Economie

Comment la Premier League est-elle devenue si puissante ?

David Dein, ancien vice-président d’Arsenal FC durant 24 ans, revient dans les colonnes de L’Equipe sur la création du championnat anglais de Premier League au début des années 90. Un acte fondateur qui a permis à la division 1 anglaise de se réformer en profondeur afin de devenir, aujourd’hui, le championnat sportif le plus puissant d’Europe. Un chemin que n’emprunte pas la Ligue 1 pour le moment…

A la fin des années 80 – début des années 90, le football anglais connaissait une véritable crise de résultats. Les clubs de D1 anglaise étaient suspendus de toute compétition européenne suite au drame du Heysel. Les actes de violence, souvent orchestrés par les hooligans, se multipliaient dans les tribunes du championnat d’Angleterre. Plusieurs incidents verront le jour dont l’incendie de Bradford ou encore la catastrophe d’Hillsborough.

Devant un tel spectacle, les chaînes de télévision n’étaient pas intéressées à l’époque pour investir lourdement dans la diffusion du championnat anglais. Devant la nécessité urgente de réformer le football anglais, David Dein – alors vice-président d’Arsenal FC – accompagné de trois autres dirigeants importants, organise différentes réunions secrètes visant à trouver une organisation différente des instances.

A la suite de plusieurs réunions de travail, les patrons d’Arsenal (David Dein), Everton (Philip Carter), Tottenham (Irving Scholar), Liverpool (Noel White) et Manchester United (Martin Edwards) s’accordent sur la création de la Premier League, bénéficiant d’une organisation directionnelle indépendante de la Football League. Evidemment, la Football League – autorité régissant les championnats professionnels anglais – s’est fermement opposée à ce schisme mais la division 1 anglaise bénéficiera de l’appui décisif de la FA dans la création de la Premier League.

Impossible de réformer à 92 clubs

Selon David Dein, il était impossible à l’époque de réformer le football anglais et de le guérir de ses maux au sein de la Football League dont les décisions étaient votées par les dirigeants des 92 clubs professionnels. « La création de la Premier League est partie du constat qu’avec 92 clubs professionnels affiliés à la Football League, nous ne pouvions pas faire progresser l’élite. Toute idée de réforme était très compliquée à plaider auprès des instances de l’époque » affirme ainsi David Dein dans les colonnes de L’Equipe.

david dein

David Dein est le grand instigateur de la création de la Premier League sous sa forme actuelle.

A l’époque, certains dirigeants de Premier League souhaitaient mettre en place certaines réformes afin d’accroître les recettes des clubs comme le rallongement de la durée des mi-temps permettant aux spectateurs de consommer plus facilement à l’intérieur des enceintes. Surtout, les dirigeants de la première division anglaise souhaitaient combattre les maux du football anglais : violences, alcool…

Grâce à cette division, la Premier League a réussi à se réformer en profondeur, parvenant notamment à évacuer les hooligans des stades. Surtout, cette division a permis d’accroître considérablement les revenus TV d’un championnat qui n’a cessé alors de gagner en attractivité. Une organisation qui a plongé la D1 anglaise dans un cercle vertueux de croissance économique.

Certains dirigeants de Ligue 1 souhaitent adopter un modèle similaire à la Premier League

Cette séparation de l’autorité de la Premier League avec la Football League est un type de fonctionnement qui plait à certains dirigeants de Ligue 1. Dernièrement, dans France Football, le président de l’Olympique Lyonnais Jean-Michel Aulas plaidait pour une réforme de la gouvernance de la LFP. Selon le dirigeant lyonnais, les décisions ne doivent plus forcément être adoptées par l’Assemblée Générale de la LFP, où chaque voix de club professionnel possède le même poids. Un constat qui est partagé à demi-mot par le dirigeant du LOSC, Michel Seydoux.

Selon les dirigeants des grands clubs français, le fonctionnement actuel du processus de décision de la LFP empêche le football professionnel français de se réformer et nuit à sa compétitivité économique. Alors que le président de la LFP, Frédéric Thiriez, plaide depuis de nombreuses années pour un retour à une Ligue 1 à 18 clubs ou l’octroi d’un bonus télévisuel aux clubs réalisant de bons parcours dans les compétitions européennes, ces mesures n’ont pu être adoptées faute d’une majorité parmi les dirigeants de clubs professionnels.

Si certains patrons de Ligue 1 souhaitent s’inspirer du fonctionnement anglais pour bonifier la compétitivité du football professionnel français, il y a peu de chances que les choses bougent dans l’immédiat. Alors que la Premier League a bénéficié de l’appui extrêmement important de la FA pour obtenir son autonomie, la FFF est loin d’encourager ce type d’initiatives. Noël Le Graët, patron de la FFF et ancien président de l’EAG, se positionne plutôt du côté des dirigeants de petits clubs. Outre une réorganisation du fonctionnement de la LFP, ce dernier est clairement hostile aux réformes proposées par les patrons de grands clubs à l’image de l’instauration d’une Ligue 1 à 18 clubs. « Certains dans le milieu du foot veulent réduire le nombre de clubs en L1, faire moins de matchs. Alors que les joueurs ont envie de jouer » confiait dernièrement le patron de la FFF dans les colonnes de France Football. Vingt-trois ans après la réforme du football anglais, le football professionnel français n’est toujours pas prêt à entamer sa transformation…

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