Stratégie

Platini est-il un candidat crédible à la présidence de la FIFA ?

Dernièrement, Michel Platini affirmait qu’il était le seul candidat susceptible de battre Sepp Blatter lors de la prochaine élection du président de la FIFA en 2015. Alors que cette affirmation peut paraitre prétentieuse, elle colle parfaitement au personnage. Michel Platini est un homme ambitieux et déterminé. Mais a-t-il réellement une chance de détrôner le roi Blatter ? Ecofoot.fr fait le tour de la question…

En 2007, quand Michel Platini se lançait dans la course à la présidence de l’UEFA face au monarque Lennart Johansson, l’ex-numéro 10 de l’équipe de France se retrouvait dans la même position qu’aujourd’hui. Il défiait alors un candidat connaissant tous les rouages du système et soutenu au départ par les puissants. Michel Platini a initié sa campagne en s’adressant aux petites fédérations. Il défendait alors un programme en leur faveur sans totalement aller à l’encontre des puissants. Grâce à cette campagne habile, Platini parvient à être élu président de l’UEFA en 2007. En 2011, il est réélu sans difficulté à la tête de l’institution européenne : aucun candidat n’a osé se présenter contre lui.

A la tête de l’institution européenne, Michel Platini a appliqué une partie du programme qu’il avait annoncé lors de sa campagne. Il s’est attelé à donner plus de pouvoirs aux petites fédérations tout en ne froissant pas les fédérations puissantes du continent. En ce sens, il a réformé les phases de qualification de la Ligue des Champion, permettant aux champions des petites fédérations d’accéder un peu plus facilement à la phase de poules de la compétition. Il a également pris la décision de supprimer le G14, groupe composé des clubs européens les plus puissants, afin d’éviter que cette organisation fasse de l’ombre à l’UEFA. Enfin, Platini est parvenu à instaurer le fair-play financier, dont les premières sanctions destinées à des clubs européens de premier plan sont tombées à l’issue de cette saison 2013-14.

A la tête de l’UEFA, Platini n’a pas œuvré uniquement au niveau des clubs. Il a pris également de nombreuses décisions au niveau des équipes nationales. A peine élu, Platini s’est félicité que le comité exécutif de l’UEFA accorde l’organisation de l’Euro 2012 à une candidature en provenance d’Europe de l’Est (Ukraine-Pologne). Platini a également modifié l’organisation de la compétition en permettant désormais à 24 équipes européennes de se qualifier pour la compétition au lieu de 16 formations. La mesure rentrera en vigueur lors de l’Euro 2016. Enfin, pour l’Euro 2020, Platini a décidé d’organiser la compétition sur l’ensemble du territoire européen au lieu de la confier à un seul pays. Une décision qui a fait l’unanimité au sein des différentes fédérations.

Michel Platini et Sepp Blatter ont une conception du football radicalement différente

Pour le moment, Michel Platini ne s’est pas déclaré officiellement pour la présidence de la FIFA en 2015. Seul Jérôme Champagne, un ennemi de Michel Platini, a officialisé sa campagne. Sepp Blatter devrait officialiser sa candidature dans les jours à venir. Mais il ne fait guère de doute que Michel Platini se lancera dans la campagne à l’issue du Mondial brésilien. D’ailleurs, Michel Platini préparerait avec le directeur de France Football, Gérard Ernault, un livre dialogue au sein duquel Platini délivrerait son programme.

Clairement, dans les idées, Michel Platini et Sepp Blatter possèdent des différences très marquées. Pourtant les deux hommes n’ont pas toujours été adversaires. En 2007, quand Michel Platini se présentait pour la première fois à la tête de l’UEFA, le président de la FIFA Sepp Blatter avait alors soutenu la candidature du Français. Blatter souhaitait un président actif à l’UEFA, capable de tenir tête aux grands clubs européens. Depuis très longtemps, Blatter se méfie de l’influence des grandes formations européennes et de leur volonté d’outrepasser les règlements des grandes institutions telles que l’UEFA ou la FIFA. Avec Platini, Blatter était convaincu d’avoir un allié européen important pour canaliser l’influence des clubs.

sepp blatter présidence de la FIFA

Sepp Blatter a soutenu Michel Platini lors de sa candidature à la tête de l’UEFA en 2007.

Aujourd’hui, les deux hommes sont devenus de véritables rivaux. Et les deux protagonistes n’hésitent pas à afficher clairement leurs différences par presse interposée. D’un côté, Sepp Blatter s’inscrit comme un dirigeant libéral qui cherche pleinement à inscrire le football dans la mondialisation. Selon lui, la FIFA ne doit pas avoir un rôle de régulateur financier mais au contraire, elle doit encourager le développement économique du sport. En revanche, Blatter considère que la FIFA doit plutôt concentrer son énergie à régler tous les problèmes périphériques entourant le football : violence dans les stades, problèmes de racisme, amélioration de l’arbitrage, encadrement des systèmes de formation…

De l’autre côté, Platini possède une conception radicalement différente de la présidence de la FIFA. Selon le dirigeant français, il est nécessaire que la FIFA s’intéresse de près aux questions économiques et joue son rôle de régulateur. S’il venait à se présenter pour prendre la tête de l’institution internationale, il est fort probable que Platini mettrait en place un dispositif similaire au fair-play financier mais à une échelle mondiale. D’ailleurs, sur les sujets économiques, Platini ne cache pas son côté critique envers la mondialisation : il avoue prendre pour modèle la Bundesliga où le capital des clubs doit être majoritairement détenu par des Allemands. Platini adore l’actionnariat local qui permet aux clubs de conserver un ancrage avec leur région. Il le préfère aux investissements massifs étrangers opérés notamment en Premier League ou encore en Ligue 1.

