Economie

La solidité financière des clubs allemands : mythe ou réalité ?

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Uwe Aranas / Shutterstock.com

La saison 2016/17 a été une nouvelle année riche en records pour le football professionnel allemand, comme l’a montré l’édition 2018 du rapport de la Deutsche Fussball Liga (DFL). Pour la 13ème saison consécutive, les 36 clubs de Bundesliga et 2. Bundesliga ont battu un record de chiffre d’affaires, franchissant la barre symbolique des 4 milliards d’euros pour la première fois. Christian Seifert, PDG de la DFL, s’est montré confiant quant à l’avenir économique des clubs de Bundesliga : « le football professionnel allemand se dirige vers le futur sur des bases extrêmement solides ».

La publication des états financiers de chaque club permet d’avoir une meilleure compréhension de la performance économique et financière. Récemment, 5 clubs allemands ont publié leurs comptes : TSG 1899 Hoffenheim, 1. FC Köln, SV Werder Bremen, FC Augsburg et FC Ingolstadt 04. A travers une analyse comparée, nous expliquerons en quoi le modèle économique des clubs allemands est robuste. Par Allan Labate.

Les clubs allemands s’appuient sur une très bonne dynamique commerciale

Le rapport DFL nous enseigne que les clubs allemands ont vu leur chiffre d’affaires global (transferts inclus) progresser de près de 4% depuis la saison 2015/16. Les 5 clubs étudiés ont enregistré des variations différentes : SV Werder Bremen (+14%), FC Ingolstadt 04 (+20%) et 1. FC Köln (+21%) confirment ainsi l’attractivité commerciale du football allemand tandis que FC Augsburg affiche un revenu global légèrement en retrait (-0,2%).

CA bundesliga

La baisse du chiffre d’affaires de TSG 1899 Hoffenheim a pour origine le « résultat des mutations », profit réalisé sur le transfert de joueurs. Ce type de revenus, particulièrement volatile d’une saison à l’autre, n’est pas forcément représentatif de la solidité structurelle du club : ainsi, en 2015/16, les Blau-Weiß ont enregistré un résultat des mutations total de 56.7 M€ dont la vente historique de R. Firmino à Liverpool, pour un montant estimé à 41 M€. La contre-performance des Blau-Weiß vis-à-vis des autres clubs est, par conséquent, essentiellement conjoncturelle. On parle ici d’un « effet de base défavorable ».

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  • Enfin selon le rapport DFL 2018, seuls 4 clubs de Bundesliga ont un chiffre d’affaires inférieur à 100 M€. 2 de ces 4 clubs sont étudiés ici.

    Des modèles économiques hétérogènes mais performants

    La structure du chiffre d’affaires permet d’identifier le modèle économique de chaque club. Sur les 5 clubs étudiés, 3 clubs (1. FC Köln, TSG 1899 Hoffenheim et FC Augsburg) ont partagé le détail du chiffre d’affaires avec des performances hétérogènes.

    bundesliga revenus

    Sur la saison 2016/17, les droits TV représentent la principale source de revenus de TSG 1899 Hoffenheim et FC Augsburg. Cette configuration suit le modèle français dont les clubs dépendent, en moyenne, à 43% des recettes audiovisuelles, d’après le dernier rapport de la DNCG.

    Les 3 clubs affichent une dépendance comparable vis-à-vis des recettes issues de la billetterie : entre 13% (TSG 1899 Hoffenheim) et 17% (1. FC Köln). La moyenne en Bundesliga s’élève à 15% alors que seuls 10% des revenus des clubs de Ligue 1 sont liés à cette activité.

    La solidité des clubs allemands est visible, d’abord, via la forte présence des revenus commerciaux. Alors que ce segment ne représente que 18% du chiffre d’affaires global moyen d’un club de Ligue 1, les clubs de Bundesliga nouent des relations commerciales plus étroites avec leurs partenaires, à l’image de 1. FC Köln dont 42% des revenus sont issus du segment Publicité, Sponsoring & Merchandising. Ensuite, on remarque que le modèle économique du club allemand typique est plus diversifié que son homologue français. Cela permet aux clubs d’outre-Rhin de compenser les pertes en cas de baisse d’activité d’une des sources de revenus.

