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Foot et fonds d’investissement : ce qui va changer !

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La FIFA veut remettre de l’ordre. Sur fond de réforme du marché des transferts, les investisseurs doivent aujourd’hui s’interroger sur la viabilité de leur modèle. Quel avenir pour les fonds de private equity dans les clubs de football ? Tribune de Mathieu Guyot, Analyste Financier chez Sport Value.

En septembre dernier, la FIFA a annoncé deux changements importants relatifs au marché des transferts :

  • Un plafond sur les commissions des agents dans le cadre d’une nouvelle réforme du marché des transferts.
  • Un nombre maximum de joueurs en prêt dans des clubs tiers.

Ces deux mesures s’inscrivent dans la phase 2 d’une réforme plus large du marché des transferts entamée par la FIFA. Elles font suite à l’annonce de la création d’une clearing house, qui aura vocation à terme de contrôler l’ensemble des flux liés aux mouvements de joueurs.

Cette annonce fait écho à un autre rapport publié par la FIFA sur le mercato de l’été 2019. 4,38 milliards de dollars ont été dépensés par les clubs du Big 5 (Premier League Anglaise, Ligue 1 Française, Liga Espagnole, Bundesliga Allemande et Série A Italienne), soit un nouveau record de dépenses (cf. graphique ci-après).

C’est dans ce contexte que plusieurs géants de la finance, gérant des dizaines de milliards d’euros, ont investi dans des clubs de football. Par exemple, King Street Capital et Fortress investment group aux Girondins de Bordeaux, JP Morgan et Elliot Management au Lille Olympique Sporting Club et encore Elliott à l’AC Milan.

Fidèles à leurs principes d’investissement, ces fonds attendent une création de valeur élevée sur un horizon assez court de 5 à 7 ans. Et dans le football, quoi de plus attrayant que le marché des transferts dont les retours sur investissement peuvent être à 3 chiffres dans un horizon de temps limité ?

C’est bien évidemment ce qui a été mis en avant par les porteurs de projet de reprise de ces clubs pour attirer ces nouveaux investisseurs au profil purement financier. Un modèle classique de LBO : par exemple à Lille avec Gérard Lopez et Marc Ingla soutenus par Elliot management et JP Morgan ; ou à Bordeaux avec General American Capital Partners soutenu par King Street et un autre fond de gestion d’actifs suisse, ainsi que Fortress.

Pourtant, le football est une industrie très spécifique avec des risques complexes à appréhender. Elle implique aussi de nombreuses parties prenantes (club, joueurs – salariés, pouvoirs publics, supporters, médias, instances de gouvernance comme la FIFA, la LFP…) ce qui la rend très différente de la vie des affaires traditionnelles.

Nous tentons ici d’éclairer certains points qui nous semblent pertinents par rapport à l’entrée de ces fonds d’investissement dans l’industrie du football.

Un investissement risqué dans un modèle économique conditionné par l’aléa sportif

Les plus ou moins bons résultats sportifs d’un club de football vont déterminer ses résultats économiques dans tous les segments :

1 – Variabilité des recettes en fonction des résultats sportifs (droits TV, qualification européenne et prize money de l’UEFA, sponsors, billetterie) vs une structure de coûts essentiellement fixe.

2 – Recettes liées aux transferts de joueurs qui sont impactées par les résultats sportifs (exposition et donc valorisation des joueurs accrue en cas de bons résultats et en particulier de qualification en Ligue des Champions) et dont dépendent une grande majorité de clubs afin d’équilibrer leurs comptes et compenser un résultat d’exploitation négatif.

À l’image de clubs comme Bordeaux ou Lille, cet équilibre économique devient précaire quand les plus-values générées sur les achats et ventes de joueurs doivent :

1 – Combler un déficit d’exploitation pouvant être supérieur à 40% des recettes (masses salariales élevées pour attirer des joueurs à fort potentiel de revente).

2 – Générer ensuite des profits suffisants pour payer les management fees, servir la dette (principale & intérêts) et servir le ROI des fonds de private equity. Les flux de trésorerie générés par le club doivent pouvoir servir le retour sur investissement des actionnaires.

Ceci dans un environnement où l’offre augmente (de plus en plus de clubs dits de développement ou transition basant leur modèle sur le trading de joueurs) et la demande baisse (nombre restreint de clubs au pouvoir économique important dont les effectifs sont saturés en quantité et qualité).

Un investissement risqué dans un environnement juridique incertain (marché des transferts en particulier)

Dépendre de plus-values de transferts implique un risque économique important mais aussi un risque juridique :

1 – Le contrat de transfert et donc le versement d’une indemnité de transfert (qui s’est développé après l’arrêt Bosman de 1995) soulèvent plusieurs interrogations relatives à sa nature juridique, notamment en tant qu’instrument contractuel dont découle une spéculation sur la valeur marchande de la force de travail de salariés.

2 – À ce titre, il existe un équilibre fragile entre les réglementations de la FIFA et le droit de l’Union Européenne, qui reconnaît une spécificité sportive à la pratique des transferts nécessaire à un objectif légitime de stabilité contractuelle et d’intégrité des compétitions. Bien que cela soit contraire à certains droits de l’UE, dont la libre circulation des travailleurs.

3 – Au fond, les effets bénéfiques de la logique sportive associée aux transferts doivent pouvoir justifier l’existence d’un tel marché. Or la logique marchande dans les transferts est de plus en plus présente allant souvent à l’encontre de la stabilité contractuelle et l’intégrité des compétitions. Cela pousse la FIFA à réformer ce marché (implicitement sous la menace de la Commission Européenne) afin de rétablir une logique sportive et la stabilité contractuelle (nombre de prêts limités, plafonnement des commissions d’agents…).

Ces modèles économiques basés extensivement sur le trading de joueurs vont à l’encontre de cette logique sportive. Outre des problèmes évidents de gestion (équilibre et stabilité des effectifs), ils vont se heurter aux réformes en cours de la FIFA cherchant à réduire la logique marchande.

Il appartient donc aux instances de contrôle telles que la DNCG en France d’évaluer les risques complexes associés à ces modèles et leur pérennité financière.

Cela nécessite de nouvelles règles adaptées à ces nouveaux actionnaires, afin de prendre en compte les flux financiers sur le club ainsi que sur les holdings d’investissement, à un horizon qui va bien au-delà d’une simple saison sportive. D’autant plus que cela fait peser un risque sur les financements publics liés aux équipements sportifs (le stade par exemple) utilisés par ces clubs.

Cette tribune a été rédigée par Mathieu Guyot, Analyste Financier chez Sport Value.

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