Economie

Sponsoring : vers la fin des accords commerciaux entre clubs de L1 et sociétés de trading en ligne ?

position amf accords sponsoring L1 opérateurs de trading

Alors que le projet de loi relatif à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, plus communément appelée loi Sapin II, sera examiné début juillet par le Sénat, un amendement inséré par la Commission des Finances vise à interdire toute activité de sponsoring entre les clubs de football professionnel et les sociétés de trading en ligne. Un dispositif qui entravera la compétitivité des clubs français mais qui se justifie pleinement au regard des caractéristiques du secteur. Décryptage…

Alors que les sociétés de trading en ligne ont fleuri sur les maillots de Ligue 1 durant la deuxième partie de saison 2015-16 – le PSG, l’OL, l’ASM, l’ASSE ou encore l’OGC Nice avaient notamment signé un accord de ce typele projet de loi Sapin II pourrait bientôt mettre fin à toute forme de sponsoring entre un acteur de trading spéculatif et un club sportif.

En effet, l’article 28 ter du projet de loi Sapin II – déjà voté à l’Assemblée Nationale et qui sera discuté début juillet au Sénat conformément aux règles de la navette parlementaire – stipule que « toute opération de parrainage est interdite lorsqu’elle a pour objet ou pour effet la propagande ou la publicité, directe ou indirecte, en faveur des services d’investissement définis à l’article L. 533-12-1 du code monétaire et financier. »

L’Autorité des Marchés Financiers – autorité publique indépendante chargée de veiller à la protection de l’épargne des Français investie dans les différents produits financiers – a pesé dans l’insertion d’un tel dispositif dans le projet de loi Sapin II. Ayant dénoncé la dangerosité globale du secteur et les partenariats conclus entre les clubs de L1 et des opérateurs peu scrupuleux au mois de mars dernier par la voix de ses dirigeants, l’AMF ne cache pas  son rôle joué lors de la rédaction de ce projet de loi.

« Au mois de mars dernier, Gérard Rameix, Président de l’AMF, a écrit au Ministre des Finances lui demandant de pouvoir interdire la publicité par voie électronique concernant des produits que nous estimons toxiques à l’égard du grand public […] La question entourant le sponsoring sportif est en revanche arrivé dans un second temps. Cela ne rentrait pas forcément dans le périmètre de notre proposition initiale. Néanmoins, il y a eu un amendement qui a été porté et qui fait entrer le sponsoring sportif dans ce projet. Et nous nous en félicitons » nous a alors expliqué Caroline Leau, Responsable Communication au sein de l’AMF, lors d’un entretien exclusif accordé à Ecofoot.fr

Différents types d’acteurs se côtoient sur le marché du trading en ligne

Selon l’AMF, trois problèmes majeurs justifient la mise en application d’une telle interdiction. Premièrement, la nébulosité entourant les acteurs du trading en ligne constitue un vrai danger pour le consommateur. Outre les opérateurs interdits – placés sur une liste noire par l’AMF – qui ne possèdent aucun agrément pour réaliser leurs activités au sein de l’Union Européenne mais qui n’hésitent pas à duper de potentiels clients via l’affichage sur leurs sites d’un agrément factice, il existe également deux types d’acteurs légaux qui se côtoient sur le marché européen depuis la mise en place en 2007 du règlement MIF, instaurant un marché unique européen des produits financiers. Si certains sites obtiennent leur agrément auprès de régulateurs sérieux comme l’AMF, d’autres acteurs qui ne suivent pas forcément toutes les réglementations européennes et nationales parviennent à obtenir tout de même un agrément auprès de régulateurs moins rigoureux dans leurs contrôles.




« Les problèmes viennent souvent de la Cysec, régulateur chypriote, qui était jusqu’à présent peu regardant dans l’attribution des agréments » nous a alors expliqué Caroline Leau. Or, la plupart des accords commerciaux signés par les acteurs de trading en ligne avec les clubs de L1 ont justement obtenu leur agrément à… Chypre ! Et alors que la Cysec a dernièrement pris conscience du problème sous la pression exercée par les autres régulateurs européens, cette dernière a commencé à durcir sa réglementation en prononçant des sanctions à l’encontre des acteurs ne respectant pas les règles. Et, selon l’AMF, 3 sites parmi les 5 opérateurs ayant signé des accords commerciaux avec les clubs de L1 ont reçu dernièrement une sanction de la part du régulateur chypriote…

