Stratégie modèle développement mls

Publié le 24 avril, 2016 | par Anthony Alyce

La stratégie de croissance de la MLS pose-t-elle question ?

Alors que de nouvelles franchises devraient faire leur apparition dans le championnat nord-américain de MLS en 2017 et 2018, les dirigeants de la Major League Soccer ouvre déjà la porte à une deuxième phase d’expansion qui devrait porter le nombre de franchises à 28 dès 2020. Une croissance rapide qui soulève la question de la soutenabilité économique de cette évolution. Explications…

« La MLS comportera 24 équipes en 2018. Et nous devrions bientôt compter 28 franchises même si nous n’avons pas encore défini précisément le calendrier. Mais cette deuxième phase d’expansion devrait avoir lieu pour 2020 » a alors indiqué Don Garber, patron de la MLS lors d’une intervention publique.

Alors que le championnat nord-américain a démarré à 10 franchises en 1996 lors de sa première année de création, la compétition est clairement entrée dans une phase extrêmement active concernant l’expansion de son format. A l’image des autres sports US, la direction de la MLS souhaite rapidement atteindre la barre des 30 franchises afin de couvrir tout le territoire américain.

Alors qu’une franchise à Atlanta fera son apparition dans la compétition en 2017, trois autres équipes intégreront normalement le championnat en 2018 : Miami via le projet Beckham, Minnesota et une deuxième franchise à Los Angeles. Concernant l’intégration des quatre prochaines franchises pour 2020, Don Garber a précisément nommé les villes bénéficiant d’un fort potentiel à ses yeux : Detroit, Saint-Louis, San Antonio, San Diego ou encore Austin sont ses premiers choix.

Pour les économistes spécialisés dans les sports US, cette volonté de croître rapidement n’est pas surprenante de la part de la direction de la MLS. « La chose importante que la MLS essaie de mettre en place est d’avoir une vraie influence sur l’intégralité du territoire américain. Quand vous possédez des franchises dans seulement 8 ou 10 villes, il est alors difficile d’obtenir un contrat de droits TV très important aux Etats-Unis. C’est pour cela que toutes les grandes ligues sportives américaines comportent au moins une trentaine de franchises » indique ainsi Victor Matheson, professeur d’économie à l’institut Holy Cross de Worcester basé dans le Massachusetts.

Ainsi, Don Garber souhaite impérativement se rapprocher de la barre des 30 franchises avant 2022, date de renégociation des droits TV de la compétition. Même si la MLS est parvenue à obtenir une belle réévaluation contractuelle la saison dernière, le championnat nord-américain perçoit seulement 90 M$ par exercice de droits TV domestiques. Pour pouvoir amorcer une croissance exponentielle afin de réduire l’écart avec les principaux championnats européens, la Major League Soccer a besoin d’étendre significativement son influence sur le territoire.

Et la direction de la MLS compte profiter de l’élan populaire dont bénéficie actuellement la discipline aux Etats-Unis pour faire grossir le format de sa compétition. En effet, de nombreux indicateurs sont actuellement au vert : la finale de la dernière Coupe du Monde féminine a rassemblé plus de 23,6 millions d’Américains devant la TV, constituant la troisième audience sportive de l’année 2015. La fédération américaine a comptabilisé plus de 3 millions d’enfants et de jeunes adultes licenciés au football en 2014. Et un récent sondage réalisé par ESPN montre que la MLS bénéficie aux Etats-Unis d’une popularité aussi importante que la MLB parmi les jeunes américains âgés entre 12 et 17 ans.

Les récents succès sportifs et financiers rencontrés par la franchise d’Orlando City SC poussent également de nouveaux investisseurs à s’intéresser de plus en plus à cette discipline. Néanmoins, d’autres économistes doutent quant à la capacité de la MLS à grossir aussi rapidement et craignent la création de plusieurs franchises non-viables financièrement. Malgré le succès commercial rencontré par certaines structures, la compétition a perdu plus de 100 M$ sur l’exercice 2014 d’après des données communiquées par Don Garber. Et la franchise de Chivas USA a complètement disparu de la compétition faute de rentabilité financière.

Si la hausse d’intérêt pour le football aux Etats-Unis est incontestable, les audiences TV de la MLS n’en profitent pas directement. En 2015, la finale du championnat opposant Portland à Colombus a seulement rassemblé 1,2 million de téléspectateurs. Soit un score inférieur à un choc de Premier League comme Liverpool – Manchester United, qui a réuni plus de 1,5 million de téléspectateurs sur le sol américain l’an dernier malgré le décalage horaire. Régulièrement, les téléspectateurs américains se passionnent plus pour les rencontres de Premier League, de Champions League voire de Liga Mx plutôt que pour leur propre championnat.

Même si la qualité de jeu a fortement évolué au cours des dernières années, les stars évoluant en MLS sont soit des joueurs nationaux, soit des étrangers venant achever leur carrière aux Etats-Unis. Hormis Giovinco, aucun joueur majeur européen n’a quitté son championnat en pleine possession de ses moyens pour rejoindre la compétition nord-américaine. D’ailleurs, sur la scène internationale, les clubs de MLS tardent à obtenir des résultats. Ils sont toujours largement dominés par les clubs mexicains au sein de la Ligue des Champions de la CONCACAF.

Si la phase ascendante de la Major League Soccer est indéniable, la direction du championnat nord-américain devrait prendre garde à ne pas faire évoluer trop vite le format de sa compétition. Si certains investisseurs venaient à perdre rapidement trop d’argent, ils pourraient alors se retirer de la compétition. Le spectre de l’échec de la NASL ne serait alors pas complètement écarté. Au lieu de baser exclusivement sa croissance sur l’expansion de la compétition, certains propriétaires de franchises souhaiteraient que le Board du championnat nord-américain étudie d’autres pistes de réformes structurelles permettant de trouver de nouveaux relais de progression économique.

Une piste consisterait à assouplir à nouveau le salary cap afin que les franchises bénéficiant d’importants investisseurs à leur tête puissent recruter plus de stars. Un élément qui permettrait alors de concurrencer plus facilement les compétitions européennes majeures en termes d’audience TV sur le sol américain. La création de deux divisions distinctes avec des systèmes de promotion/relégation comme en Europe est également évoquée à demi-mot par certains patrons de franchises aux hautes ambitions. Cette solution permettrait de densifier le niveau tout en libérant des dates permettant de mieux tenir compte des dates bloquées par la FIFA pour l’organisation des rencontres internationales.

Mais les différentes alternatives envisagées par des propriétaires de franchises ne sont pour le moment pas écoutées par Don Garber. Pour le commissionnaire de la MLS, l’objectif principal à court terme est d’accroître le nombre de franchises participant au championnat afin d’impliquer tous les Etats nord-américains dans cette discipline. Selon lui, c’est à cette seule condition que le championnat décollera économiquement en parvenant à multiplier de façon conséquente les droits TV lors du prochain appel d’offres qui sera organisé en 2021…

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Source photo à la Une : © Flickr.com (marktci)


A propos du contributeur / de la contributrice

Spécialiste des problématiques sport-business, j'interviens régulièrement pour différents médias sur des sujets liés à l'économie du football. Entrepreneur & Fondateur d'Ecofoot.fr



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