le désormais ex-président de la LFP avait réussi à tenir bon malgré les pressions mises par les diffuseurs de Ligue 1. Souhaitant profiter de la concurrence faisant rage entre Canal + et BeIN Sports, la dirigeant de la Ligue avait alors décidé d’anticiper d’un an le lancement de la consultation concernant l’attribution des droits TV de L1 et L2 concernant la période 2016-20. Une anticipation qui permettait également de devancer l’appel d’offres initié par l’UEFA.

Et le patron de la Ligue était plutôt fier de son coup. La LFP avait alors réussi à négocier un accord global à hauteur de 748,5 M€ par exercice. Un montant qui correspond à une augmentation des recettes de l’ordre de 23% par rapport au cycle 2012-16. Frédéric Thiriez était alors parvenu à rompre la spirale déflationniste entrevue au sein du football français : les droits TV avaient ainsi baissé de 6% entre 2008-12 et 2012-16 en raison notamment du retrait d’Orange.

Alors que peu de voix dissonantes se sont exprimées à l’époque pour manifester une déception concernant cet accord, les avis ont radicalement changé par la suite. Les premiers courroux sont apparus lors de la divulgation des contrats domestiques négociés par les autres championnats européens.

Outre le cas exceptionnel de la Premier League, tous les principaux championnats sont parvenus à se rapprocher voire à dépasser la barre du milliard d’euros de droits TV domestiques par exercice ! Un écart qui a eu ainsi plutôt tendance à se creuser entre la L1 et ses adversaires et qui pousse désormais les dirigeants de clubs français à évoquer certaines alternatives radicales pour corriger le tir.

« J’affirme la même chose depuis plusieurs mois : il faut renégocier les droits télé ! Aujourd’hui, le football professionnel devrait disposer d’un milliard et demi d’euros de droits » a ainsi dernièrement lancé Waldemar Kita, propriétaire du FC Nantes, lors d’une interview accordée à Denis Chaumier et publiée dans l’ouvrage Secrets de Présidents.

Un timing de renégociations qui pose question !

Alors que la concurrence n’a jamais été aussi intense entre les opérateurs de télévision payante sportive, la Ligue 1 n’a pas su tirer parti de cette intensité pour réévaluer à la hauteur de ses espérances ses droits audiovisuels. La situation est d’autant plus paradoxale que certains acteurs comme la Premier League ou encore l’UEFA sont eux parvenus à obtenir de sensibles réévaluations sur le… marché français !

La question du timing revient alors en boucle. La LFP a-t-elle eu raison d’anticiper son appel d’offres d’un an concernant la commercialisation de ses droits TV ? Clairement, la Ligue semble avoir raté le coche en actant une telle décision. Car, parmi les quatre acteurs potentiellement intéressés par les droits de la compétition, deux n’étaient pas prêts à l’époque. SFR n’avait pas encore dévoilé sa stratégie alors que Discovery n’avait pas bouclé le rachat intégral d’Eurosport France.

Pourtant, la décision d’anticiper l’appel d’offres n’était pas totalement saugrenue de la part de la LFP. « A l’époque, la LFP a souhaité anticiper un éventuel partenariat de distribution conclu entre Canal + et BeIN Sports. Un accord qui aurait été dramatique car il aurait alors entraîné une absence totale de compétition lors de la consultation lancée par la LFP » nous a alors confié un expert de la commercialisation des droits TV sportifs, habitué à négocier avec les diffuseurs français.

« Toutefois, on peut dire que ce n’était pas un bon choix à posteriori. L’augmentation des droits TV de la L1 n’a pas été la hauteur des autres championnats. La LFP a raté le coche avec SFR » ajoute alors notre expert.

Vers un rattrapage lors du prochain cycle de négociations ?

