Economie

Brexit : quelles conséquences pour la Premier League ?

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Alors que le scénario d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne a été évoqué sous tous les aspects durant ces dernières semaines par la presse continentale, le résultat du scrutin est désormais connu et le gouvernement britannique devrait rapidement activer l’article 50 du traité sur l’Union Européenne. Mais ce départ aura-t-il des conséquences majeures sur la compétitivité sportive et financière de la Premier League ? Eclairage…

Le couperet est tombé. Après plusieurs mois de campagne, les Britanniques ont ainsi décidé de quitter l’Union Européenne en votant à 51,9% pour le Brexit. Une décision qui agite actuellement toute la sphère politique et économique, au niveau britannique, européen et mondial. Le gouvernement britannique va probablement enclencher l’article 50 auprès du Conseil Européen dans les jours à venir afin de démarrer les négociations avec l’Union Européenne concernant les termes de sortie de l’institution européenne.

Si toutes les répercussions au niveau politique et économiques seront encore difficiles à juger tant que le cycle de négociations, qui peut durer jusqu’à deux ans (voire même davantage si les deux parties prenantes demandent communément une dérogation), ne sera pas bouclé ; le monde footballistique anglais s’interroge déjà sur les répercussions du résultat du référendum sur l’avenir de ses compétitions. A l’heure où le championnat de Premier League va recevoir un véritable pactole grâce à l’entrée en vigueur des nouveaux contrats de droits TV domestiques et internationaux, les clubs pourraient rencontrer de nouveaux obstacles liés aux soubresauts politiques et économiques traversés par leur pays.

Brexit : des obstacles supplémentaires dans le recrutement de joueurs ?

Alors que la Fédération Anglaise (FA) et le Home Office ont dernièrement décidé de durcir les conditions de délivrance du permis de travail aux footballeurs internationaux souhaitant évoluer en Premier League, ces règles ne s’appliquaient pas jusqu’à présent aux footballeurs possédant une nationalité de l’Union Européenne en raison des traités de libre circulation en vigueur. Des conditions d’obtention qui sont plutôt contraignantes même si certains clubs parviennent plus ou moins aisément à obtenir des dérogations en appel.

Depuis l’instauration des nouvelles règles en 2015, un citoyen hors UE doit désormais remplir un certain pourcentage de rencontres disputées avec sa sélection nationale durant les 24 derniers mois pour pouvoir évoluer dans le championnat anglais. Le pourcentage requis dépend du classement FIFA de sa sélection. Ainsi, si sa sélection nationale est classée dans le top 10, le taux de matchs disputés doit être supérieur à 30%. Ce taux grimpe à 45% pour une sélection classée entre la 11ème et la 20ème place. Et il atteint 75% pour un joueur évoluant dans une sélection classée entre le 31ème et le 50ème rang FIFA. Tout joueur évoluant dans une sélection FIFA classée au-delà de la 50ème place ne peut obtenir son permis de travail en première instance.

Comme évoqué plus haut, une procédure d’appel a été définie avec un système de points permettant d’obtenir une dérogation. Le joueur en question doit au moins obtenir 4 points selon des critères bien précis pour satisfaire cette procédure et obtenir son permis de travail en deuxième instance. Parmi les critères, on retrouve par exemple le prix du transfert : si la transaction se classe parmi les 25% les plus onéreuses des deux dernières fenêtres de transfert, cela accorde 3 points au dossier du joueur. Des critères de salaires ou appliqués au club de provenance du joueur sont également étudiés.

En sortant complètement de l’Union Européenne, l’obligation d’acquérir un permis de travail pourrait être ainsi étendue aux joueurs citoyens de l’UE. Un nombre non-négligeable de joueurs pourrait alors ne pas satisfaire les critères. Même si le risque d’application d’un permis de travail à court terme est (quasi) nul – et il est même très limité à moyen terme en raison de la volonté du Royaume-Uni de maintenir une zone de libre-échange avec l’UE en adhérant possiblement à l’EEE – les clubs pourraient tenir compte de cette incertitude sur le marché des transferts. Ainsi, un club comme Swansea aurait certainement réfléchi davantage avant de recruter Franck Tabanou si le résultat du scrutin était intervenu en 2015.