    Une gestion rigoureuse de la masse salariale dans un contexte d’inflation

    Du côté des coûts, les clubs allemands ont démontré une forte capacité à maîtriser la masse salariale dans un environnement haussier et malgré des baisses parfois importantes du chiffre d’affaires.

    D’après le rapport DFL 2018, le coût du personnel moyen d’un club de Bundesliga était proche de 78 millions d’euros par an (+10%) pour la saison 2016/17. 85% de cette somme était consacrée à la masse salariale des joueurs et entraîneurs, soit environ 66 millions d’euros (+12% depuis 2015/16, +19% depuis 2014/15).

    Les clubs étudiés sont moins dépensiers que la moyenne : SV Werder Bremen (57.6 M€) et TSG 1899 Hoffenheim (57.4 M€) ont dépensé 2 fois plus que FC Ingolstadt 04 (26.8 M€) qui confirme la corrélation entre masse salariale et performance sportive (FC Ingolstadt 04 s’est classé 17ème à la fin de la saison 2016/17). En moyenne, chaque club analysé a augmenté sa masse salariale de 12%, 1. FC Köln ayant enregistré la plus forte hausse (+27%) tout en restant rentable grâce à l’augmentation de son chiffre d’affaires.

    CA sur masse salariale

    Le ratio Masse salariale/Chiffre d’affaires permet de représenter le pourcentage du chiffre d’affaires réinvesti dans le paiement des salaires et charges sociales. Plus le ratio est élevé, plus la santé financière du club est fragilisée.

    Depuis la saison 2015/16, le ratio moyen en Bundesliga a augmenté de 3 points de pourcentage, atteignant désormais 50%. Un ratio, en hausse certes, mais très loin des standards en Ligue 1 (67%, -3 points depuis 2015/16).

    bundesliga masse salariale ca hors transferts

    Les 5 clubs affichent une moyenne de 51% mais des différences significatives sont présentes : alors que FC Ingolstadt 04 fait figure de bon élève, les Blau-Weiß affichent une politique salariale onéreuse en dépensant 72% de leurs revenus. Transferts inclus, le ratio s’élève à 51%, un niveau beaucoup plus sain. Preuve supplémentaire de l’importance de la vente de joueurs dans le modèle économique de TSG 1899 Hoffenheim.

    Résultat : une profitabilité robuste, stable et homogène

    Tous les clubs analysés ont réalisé un profit après impôt, à l’image de 16 des 18 clubs allemands (16 en 2015/16, 11 en 2014/15). En France, seuls 13 clubs étaient bénéficiaires lors de la saison 2016/17 (13 en 2015/16, 9 en 2014/15).

    Chaque club étudié a réalisé un bénéfice moyen proche de 7 M€, contre 8 M€ en Bundesliga contrairement aux clubs de Ligue 1 qui, en moyenne, sont déficitaires à hauteur de 5 M€.

    bundesliga résultat net

    Synthèse et précisions méthodologiques

    Les clubs étudiés ont des attributs représentatifs du club allemand typique : un dynamisme commercial, un modèle économique diversifié ainsi qu’une gestion équilibrée du coût du personnel.

    Depuis la saison 2017/18, les clubs sont entrés dans une nouvelle ère économique à travers le début du nouveau cycle des droits TV dont le montant total s’élève à 4.64 milliards d’euros (+85%) pour une durée de 4 ans.

    Les données recueillies sont issues des états financiers consolidés (TSG 1899 Hoffenheim, SV Werder Bremen et FC Augsburg) et non-consolidés (1. FC Köln et FC Ingolstadt 04). L’élaboration des états financiers suit les normes comptables allemandes établies par l’Handelsgesetzbuch (HGB), le code de commerce allemand. La transparence de l’information peut varier d’un club à l’autre. Enfin, la présente analyse a pour seul objectif de proposer du contenu informatif de manière transparente et indépendante.

    bundesliga récapitulatif

    Par Allan Labate

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