Economie

Quelle est la santé financière de la Ligue 1 ?

Montés au créneau face à la taxe à 75% sur les très hauts revenus, les dirigeants du football français soutiennent qu’ils ne pourront payer ce dispositif fiscal supplémentaire chiffré à 44 millions d’euros. Il est alors temps de s’intéresser à l’équilibre financier de la Ligue 1. Le championnat français est-il en péril financièrement ? Où se situe-t-il par rapport aux voisins européens ? Ecofoot mène l’enquête…

Les dirigeants du foot français sont remontés contre le gouvernement. Ils soutiennent en boucle qu’ils ne pourront satisfaire leurs obligations fiscales si la nouvelle taxe à 75% sur les hauts revenus était adoptée. Coûtant 44 millions d’euros, les clubs français ne peuvent faire cet effort supplémentaire alors qu’ils reversent déjà près de 700 millions d’euros par an à l’Etat. Vincent Labrune, président de l’OM, indique clairement que son club ne pourra payer la taxe. Michel Seydoux, président du LOSC ou encore M6, actionnaire majoritaire des Girondins de Bordeaux, parlent d’un désengagement financier si le dispositif était maintenu en l’état.

Derrière cette fronde musclée qui devrait aboutir sur une « journée blanche » fin novembre, il est important de déterminer si les patrons du football français adoptent une posture visant à faire plier le gouvernement ou s’ils sont véritablement aux abois financiers. Les situations sont bien évidemment complexes et variés. Mais il est possible de dresser un état des lieux.

Les clubs de Ligue 1 ne sont pas riches

A l’exception du PSG et du l’ASM, les clubs français ne roulent pas sur l’or. Le résultat net de la Ligue 1 pour l’exercice 2011-12 est déficitaire de 53 millions d’euros en 2010-11, de 75 millions d’euros en 2011-12 et il devrait tourner autour de 65 millions d’euros en 2012-13. Lors du dernier bilan rendu public par la LFP, 9 clubs étaient déficitaires dont l’Olympique Lyonnais qui accusait la plus lourde perte autour de 28 millions d’euros.

Pour combler ces déficits structurels liés souvent à une masse salariale trop élevée, les clubs ont recours à deux alternatives : vendre les meilleurs éléments sur le marché des transferts ou demander un nouvel investissement de la part des actionnaires. Les réactions face aux déficits sont trop souvent courtermistes, sans refonte du modèle économique (hormis à l’OL).  M6 a ainsi épongé plus de 25 millions d’euros de pertes cumulées par les Girondins de Bordeaux lors des trois dernières années.

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  • Dans ce contexte largement déficitaire, les clubs de Ligue 1 ont du mal à accepter une nouvelle taxe non prévue en trésorerie. Celle-ci mettra à mal les clubs qui trouvent difficilement un équilibre financier (ASSE, Montpellier, Stade Rennais) et elle risque de pénaliser lourdement des clubs déficitaires (LOSC, OM, OL).

    La Ligue 1 possède une situation financière bien plus saine que celle de ses voisins européens

    Si nous élargissons l’étude au niveau européen, la Ligue 1 fait figure de bon élève au niveau financier. Avec un endettement cumulé tournant autour de 110 millions d’euros, les comptes des clubs de Ligue 1 paraissent sains par rapport à la concurrence européenne. Les 20 clubs de Premier League cumulent un endettement avoisinant les 4 milliards d’euros ! La Liga possède un endettement à hauteur de 3,6 milliards d’euros et la dette de la Serie A se situe aux alentours de 3 milliards d’euros.

    david silva manchester city

    Le club de Manchester City finance tous ses transferts grâce à différents emprunts.

    En Premier League, le champion 2012 Manchester City a accumulé une perte nette de 120 millions d’euros sur l’exercice. Et le club mancunien avait battu la saison précédente le record européen de 227 millions d’euros de pertes sur une saison. Propriété d’un riche homme d’affaires des Emirats Arabes Unis, l’actionnaire est présent pour effacer en temps voulu les dettes du club. A ce jour, le club totalise tout de même plus de 430 millions d’euros de créances auprès de différents établissements bancaires. Ce montant représente près de 4 fois la dette des 20 clubs de Ligue 1. Les supporters de City doivent prier pour que l’actionnaire reste en place afin de ne pas subir une déconvenue à l’image de Malaga.

    En Espagne, où la situation n’est guère plus brillante, le club de Valence CF a subi de plein fouet la crise immobilière du pays. De mauvais placements cumulés à des résultats sportifs en-deçà des objectifs ont fait exploser la dette du club qui a atteint 350 millions d’euros. Le gouffre financier est si important que le club n’a pu payer la fin des travaux de construction de son nouveau stade. En Italie, tous les gros clubs de Serie A possèdent un endettement compris entre 50 et 100 millions d’euros : Juventus Turin (95 millions d’euros), Inter Milan (87 millions d’euros), Milan AC (67 millions d’euros)…

    La Bundesliga est-elle le bon élève de l’Europe ?

    Le championnat allemand, érigé en exemple par de nombreux experts, possède aujourd’hui un niveau d’endettement supérieur à la Ligue 1. La dette cumulée des clubs allemands de l’élite s’élève à 152 millions d’euros soit 40 millions d’euros de plus que la Ligue 1. Pourtant le championnat allemand ne contient que 18 éléments.

    Cependant, et contrairement à la Ligue 1, les dettes de la Bundesliga ne cessent de baisser d’année en année. En 2011-12, la Bundesliga est parvenue à présenter un bilan positif. Il le sera également pour l’exercice 2012-13 où deux pensionnaires du championnat sont parvenus en final de la prestigieuse et rémunératrice Ligue des Champions. En plein cœur de la crise européenne, la Bundesliga a réussi à largement accroitre ses revenus en changeant les modèles économiques de ses clubs (accroissement des revenus de billetterie en devenant propriétaire des stades, développement du merchandising avec de nouvelles techniques commerciales…).

    Si la Ligue 1 a raison de protester contre une pression fiscale qui freine sa compétitivité ; sa situation financière n’est pour le moment pas alarmante au regard de certains voisins européens. Cinquième chiffre d’affaires des championnats du Vieux Continent ; la Ligue 1 possède des bases solides (137 millions d’euros de fonds propres) qui lui permettent d’affronter avec sérénité le fair-play financier et de faire face à une taxation exceptionnelle sur une courte durée. Mais elle devra s’efforcer de trouver un nouveau modèle économique à l’image de la Bundesliga afin de maintenir le même train de vie sans creuser les déficits…

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