Avec un tel nombre d’acteurs opérant sur le marché français, la Ligue 1 devrait alors connaître une nette hausse de ses droits TV domestiques à partir de la saison 2020-21. D’autant que le championnat est parvenu entre-temps à attirer de nouveaux investisseurs. La LFP a également intégré dernièrement à son organigramme Didier Quillot, qui cultive de bonnes relations dans le secteur depuis son passage chez Orange.




Néanmoins, cette augmentation ne sera pas automatique à en croire notre expert en droits TV sportifs. Un phénomène de concentration au sein du marché français pourrait mettre à plat les ambitions de la LFP.

« Le marché français ne comptera pas 3 grands acteurs de TV payante sportive durant longtemps. D’ailleurs, la consultation actuellement lancée par l’UEFA concernant l’attribution des droits TV de Champions League pourrait être décisive quant à l’avenir de certains d’entre eux […] Le timing de l’appel d’offres lancé par la LFP sera très important pour obtenir une belle revalorisation. Je pense que la Ligue aurait tout intérêt à anticiper cette consultation pour bénéficier de l’importante intensité concurrentielle sur le marché français. »

Si tous les regards sont actuellement portés sur les opérateurs dits classiques, une nouvelle vague d’acteurs venue du web pourrait néanmoins chambouler le prochain appel d’offres TV de la LFP. Des sociétés telles qu’Amazon, Facebook ou encore Twitter n’ont pas hésité dernièrement à se positionner pour récupérer des lots audiovisuels sportifs, notamment sur les marchés américains. Amazon est même parvenu à récupérer un lot de VOD en cet exercice 2016-17.

Ligue 1 : quelles sont les perspectives concernant les droits TV internationaux ?

Parallèlement au développement des recettes TV domestiques, les principaux championnats européens ont multiplié leurs efforts au cours des dernières années pour revaloriser fortement leurs droits TV commercialisés sur les marchés internationaux. Un mouvement qui produit déjà d’excellents résultats pour certaines compétitions, la Premier League parvenant même à dépasser la barre du milliard d’euros de recettes TV internationales par exercice !




Alors que la Bundesliga et la Liga s’inscrivent également dans ce cycle de croissance dynamique de leurs recettes TV internationales, la Ligue 1 accumule à nouveau un certain retard de développement. Et le championnat français va rencontrer un sérieux écueil lors des années à venir, ne lui permettant pas de corriger le tir à court terme.

« Concernant les droits TV internationaux, la LFP s’est tirée une balle dans le pied en signant un contrat d’une durée interminable avec BeIN Sports. Pourtant, à l’époque, les termes négociés semblaient bons » nous précise ainsi notre expert en droits TV.

En effet, la LFP est engagée avec BeIN Sports jusqu’à l’issue de la saison 2023-24. A partir de la saison prochaine, l’opérateur qatari reversera une somme de l’ordre de 80 M€ à la LFP. Un montant qui est bien loin des 650 M€ de recettes perçues chaque année par la Liga Santander. Toutefois, ce montant a été négocié sous forme de minimum garanti. La Ligue devrait ainsi percevoir 50% des revenus négociés par BeIN Sports au-delà de la barre des 80 M€.

Si la Ligue 1 est désormais clairement en-deçà de ses principaux concurrents européens en matière de recettes TV en dépit d’un contexte très favorable, cette tendance pourrait finalement constituer un bien pour le football français. Longtemps très dépendant des recettes télévisuelles, le retard pris par le football français en matière de développement de recettes audiovisuelles pourrait encourager les clubs à mettre l’accent sur d’autres axes de développement, leur permettant d’accroître leurs revenus de sponsoring ou matchday. Une stratégie qui a notamment été suivie au début des années 2000 par la Bundesliga suite à la faillite de Kirch et qui n’a pas trop mal réussi au football allemand…

Source photo à la Une : Ecofoot.fr


A propos du contributeur / de la contributrice

Spécialiste des problématiques sport-business, j'interviens régulièrement pour différents médias sur des sujets liés à l'économie du football. Entrepreneur & Fondateur d'Ecofoot.fr



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