Origine de la méthode Markham
Les nombreuses spécificités liées au fonctionnement du sport professionnel rendent difficiles d’appliquer en l’état les techniques traditionnelles de l’ingénierie financière pour procéder à l’estimation d’un club. La méthode des DCF (ou flux de trésorerie actualisés), largement plébiscitée par les acteurs de la finance, est très peu utilisée dans l’univers du sport professionnel car elle a tendance à largement sous-valoriser les clubs par rapport aux données du marché – quand cette dernière est employable autrement dit quand la cible génère régulièrement des résultats positifs.
La plupart des acteurs chargés d’estimer la valeur d’un club professionnel utilisent alors la méthode des multiples appliquée au chiffre d’affaires. L’économiste anglais Dr Tom Markham, également ancien CEO de Wigan Athletic, a décidé d’aller plus loin en développant au milieu des années 2010 une nouvelle méthodologie spécifiquement adaptée au fonctionnement du football professionnel européen.
Principe de la méthode Markham
Contrairement à une approche reposant sur un seul indicateur comme le multiple de chiffre d’affaires, la méthode Markham combine plusieurs dimensions qui reflètent la capacité d’un club à créer de la valeur.
Elle s’appuie plus précisément sur cinq variables :
Le chiffre d’affaires (Revenue) – il traduit la capacité du club à générer des revenus (droits TV, sponsoring, billetterie, merchandising…). Il constitue la base de la valorisation.
Les actifs nets (Net Assets) – il s’agit des actifs (stade, centre d’entraînement, valeur nette comptable des contrats de joueurs…) diminués des dettes. Ils reflètent la solidité patrimoniale du club.
Le résultat net (Net Profit) – il mesure la capacité du club à maîtriser ses coûts et à générer des bénéfices.
Le taux de remplissage du stade (Stadium Utilisation) – cet indicateur mesure l’efficacité avec laquelle le club exploite son principal outil de production
Le ratio masse salariale / chiffre d’affaires (Wage Ratio) – il évalue la maîtrise du principal poste de dépenses d’un club. Plus ce ratio est faible, meilleure est la valorisation
Formule
Voici la formule de valorisation proposée par Tom Markham :

Exemple fictif
Prenons un club de football évoluant en Ligue 1 dont son chiffre d’affaires annuel est de 40 m€ avec un résultat net positif à hauteur de 1 m€. Il dispose d’actifs nets à hauteur de 10 m€. Il affiche un taux de remplissage de son stade de 80% et un ratio masse salariale sur chiffre d’affaires de 55%.

D’après la méthode multivariée Markham, sa valorisation est alors de 75 m€. Un montant qui correspond à 1,875 fois son chiffre d’affaires.
Limites de la méthode
Cette méthode est construite de manière empirique à partir du raisonnement de l’auteur mais ne repose pas sur une démonstration économétrique. Dans ses travaux, Tom Markham explique en détail l’utilisation de chaque indicateur mais il ne démontre pas statistiquement que cette combinaison est optimale. Ce modèle est donc raisonnable mais il n’est pas scientifiquement calibré.
Par ailleurs, mélanger des éléments provenant du compte de résultat et du bilan dans une même formule a tendance à rebuter les experts-comptables et autres professionnels de la finance. Pour certains d’entre eux, notamment ceux peu habitués aux spécificités du sport professionnel, cette approche hétérodoxe est rédhibitoire et préfèrent écarter cette méthode avant même de l’essayer.
Enfin, cette méthode a été bâtie essentiellement sur des études de cas menées en Premier League. Or, les clubs de l’élite anglaise présentent de nombreuses particularités dont notamment le fait d’être propriétaires de leurs outils de production pour la plupart d’entre eux ou encore de présenter une balance des transferts régulièrement négative. Ainsi, les clubs faisant reposer fortement leur équilibre budgétaire sur le player trading ont tendance à être largement sous-valorisés via la méthode Markham.