Stratégie

Pourquoi les investisseurs internationaux sont-ils de plus en plus intéressés par l’acquisition d’un club de Premier League ?

Malgré une accumulation de pertes financières sur la période 2003-13, la Premier League n’a jamais autant attiré les investisseurs internationaux. Alors que le football a pendant longtemps été considéré comme un business non-rentable, la perception du modèle économique des structures footballistiques est en train de considérablement évolué, notamment au sein du championnat anglais. Explications…

A l’heure où certains clubs de Ligue 1 cherchent désespérément à attirer un riche investisseur international capable de soutenir leur développement, la Premier League ne semble pas souffrir d’un quelconque problème d’attractivité. Le club d’Everton FC vient d’en faire la parfaite illustration : l’homme d’affaires iranien Farhad Moshiri est en passe d’acquérir 49,9% du capital social des Blues de Liverpool contre un investissement de 87,5 M£. Pour finaliser cette transaction, ce dernier s’est au préalable défait de ses parts dans le club d’Arsenal (15%) en les cédant à Alisher Usmanov contre un chèque de 200 M£…

Everton FC n’est pas le premier club de Premier League en cette saison 2015-16 à attirer des investisseurs internationaux. Un peu plus tôt dans la saison, deux investisseurs américains, Josh Harris et David Blitzer, ont racheté 36% du capital social du club londonien de Crystal Palace contre un investissement de 50 M£. L’arrivée de ces nouveaux actionnaires internationaux fait suite à une première vague d’investisseurs étrangers ayant pris le contrôle des clubs de Premier League au cours des années 2000 à l’image de la famille Glazer à Manchester United, Stan Kroenke à Arsenal, Roman Abramovitch à Chelsea ou encore le Cheikh Mansour à Manchester City.

Mais pourquoi les clubs de Premier League exercent-ils un tel pouvoir de séduction envers les businessmen internationaux, qui ont longtemps délaissé le football en raison de son manque de rendement financier ? Evidemment, le dynamisme économique affiché par le championnat anglais de Premier League a changé la perception des investisseurs à l’égard de ce sport. Entre 2010 et 2014, l’élite du football professionnel anglais a connu une hausse de ses revenus de l’ordre de 41%, franchissant la barre des 3,2 milliards de livres pour la première fois au cours de l’exercice 2013-14.

Une croissance des recettes qui est tirée vers le haut grâce à l’explosion des recettes télévisuelles et à la hausse d’exposition internationale du championnat. Une croissance économique qui est loin d’être achevée : les recettes télévisuelles domestiques enregistreront une hausse de 70% à partir de la saison prochaine ! La croissance des revenus TV internationaux devraient même flirter avec la barre des 100% à la vue des dernières négociations !

Si la hausse des revenus joue un rôle majeur dans le gain d’attractivité des clubs de Premier League, deux autres facteurs permettant de mieux réguler l’activité économique du football ont également fortement contribué à donner une nouvelle perception économique de ce sport. Tout d’abord, la mise en place du fair-play financier au niveau européen a fait baisser l’intensité concurrentielle pesant notamment sur les transferts et salaires. En limitant les pertes maximales à 30 M€ sur une période de 3 ans, l’UEFA a calmé les ardeurs des mécènes souhaitant « seulement » briller en société grâce à leur club de football. Néanmoins, le dispositif a été légèrement assoupli en mai dernier.

Cependant, la mise en place en simultané d’un fair-play financier interne au championnat de Premier League a permis de réduire un peu plus la pression exercée sur la hausse des salaires. Outre les règles concernant les déficits – qui sont plus souples que celles imposées par l’UEFA – les clubs de Premier League excédant 60 M£ de masse salariale ne peuvent pas accroître ce poste de dépenses de plus de 4 M£ par exercice. Pour contourner cette restriction, ils doivent alors impérativement connaître une hausse de recettes commerciales ou de revenus de transferts. Une mesure qui permet d’éviter l’investissement des hausses de revenus télévisuels dans les masses salariales.

Ainsi, via les deux facteurs évoqués précédemment – hausse des recettes et dispositifs de contrôle financier – le football anglais est littéralement en train d’évoluer d’une activité de mécénat à un business pouvant s’avérer hautement lucratif. Preuve en est : la Premier League a affiché des profits à hauteur de 190 M£ lors de la saison 2013-14 alors qu’elle avait accumulé plus de 2,6 milliards de livres de pertes lors de la décennie précédente ! Le ratio masse salariale/revenus est tombé à 58% alors qu’il excédait systématiquement la barre des 70% lors des exercices précédents.

Au cours de l’exercice 2013-14, 15 clubs de Premier League sur 20 ont ainsi affiché des profits. Le club de Tottenham Hotspur a même enregistré un résultat avant impôt record de 80 M£. Un montant qui permet d’affirmer que le club londonien n’était pas contraint de céder Gareth Bale au Real Madrid pour équilibrer ses comptes. Et concernant l’exercice 2014-15, huit clubs de Premier League sur 11 ayant déjà dévoilé leurs comptes ont affiché un bilan positif.

L’accumulation des bénéfices montre qu’il est désormais possible de gagner de l’argent via l’acquisition d’un club anglais en enregistrant d’importants dividendes ou en réalisant une jolie plus-value à la revente. Bill Kenwright, propriétaire d’Everton FC, avait ainsi acheté les Blues de Liverpool pour seulement 20 M£ en 1999. Le cours de l’action d’Arsenal a augmenté de 1200% entre 2002 et 2013 alors que le marché britannique a connu une hausse moyenne de 60% sur la même période (d’après les informations dévoilées par les économistes Simon Kuper et Stefan Szymanski dans le livre Les attaquants les plus chers ne sont pas ceux qui marquent le plus). La famille Glazer est parvenue à générer près de 700 M£ de dividendes entre 2005 et 2015 avec Manchester United ! Néanmoins, une grosse partie de la somme a servi à rembourser partiellement l’emprunt contracté par la famille pour acquérir les Red Devils.

Clairement, en Premier League, les clubs ne sont plus considérés comme des investissements à fonds perdus mais désormais comme des produits financiers pouvant présenter un rendement très intéressant. Un changement de perception qui devrait alimenter une hausse de valorisation des différentes entités footballistiques en raison de la pression concurrentielle exercée par les investisseurs. Néanmoins, la perspective d’un Brexit pourrait également mettre à mal cette tendance…

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Source photo à la Une : © Everton Football Club (Facebook)

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