Outre l’application du permis de travail, le débat sur l’instauration d’un quota de joueurs britanniques au sein des effectifs de Premier League pourrait aussi revenir sur le tapis. Même s’ils ne se sont pas exprimés publiquement, certains cadres de la fédération anglaise ont sous-entendu un support en faveur du Brexit afin de pouvoir réenclencher un débat sur cette mesure, interdite par les textes de lois européens. Mais, une nouvelle fois, ce scénario est assez peu crédible. Les dirigeants de Premier League contesteront l’application d’une telle mesure dans leur championnat. De plus, ces mesures n’ont pas eu les effets escomptés dans les pays où elles ont été mises en place. En Russie, l’instauration des quotas a dégradé la compétitivité des clubs russes – avec un marché des joueurs russes qui a littéralement explosé – sans améliorer les résultats de la sélection nationale pour le moment (même si les effets sont attendus pour la Coupe du Monde 2018).

Brexit : impact sur le recrutement des joueurs mineurs ?

En revanche, il y a un domaine au sein duquel la Premier League devrait être rapidement impactée en raison du Brexit. Cela concerne le recrutement de joueurs mineurs. D’après l’article 19 du Règlement du Statut et du Transfert des Joueurs de la FIFA, un club de football ne peut recruter un joueur étranger âgé de moins de 18 ans hormis trois cas bien précis : si les parents du joueur s’installent dans le pays du nouveau club, pour des raisons étrangères au football ; si le joueur vit tout au plus à 50 km d’une frontière nationale et si le club auprès duquel le joueur souhaite être enregistré dans l’association voisine se trouve à une distance de 50 km maximum de la frontière ; si le transfert a lieu à l’intérieur de l’Union européenne (UE) ou au sein de l’Espace économique européen (EEE), pour les joueurs âgés de 16 à 18 ans.

Evidemment, c’est le dernier point qui pose question. Depuis plusieurs années, certains clubs anglais ont développé de véritables réseaux de scouting afin de récupérer les meilleurs talents des centres de formation européens. Arsenal FC a été un précurseur dans le domaine, en parvenant notamment à subtiliser Cesc Fabregas à la Masia. Depuis, d’autres clubs ont adopté une stratégie similaire à l’image de Chelsea FC, Manchester City ou encore Manchester United. Si le Royaume-Uni venait à quitter l’UE tout en n’intégrant pas à l’EEE, les différents clubs n’auraient donc plus cette opportunité de recruter directement des jeunes talents au sein des centres européens.

Brexit : des conséquences financières pour la Premier League ?

Finalement, les conséquences immédiates pourraient être au niveau financier. Au moment où nous bouclons l’article, la livre sterling dégringole de 5,5% par rapport à l’euro. Or, la plupart des contrats commerciaux et télévisuels sont libellés en livre sterling. Ce matin, le quotidien L’Equipe faisait état d’une offre de 40 M£ émise par West Ham United pour recruter Alexandre Lacazette. Alors que cette offre représentait un montant de 52 M€ hier soir, elle ne vaut plus désormais « que » 49,5 M€. Et les fluctuations de la monnaie anglaise pourraient perdurer durant tout le mercato estival, déstabilisant alors l’ensemble du marché européen des transferts.

Pour pouvoir mesurer l’ampleur des conséquences du Brexit, il faudra bien évidemment attendre l’ouverture des négociations entre l’UE et le Royaume-Uni afin de voir plus clair sur les orientations et aspirations des deux parties concernant leurs futures relations. Concernant la Premier League, l’impact devrait néanmoins être réduit à court terme même si les clubs vont très certainement surveiller les fluctuations financières et monétaires immédiates avant de dépenser leurs nouveaux droits TV en acquisition de joueurs sur les marchés européens…

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Source photo à la Une : © publicdomainpictures.net (Petr Kratochvil)

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