Chronique

Comment prendre en compte la « création sociale d’opportunités » dans la valorisation des joueurs de football ?

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Fabrizio Andrea Bertani / Shutterstock.com

Alors que de nombreux acteurs ont perfectionné au cours des dernières années leurs méthodes de valorisation des joueurs de football professionnel, certains paramètres demeurent difficilement maîtrisables dans l’évaluation, à l’image de la création sociale d’opportunités. Dans cette nouvelle chronique, Romain Poirot, Ex-scout pour Manchester City FC et initiateur des formations PFSE, revient sur ce concept difficile à appréhender d’un point de vue économique.

Dans le contexte global dans lequel évolue le football mondial, les joueurs ont des valeurs différentes en fonction d’une multitude de paramètres. Des paramètres qui ne dépendent pas seulement de données intrinsèques telles que l’âge, le poste, les statistiques de performances, le palmarès ou encore la position du joueur sur le terrain.

Un élément majeur – mais difficile à appréhender d’un point de vue économique – est la création sociale d’opportunités. Le joueur de football évolue dans un cadre global mondialisé et évolutif dont les acteurs sont en permanente interaction. Ces interactions favorisent – ou non – le mouvement et donc la réussite d’un joueur.

Messi aurait-il été détecté s’il n’avait pas évolué au sein de l’académie Crecer de Rosario, très suivie par les recruteurs ? Son talent aurait-il été aperçu s’il avait évolué au sein d’un club quelconque de la ville ? Il n’aurait peut-être pas eu la même carrière s’il n’avait pas été bien orienté dès le départ.

La segmentation économique actuelle du football mondial rencontre des difficultés à intégrer la création sociale d’opportunités. D’où des difficultés importantes rencontrées lors de la valorisation de joueurs évoluant en-dehors des grands championnats européens.

Par exemple, selon le dernier classement de valorisation des sélections nationales établi par le CIES – classement réalisé en amont de la Coupe du Monde – la France présentait l’effectif le plus cher de la compétition. La logique semble alors être respectée. Néanmoins, la Croatie, finaliste de la compétition, n’apparaissait qu’au 10ème rang de ce même classement ! Un faible ranking par rapport aux performances sportives qui laisse entrevoir un biais d’appréciation, lié à la création sociale d’opportunités.

Un biais qui peut s’expliquer par certaines caractéristiques inhérentes au football croate. En effet, les joueurs croates partent généralement tard de leur pays d’origine car les familles ne souhaitent pas le départ anticipé de leurs progénitures. Des joueurs qui se dirigent majoritairement vers la Serie A, championnat membre du Big 5, qui possède le double avantage de la proximité géographique et sportive.

Bon nombre de « Valtreni » croates évoluent ou ont évolué au cours de leur carrière dans des clubs italiens ce qui a certainement favorisé un calibrage de leur valorisation économique. Les performances obtenues lors de la dernière Coupe du Monde ont néanmoins entraîné un réajustement de leur valeur de marché.

Outre la Croatie, l’exemple de la Suisse est également parlant. Lors du dernier Mondial, la Nati disposait seulement du 16ème effectif selon le classement du CIES. Or, ce pays est selon moi la nouvelle Belgique avec un gros réservoir de jeunes joueurs dont certains ont déjà bien performé en 2018 (Akanji, Embolo…).

Enfin, en raison de la création sociale d’opportunités, un joueur de Premier League sera généralement vendu plus cher qu’un joueur de Ligue 1. Prenons l’exemple de Richarlison : Watford l’a vendu cet été à Everton FC contre une somme de l’ordre de 50 M€, bonus compris. Ce montant peut paraître très élevé mais il correspond pourtant aux standards du marché anglais. Son parcours – America, Fluminense, Warford et donc désormais Everton – et son ascension progressive ont donc convaincu Everton FC ne débourser une telle somme pour recruter ce joueur.

Ainsi, les statistiques des joueurs ne sont pas les seules sources de valorisation économique. D’autres données et facteurs sont à prendre en compte pour juger de la valeur d’un joueur de football.

Par Romain Poirot avec la collaboration de Pierre Nicouleaud

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