Stratégie

Le football australien en pleine crise de croissance ?

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FlashStudio / Shutterstock.com

Alors que le « soccer » australien avait enclenché une belle dynamique au milieu des années 2000, certains obstacles sont venus couper l’élan des Socceroos au cours des dernières années. Au point de susciter quelques questionnements sur la gouvernance du football australien. Décryptage…

Un pénalty injuste sifflé lors des ultimes secondes de temps additionnel. Voilà à quoi a tenu une qualification de l’Australie pour les quarts de finale d’une Coupe du Monde. D’autant que cette prétendue erreur d’interprétation de l’arbitre a eu lieu en 2006 face à l’Italie. Sélection qui deviendra quelques jours plus tard championne du monde. Une péripétie qui a sûrement compté au moment où les dirigeants du championnat d’A-League ont décidé d’adopter la VAR, devenant l’une des premières compétitions officielles à expérimenter l’assistance vidéo à l’arbitrage, dès avril 2017.

2005-15 : l’âge d’or du football australien ?

Cette défaite face à l’Italie lors du Mondial allemand est intervenue au démarrage de l’âge d’or du football australien. Un âge d’or qui a d’ailleurs débuté quelques mois plus tôt avec la qualification de l’Australie pour le Mondial allemand en barrages, éliminant à l’époque l’Uruguay de Recoba, Forlan et Zalayeta aux tirs au but !

Cette qualification pour la Coupe du Monde 2006 – une première depuis 1974 pour le pays – va enclencher un cycle de décisions favorables, permettant l’essor du soccer au pays. Ainsi, en 2005, la Fédération Australienne va donner son aval pour la création d’un championnat d’élite fermé, donnant ainsi naissance à l’A-League. Une compétition qui va rapidement attirer des investisseurs, permettant aux nouveaux clubs australiens d’attirer des stars. La légende turinoise Alessandro Del Piero va ainsi finir sa carrière au FC Sydney tandis que l’ancien attaquant international anglais, Emile Heskey, débarquera aux Newcastle Jets.

En 2006, la Fédération Australienne va également prendre la (bonne) décision de quitter la confédération océanienne pour rejoindre l’AFC. Une intégration dans la confédération asiatique qui va permettre aux clubs australiens d’accroître leur compétitivité grâce à leurs participations successives à la Ligue des Champions AFC et à la sélection australienne de se frotter à des équipes plus huppées.

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  • Un changement de confédération qui va se solder par des résultats probants. Dès 2008, Adelaïde United va accéder à la finale de la C1 AFC. Une compétition qui va être remportée en 2014 par l’équipe des Western Sydney Wanderers. Concernant la sélection australienne, cette dernière va se qualifier pour 4 Coupes du Monde d’affilée – série en cours – tout en remportant l’Asian Cup en 2015.

    Le football australien traverse une crise de croissance

    Malheureusement, le cycle de croissance dans lequel s’inscrivait le football australien semble avoir pris fin avec ce succès continental obtenu en 2015. Depuis, et malgré sa qualification pour le Mondial 2018, la sélection australienne a obtenu des résultats poussifs. Preuve en est : le sélectionneur des Socceroos, Ange Postecoglou, a démissionné de ses fonctions au mois de novembre dernier, à quelques mois de la compétition russe.

    Alors que l’Australie s’était présentée au Mondial 2006 avec de vraies stars dans son effectif telles que Mark Viduka ou encore Harry Kewell ; la sélection n’est pas arrivée à renouveler ses cadres au cours des dernières années. Et la seule véritable star de l’effectif australien lors de cette Coupe du Monde 2018 est… Tim Cahill, milieu terminant sa carrière à Millwall, et qui était déjà présent dans le groupe australien en 2006 !

    Du côté du championnat d’A-League, le soufflé semble être également retombé. Alors que les affluences du championnat ont connu une croissance continue jusqu’en 2014, le championnat ne cesse d’afficher des statistiques en baisse depuis. Lors du dernier exercice écoulé, la compétition a réuni 1,53 million de fans, soit son pire score depuis… 2011 ! Alors que le soccer grignotait tout doucement son retard sur le rugby, le ballon ovale conserve encore une bonne marge sur son rival.

    Le football australien va devoir évoluer

    En étant l’une des premières compétitions à intégrer la VAR, les décideurs du championnat d’A-League pensaient renvoyer une image de modernité à la planète football. Une décision qui s’est finalement soldée par un total fiasco. La dernière finale du championnat australien, opposant les Newcastle Jets au Melbourne Victory, s’est soldée par une erreur d’arbitrage liée… à un plantage de la VAR ! Une anecdote qui témoigne d’un problème dans la prise de décision au sommet du football australien.

    Car la VAR n’est pas le seul problème du football australien. La réduction du nombre de matchs d’A-League diffusés en clair à la télévision a eu un effet néfaste sur l’engouement du pays pour la discipline. La vente des droits à Fox – alors que seulement 30% des foyers australiens sont abonnés à ce bouquet – pose un réel problème de visibilité pour la compétition.

    Contrairement à la Major League Soccer, la direction du championnat d’A-League n’a pas réellement cherché au cours des dernières années à étendre la compétition. Résultat : certains territoires australiens sont totalement omis de la stratégie d’expansion du ballon rond.

    Enfin, le problème le plus grave pour le football australien se situe certainement au niveau de la formation. Certains jeunes joueurs souhaitant s’inscrire au football doivent s’acquitter d’une cotisation de l’ordre de 2 000 $ par an ! Un montant qui fait fuir les parents, préférant inscrire leurs progénitures au football australien ou au rugby. D’autant que la manne captée par le soccer australien via les licences ne sert pas toujours à développer la formation ! Les clubs d’A-League ne faisant pas beaucoup d’efforts dans ce domaine…

    Si le pays a très certainement un potentiel lui permettant de devenir un outsider lors des décennies à venir, le football australien va devoir profondément revoir certains fondamentaux dans le développement de la discipline. Et, curieusement, une contre-performance lors du Mondial 2018 pourrait aider les décideurs du football australien à prendre conscience des difficultés actuellement rencontrées.

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