Comment valoriser plusieurs millions d’euros un club qui accumule les pertes ? Cette singularité du sport professionnel met à l’épreuve l’actualisation des flux de trésorerie, méthode de référence en finance. Si ses limites sont réelles, elle conserve un intérêt pour certaines organisations, à condition de construire des hypothèses adaptées et d’en mesurer les conséquences. Décryptage.

La joie des joueurs de Liverpool FC lors du précieux succès face à l’Atletico de Madrid lors de la 1e journée de la phase de ligue de Champions League. Photo : SUSA – Icon Sport
Méthode privilégiée par les analystes pour procéder à un exercice de valorisation, elle est pourtant boudée dans le secteur du sport professionnel. Le principe des Discounted Cash Flows – ou Flux de Trésorerie Actualisés en français – colle pourtant aux fondements de la théorie financière : une entreprise vaut aujourd’hui ce qu’elle pourra générer demain comme trésorerie.
L’évaluateur construit alors un business plan, estime les sommes disponibles après impôts et investissements, puis les actualise. Un euro attendu dans cinq ans vaut moins qu’un euro immédiatement disponible, en raison du temps et du risque, d’où l’application d’un taux d’actualisation finement calculé. Une valeur terminale complète les projections pour représenter l’activité au-delà de l’horizon étudié.
Appliquée aux flux disponibles pour les prêteurs et les actionnaires, cette méthode donne une valeur d’entreprise. Mais encore faut-il pouvoir anticiper des flux suffisamment solides : qualification européenne, relégation, nouveau cycle de droits TV ou investissements dans l’effectif peuvent fortement bouleverser les prévisions d’un club professionnel.
Mais la difficulté de l’application de la méthode des DCF dans le sport professionnel européen est surtout structurelle. « Certains clubs sont cédés pour plusieurs millions d’euros alors qu’ils ont une valeur pure financière qui est quasiment nulle. Car ils génèrent plus souvent des déficits que des bénéfices » nous éclaire un professionnel de la valorisation ayant déjà travaillé sur plusieurs dossiers dans le rugby français.
« Les méthodes classiques ont tendance d’un côté à sous-valoriser les clubs et de l’autre à ne pas pouvoir capter réellement toute la valeur générée » complète un deuxième expert de la valorisation, habitué à travailler tout le spectre des industries du divertissement. L’acquéreur d’un club professionnel peut ainsi rechercher une influence, des connexions économiques ou des synergies avec ses autres activités. Des avantages qu’on ne retrouve pas dans les seuls flux du club…
Face à ce constat, les évaluateurs dans l’industrie sportive préfèrent utiliser la méthode des multiples de chiffre d’affaires pour réaliser un première estimation des clubs professionnels. « On n’utilise pas cette méthode parce qu’elle est particulièrement adaptée au secteur mais parce que le chiffre d’affaires est le seul agrégat vraiment exploitable » explique notre expert de la valorisation des entreprises de l’entertainment.
Les DCF, une méthode à ne pas écarter à condition de l’adapter