Stratégie

La politique du club unique

Telle la politique de l’enfant unique en Chine, les dirigeants du football français ont durant de nombreuses années mis des barrières à l’émergence de deux clubs phares au sein d’une même ville. Pourtant, certaines villes françaises avaient largement la place pour héberger plusieurs clubs de haut niveau…

Un coup d’œil à une carte de l’Europe footballistique suffit pour constater l’anomalie. Alors que les championnats Anglais, Espagnols et Italiens possèdent plusieurs clubs de haut niveau dans leurs grandes villes, la France présente l’exception de n’avoir qu’un club par ville au sein de l’élite. Mais cette anomalie n’a rien de naturel. Pendant des années, le monde politique et les dirigeants du football professionnel ont souhaité cette politique du club unique. A travers trois exemples surprenants, la France montre qu’elle a tout mis un œuvre pour satisfaire l’objectif « une ville – un club »…

Le football parisien ne tourne qu’autour du PSG

Avec plus de 10 millions d’habitants, la région Ile-de-France est l’une des plus densément peuplées d’Europe. Pourtant, en scrutant la carte footballistique de cette région, on s’aperçoit que celle-ci est très loin d’une région Londonienne regorgeant de plus de 10 clubs professionnels ou encore de l’agglomération madrilène avec deux clubs phares au plus haut niveau.

En Ile-de-France, il n’y a que le PSG au sein de l’élite. Il faut remonter à la saison 1989-90 pour voir deux clubs franciliens en première division. A l’époque, le RC Paris avait accompagné durant quatre saisons le PSG. Aujourd’hui, il n’y a même plus de club francilien en Ligue 2. Il faut descendre jusqu’en national pour trouver l’US Créteil-Lusitanos, le Red Star et le Paris FC.

La naissance du PSG est déjà symbolique d’une volonté des collectivités locales de n’avoir qu’un seul club de haut niveau en région parisienne. En 1969, la ville de Paris souhaite relancer le football de haut niveau au sein de sa commune. Un plan de subvention est accordé. Il est complété par un appel public aux dons. Le Paris Football Club est né mais il reste pendant toute une saison un club virtuel sans entraineur ni joueur. Le club ne possède qu’une manne financière. En 1970, la ville profite de la promotion en deuxième division du Stade Saint-Germain pour fusionner le PFC et le Stade SG. Ainsi prend naissance le PSG.

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  • Cette naissance anéantira tous les autres projets de football de haut niveau au sein de la ville de Paris et même en Ile-de-France. Les différents maires de Paris qui vont se succéder, de Jacques Chirac à Bertrand Delanoë, vont adopter une politique de subventions conséquentes envers le PSG tout en négligeant intégralement les autres clubs de la ville. Dès qu’un investisseur était prêt à investir dans le football parisien, la mairie l’encourageait à se diriger vers le PSG plutôt que de citer les autres clubs de la ville.

    Didier Bariani, homme politique membre du parti radical de Jean-Louis Borloo, dénonce cette politique du club unique à Paris. Ancien maire du XXème arrondissement et ex président du Paris FC nouvelle version, il a clairement révélé le consensus politique parisien autour de l’idée un club-une ville. Et cette stratégie a été menée pour tous les sports au sein de la capitale.

    Paris FC

    Le Paris FC n’a jamais pu avoir une équipe compétitive malgré toute la bonne volonté de Didier Bariani.

    Cette politique a bénéficié d’une complicité involontaire des instances de la LFP et surtout des membres de la DNCG. Organe de contrôle des comptes des clubs professionnels, celle-ci a souvent exercé une politique plus dure envers les clubs issus de l’Ile-de-France. Ainsi, au moindre souci financier, les clubs de Créteil, du Red Star ou encore du Paris FC ont vu leur masse salariale encadrée, une interdiction de recrutement ou encore une rétrogradation administrative.

    Sans appui des collectivités territoriales pour bénéficier de subventions ou d’installations adéquates et sans ménagement de la DNCG, il est bien difficile de faire cohabiter un projet footballistique en Ile-de-France aux côtés du PSG. Pourtant, de beaux projets sont en train de voir le jour à Créteil ou encore au Paris FC. Il faut désormais espérer qu’ils pourront être pleinement concrétisés…

    Marseille, la ville-football ?