Mais Michel Platini n’est pas uniquement rétrograde sur les sujets économiques. L’évolution technologique est également un sujet majeur sur lequel il s’oppose catégoriquement à Sepp Blatter. Alors que l’actuel président de la FIFA est favorable à une introduction de la technologie et notamment à l’assistance de la vidéo pour les arbitres, Michel Platini s’y oppose fermement. L’actuel président de l’UEFA a notamment sévèrement critiqué l’initiative de la FIFA d’introduire le système électronique permettant de détecter si un ballon a réellement franchi la ligne de but lors du Mondial 2014. Pour défendre sa position, Platini évoque l’universalisme du football qui doit être protégé et la confiance qui doit être allouée à l’arbitre. Selon Platini, le football connait un tel succès aux quatre coins du globe grâce à sa pratique simple et universelle. L’introduction de la vidéo favoriserait un football à deux vitesses, et renforcerait le fossé entre le monde professionnel et amateur. De plus, l’assistance de la vidéo freinerait l’arbitre à prendre ses responsabilités. Pourtant, l’introduction de la vidéo dans les autres sports (rugby, tennis…) a plutôt eu un effet positif.

Platini doit faire face aux critiques

En plus de ses idées conservatrices qui pourraient lui coûter l’élection à la tête de la FIFA, Michel Platini fait actuellement face à une vague de critiques indirectes qui pourrait le dissuader de se présenter. En effet, depuis quelques semaines, son rôle dans l’élection du Qatar comme organisateur du Mondial 2022 soulève quelques interrogations. Depuis le début, Platini a affiché clairement son soutien à la candidature qatarie. Une faiblesse qu’exploite à merveille l’actuel président de la FIFA, Sepp Blatter, qui s’était positionné à l’époque pour les Etats-Unis. Blatter évoque la réalisation « d’une erreur » en parlant de l’attribution du mondial 2022 au Qatar.

Cependant, Sepp Blatter n’est pas seul à reprocher le choix de Platini. La presse anglaise, qui goûte peu aux actions entreprises par Platini à la tête de l’UEFA, charge ouvertement Platini concernant son choix pour le Mondial 2022. Alors que la presse britannique a mis à jour plusieurs scandales concernant cette désignation (mort de travailleurs indiens sur les chantiers des stades, soupçons de corruption de certains membres de la FIFA pour obtenir leur voix…), Platini n’est pas épargné par l’affaire. Elle souligne notamment les liens étroits que possède l’actuel président de l’UEFA avec l’état qatari, par l’intermédiaire de son fils Laurent Platini actuel dirigeant de l’équipementier qatari Burrda Sport. Dernièrement, le Daily Telegraph annonçait l’existence d’un diner secret entre Michel Platini et Mohamed Bin Hammam, ancien dirigeant qatari et ex président de la Confédération Asiatique de Football, exclu à vie de la FIFA pour de multiples affaires de corruption. Clairement, la presse britannique n’apprécie pas l’ancien numéro 10 des Bleus qui s’est montré à de nombreuses reprises critique sur la gestion de la Premier League dans le cadre de ses missions en tant que président de l’UEFA.

Outre l’affaire qatarie, certaines fédérations reprochent également à Platini son implication dans la désignation de la France pour l’organisation de l’Euro 2016. Clairement, les fédérations italiennes et turques, concurrentes du dossier français, ont peu goûté aux relations de proximité entretenues entre Michel Platini et le président français de l’époque, Nicolas Sarkozy. Lors de cette désignation, la présence de Nicolas Sarkozy en personne pour défendre la candidature française a pesé lourd lors du vote du comité exécutif. Une présence qui aurait été encouragée par Michel Platini en personne. Si cette attribution ne souffre d’aucune accusation, Michel Platini ne s’est pas fait que des amis dans ce dossier.

Clairement, Michel Platini est un candidat crédible pour battre Sepp Blatter. Il propose une nouvelle conception du football et souhaite attribuer un nouveau rôle de régulation financière à la FIFA. Cette candidature s’oppose radicalement à la vision libérale de Sepp Blatter. Si cette démarcation nette peut apparaitre comme un élément positif, Michel Platini doit veiller à ne pas renvoyer l’image d’un dirigeant rétrograde et ringard aux yeux du comité exécutif de la FIFA. De plus, pour bénéficier d’un bilan à la tête de l’UEFA qui plaide pour lui, Michel Platini va devoir convaincre que le fair-play financier est le dispositif permettant de réguler efficacement les investissements financiers. Enfin, Platini devra affronter les différentes critiques et soupçons quant à son rôle dans la désignation du Qatar comme organisateur de la Coupe du Monde 2022. La route est encore longue pour l’actuel président de l’UEFA…

Edit : Sepp Blatter vient d’annoncer sa candidature pour la prochaine élection du président de la FIFA.

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