Economie

La taxe à 75% condamne-t-elle le football français ?

Jeudi 24 octobre se tiendra au siège de l’UCPF une réunion de crise qui réunira l’ensemble des présidents des 40 clubs professionnels de Ligue 1 et de Ligue 2. La nouvelle taxe à 75% sera l’unique sujet à l’ordre du jour. Certains présidents menacent d’une grève le déroulement de la 11ème journée de Ligue 1. Explications…

Les différents présidents de clubs sont exaspérés par la politique fiscale mise en place par le gouvernement Ayrault. Selon eux, la nouvelle taxe à 75% qui doit être votée dans les semaines à venir est la cerise sur le gâteau et elle pourrait condamner certains clubs en proie à des difficultés économiques.

Malgré les cris et les SOS émis par l’ensemble des responsables du football français, le gouvernement n’en fait qu’à sa tête et ne souhaite pas concevoir une exception pour le milieu du ballon rond. A ce sujet, Valérie Fourneyron, ministre des Sports rétorque : « Mais à l’heure où tous les Français participent à l’effort de redressement, ils ne comprendraient pas que le pôle du football, considéré comme un secteur privilégié, ne participe pas à cet effort collectif ». Une phrase qui souligne le caractère démagogique de cette nouvelle taxe à 75%. Sa mise en application a pour unique but de faire plaisir au peuple…

Le développement du football français est pénalisé par sa fiscalité

Faut-il alors diminuer sévèrement la compétitivité d’un secteur de l’économie, quitte à le mettre en péril, pour faire plaisir au peuple ? La question mérite d’être posée. Pour le président des Girondins de Bordeaux, Jean-Louis Triaud, le caractère démagogique de cette mesure faire perdre tout sens de la réalité aux élus qui souhaitent cette taxe : « De son programme électoral, je ne sais pas quelle mesure le président Hollande a réussi à mettre en œuvre. Celle-là (ndlr : taxe à 75%) est éminemment démagogique. Elle n’est pas très compliquée à instaurer et elle ne mécontente qu’un minimum de personnes ».

Ainsi, les différents clubs français en ont marre d’être pris pour des vaches à lait. La taxation n’a cessé de s’alourdir ces dernières années : instauration de la taxe Buffet qui alloue 5% des droits TV du football au développement d’autres sports ; suppression du DIC sous le mandat Sarkozy qui a coûté plus de 60 millions d’euros aux clubs professionnels… Les dirigeants du football français comptent se battre jusqu’au bout pour éviter de payer cette nouvelle taxe à 75% qui coûterait aux alentours de 44 millions d’euros.

En juin 2012, prévoyant la mise en place de la taxe à 75%, l’UCPF avait commandé une étude auprès du cabinet Eversheds au sujet de la fiscalité au sein des cinq championnats majeurs européens. L’étude a démontré qu’un salaire brut annuel de 1 800 000 € coûtait à un club français 2 304 000 € soit 504 000 € de charges patronales. En Premier League, ce même salaire revient à 2 047 000 €. Il est également inférieur en Italie (1 832 000 €), en Espagne (1 813 000 €) ou encore en Allemagne (1 812 000 €). Même si certaines lois ont légèrement rendu obsolète cette étude, la fiscalité française nuit à ses clubs de football. Et l’instauration de la taxe à 75% creusera un écart encore plus significatif.

Certains actionnaires pourraient quitter le football

Avant d’évoquer les problèmes de compétitivité européenne, certains dirigeants parlent de survie pour leur club. La nouvelle taxe à 75% n’a jamais été budgétée dans les comptes et certains d’entre-eux n’auront pas la trésorerie pour la payer. Un club comme l’OM devra s’acquitter de 8 millions d’euros par saison. Le LOSC, en pleine restructuration de ses finances, doit verser 5 millions d’euros par saison. Michel Seydoux a évoqué la possibilité de se retirer du LOSC si cette nouvelle taxe venait à entrer en vigueur.

valerie fourneyron

La ministre des Sports, Valérie Fourneyron, est solidaire de son gouvernement et utilise des arguments démagogiques pour défendre la taxe à 75% envers le football professionnel.

« Les banques pourraient lâcher les clubs en difficulté économique si la nouvelle taxe était votée » poursuit la président du directoire de l’ASSE, Bernard Caiazzo. Le dirigeant de l’ASSE souligne que la Ligue 1 connait des déficits chroniques depuis 4 ans à hauteur de 50 millions d’euros par saison. La mauvaise santé économique des clubs français se sont traduits dernièrement par les rétrogradations administratives survenues à Sedan et au Mans.

Enfin, l’ensemble des dirigeants souligne que cette nouvelle taxe sera uniquement assumée par le football. Officiellement, l’ensemble du football professionnel ne représente « que » 10% des revenus engendrés par la nouvelle taxe. Officieusement, tout le monde sait que le chiffre réel sera bien supérieur. « Toutes les grandes entreprises ont organisé, à travers des filiales à l’étranger, un moyen d’éviter cette taxe » indique Jean-Louis Triaud. Les employeurs des artistes pourront également facilement contourner cette taxe en demandant à leurs poulains de déclarer leurs cachets sur plusieurs années comme le permet la loi.

« Toutes les grandes entreprises ont organisé, à travers des filiales à l’étranger, un moyen d’éviter cette taxe » Jean Louis Triaud

Aujourd’hui, 65% des revenus du football revient directement ou indirectement dans les caisses de l’Etat. Les dirigeants du football français ne souhaitent pas qu’on utilise leur prétendue « mauvaise image » auprès de l’opinion publique pour faire passer une loi contre-productive et dangereuse pour son secteur. La lutte sera acharnée. Frédéric Thiriez, a commencé sa mission séduction auprès de différents parlementaires. Les députés PRG Paul Giaccobi et Thierry Braillard sont les principaux relais de la cause footballistique auprès de l’Assemblée. Affaire à suivre…

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