     Marseille est la ville française qui respire le football. Souvent comparée à Naples, Marseille vit au rythme de son équipe l’OM. Les jours de match, il n’y pas une discussion sur le Vieux Port où l’OM est absent.

    Agglomération de plus d’un million et demi d’habitants, sa taille se rapproche de celle de Turin en Italie. Mais alors que deux clubs cohabitent dans la cité italienne (ndlr : la Juventus et le Torino), aucun club ne fait de l’ombre à l’OM dans la cité phocéenne.

    Aucun autre club de la ville ne côtoie le monde professionnel. Il faut descendre au niveau de la CFA pour trouver une trace du deuxième club de la ville. Il s’agit de Marseille Consolat qui occupe aujourd’hui la dixième place du groupe C.

    Pourtant, il y a de la place pour plusieurs clubs dans cette ville. Ses habitants aiment le football. Il est le sport le plus pratiqué de la ville et de très loin. Mais les différents maires qui se sont succédé ne se sont jamais intéressés aux autres clubs de la ville. A l’image de Jean-Claude Gaudin,  ils préfèrent poser sur la photo aux côtés des joueurs de l’OM plutôt que de définir une vraie stratégie de promotion du sport dans la ville.

    Jean Claude Gaudin

    Tous les maires de Marseille, à l’image de Jean-Claude Gaudin, ont eu une politique défaillante en matière de promotion du football dans la cité phocéenne.

    Aujourd’hui, à Marseille, il n’est presque plus possible de pratiquer du football dans le centre et dans les quartiers nord de la ville. Le premier et le deuxième arrondissement n’ont aucun stade. Et le troisième arrondissement n’a qu’un seul stade de football. Cela représente un seul et unique stade pour… 110 000 habitants ! Dans les quartiers nord, les stades sont vétustes.

    Les différents clubs amateurs de la ville doivent s’entendre  pour pouvoir tous cohabiter. C’est un comble pour la ville numéro un du football en France. Les quartiers nord qui ont vu émerger Zidane et Nasri éprouvent de plus en plus de difficultés pour jouer au foot…

    Ajaccio victime de la politique du club unique

    Ajaccio est certainement la victime la plus flagrante de la politique du club-unique. En 1999, grâce à une politique de recrutement audacieuse et un jeu résolument tourné vers l’offensive, le Gazélec d’Ajaccio arrache une formidable montée en Ligue 2 ! Au terme d’un dernier match fantastique face à Créteil alors deuxième de National, le Gazélec s’impose dans les dernières minutes 2-1 à Duvauchelle et gagne son ticket sportivement pour la Ligue 2.

    Mais la Ligue interdira le club de monter. S’appuyant sur un vieil article de son règlement, elle affirme qu’une ville de moins de 100 000 habitants ne peut pas avoir deux clubs évoluant dans la même division. Or, l’AC Ajaccio évolue à l’époque en Ligue 2. Cet article complètement stupide et dont personne ne connait son intérêt casse la dynamique d’un club en pleine ascension. Malgré de nombreux recours auprès de la Ligue et de l’Etat, le Gazélec n’obtiendra pas son accession qu’il a tant méritée en Ligue 2. Pire, le club sera rétrogradé deux saisons plus tard en CFA pour raisons financières…

    Devant le ridicule de la décision, la Ligue décide tout de même de retirer cet article de son règlement sous la pression de la justice. Le Gazélec a peut-être également payé son statut de club corse mais la Ligue a définitivement convaincu tout le monde qu’il ne souhaite pas avoir plusieurs clubs au sein d’une même ville…

    Gazélec Ajaccio

    Le Gazélec d’Ajaccio a réussi à revenir en Ligue 2 13 ans après le refus injuste de sa montée par la LFP.

    Cette situation a conduit à voir émerger de nouveaux clubs, issus de plusieurs villes pour posséder assez de moyens afin de survivre au niveau pro. Dernièrement, Arles a du s’associer à Avignon pour exister au niveau professionnel. Alors que les deux villes ne sont même pas situées dans le même département et n’ont pas les mêmes origines, elles possèdent un club en commun sans aucun engouement populaire…

    La situation changera peut-être un jour. Le rêve d’un derby entre deux clubs franciliens n’est pas si utopique que ça. Mais pour cela, il faudrait que les mentalités évoluent au sein de la LFP et au niveau des collectivités en même temps.

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