Des produits financiers non-adaptés au grand public

En dehors des différentes catégories d’acteurs présents sur ce marché, l’AMF estime également que les produits mis en avant par les sites de trading en ligne ne sont pas adaptés au grand public. Généralement, le marché proposé pour investir est le FOREX via des outils normalement réservés aux spécialistes et présentant de gros risques de pertes (options binaires, rolling spot FOREX, CFD…) « Le FOREX ou Foreign Exchange est le marché des devises monétaires. C’est le plus grand marché du monde en termes de volume. C’est un marché qui est ouvert 7 jours sur 7 et 24h sur 24. Contrairement aux marchés actions, il n’est pas régulé […] Initialement, le FOREX n’était pas un marché spéculatif. Et même les professionnels, qui ont cherché à bâtir des schémas spéculatifs, n’y sont pas parvenus. Les simples données économico-financières ou encore géopolitiques ne suffisent pas à expliquer les variations des cours. C’est un marché ultra-dynamique. En réalité, le FOREX est plutôt un marché de couverture, qui devrait être réservé aux investisseurs institutionnels comme des banques centrales ou autres grands établissements bancaires… » nous indique alors Caroline Leau.

Pour confirmer ses propos, l’AMF a dernièrement rendu public les conclusions d’une étude portée sur 15 000 clients ayant investi sur des sites de trading ayant obtenu leur agrément de la part d’un régulateur sérieux de l’Union Européenne, sur une période comprise entre 2009 et 2012. Selon les conclusions de ce rapport, 90% des clients ont perdu une somme moyenne de 10 000 € ! Les 10% restants ont enregistré un gain moyen de 1 500 €… Et aucun effet d’apprentissage n’y a été mesuré.

Une visibilité accrue via l’exposition offerte par les clubs de L1

Alors que l’AMF a multiplié les rendez-vous à partir du mois de mars dernier pour limiter voire interdire la publicité par voie électronique des opérateurs de trading en ligne qui inondent de leurs bannières tout type de sites via des investissements colossaux, elle a alors constaté que ces mêmes acteurs avaient initié une diversification de leurs investissements publicitaires auprès des clubs de football pour faire apparaître leur logo sur les tenues officielles. « Alors que nous nous battons au quotidien pour éviter aux gens de tomber dans le mythe de l’argent facile, la visibilité de tels acteurs est alors démultipliée en s’associant avec nos meilleurs clubs de football français. D’autant que cela constitue un véritable levier de recrutement pour les opérateurs en question : ils s’autoproclament sur leur site comme sponsor officiel du club concerné » précise-t-on au sein de l’AMF.

Néanmoins, si cette question n’est évidemment pas du ressort de l’AMF, la prononciation de cette interdiction pourrait être un nouvel obstacle dressé à l’encontre de la compétitivité des clubs de L1. Après la loi Evin, la taxe à 75%, le non-plafonnement des cotisations patronales… voilà que les clubs hexagonaux pourraient être privés d’une nouvelle source de recettes si le projet de loi venait à être adopté. D’autant que les autres clubs européens ne se privent pas de la manne financière représentée par l’arrivée de tels acteurs sur le marché du sponsoring. La Juventus a récemment annoncé la prolongation et le renforcement de sa collaboration avec 24Option, partenaire qui pourrait arrêter sa collaboration avec l’OL en cas d’adoption de l’article 28 ter du projet de loi Sapin II.

A ce niveau, l’AMF se veut rassurante. « On a pris contact avec les clubs. On n’a pas senti spécialement de mauvaise volonté de leur part à l’égard de nos prises de position » commente ainsi Caroline Leau avant d’ajouter « Aujourd’hui, la prise de conscience des problèmes engendrés par le trading spéculatif est européenne. Au sein de l’ESMA (régulateur européen), de nombreux régulateurs dont notamment nos voisins belges nous suivent concernant notre position. Cette problématique n’est pas uniquement abordée au niveau national et ce n’est pas impossible que la législation évolue également chez nos partenaires européens. »

Il est vrai que les accords de sponsoring avec les sociétés de trading en ligne constituaient jusqu’à présent des partenariats mineurs, rapportant souvent moins d’un million d’euros par exercice aux clubs concernés. Mieux vaut alors pour nos clubs français se passer d’une telle rémunération annuelle plutôt que d’engager leur image auprès de certains opérateurs potentiellement dans le viseur de l’AMF et des autorités françaises. En attendant, aucun président de club ne s’est montré virulent à l’encontre de cette interdiction…

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez plus à suivre notre page Facebook


Source photo à la Une : © Ecofoot.fr

Ecofoot.fr a besoin de vous !

Pour maintenir sa qualité rédactionnelle et l'accès au plus grand nombre, Ecofoot.fr a besoin de votre soutien financier. Sans vous, l'aventure d'un média indépendant ne peut exister !

Pour seulement 3€, vous permettrez de pérenniser Ecofoot tout en recevant une contrepartie intéressante. Paiement sécurisé via Paypal.




Articles populaires

To Top

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer