Sur un marché des marques de sport où il est compliqué d’émerger, l’équipementier écoresponsable niçois NOLT est parvenu depuis 2024 à lever plus de 2 m€ pour financer son développement. Lors d’un entretien accordé à Ecofoot.fr, Paul Guinard et Olivier Guigonis, cofondateurs de NOLT, reviennent sur leurs choix d’investisseurs et les arbitrages entre croissance commerciale et innovation éco-industrielle, tout en dessinant les contours d’une prochaine étape de financement destinée à accompagner leurs ambitions internationales. Interview.
Photo NOLT
Depuis son lancement, NOLT est déjà parvenu à boucler deux levées de fonds. Quels sont les principaux arguments mis en avant pour convaincre les investisseurs de rejoindre l’aventure ?
Je pense que le premier argument, c’est que nous ne sommes pas uniquement une “marque de sport supplémentaire”. Nous essayons de construire un nouvel équipementier, avec une approche très différente des acteurs historiques.
Nous avons aujourd’hui trois moteurs assez forts : une vraie traction commerciale, avec plus de 1 500 clubs déjà équipés en France ; une forte dimension technologique dans notre modèle de distribution, autour de notre plateforme NOLT ONE, dans un marché très peu digitalisé ; et enfin une vision très ambitieuse de l’économie circulaire avec le projet de Maillot Infini.
Ce qui convainc également les investisseurs, je pense, c’est notre ambition : nous ne voulons pas simplement devenir une belle PME française du sport, mais construire à terme un équipementier capable de compter à l’échelle européenne puis internationale.
Les investisseurs au sein de votre table de capitalisation partagent-ils des thèses d’investissement communes ? Si oui, lesquelles ?
Ils ont des profils assez différents, et c’est justement ce qui rend notre table intéressante. Certains sont très sensibles à l’impact et à la transformation environnementale de l’industrie textile – les fonds Impact Seed Ventures & le FCPR Impact Performance pour en citer deux – d’autres davantage à la marque, au sport, à l’entrepreneuriat ou au potentiel de croissance.
En revanche, ils partagent tous une conviction assez forte : il est encore possible de faire émerger de nouvelles marques dans une industrie du sport extrêmement concentrée, à condition d’apporter à notre communauté quelque chose de réellement différent.
Et ils ont aussi accepté une vision de long terme. Nous construisons une marque, une technologie et demain potentiellement une nouvelle manière de produire et recycler les vêtements de sport. Cela ne se construit évidemment pas en deux ou trois ans.
Comment arbitrez-vous l’allocation des fonds entre développement commercial et innovation autour notamment de votre projet de Maillot Infini ? Vos investisseurs acceptent-ils des horizons de rentabilité différents pour ces différents volets ?
Nous essayons justement de ne pas opposer les deux et c’est parfois un peu schizophrénique ! Notre activité commerciale doit financer la croissance de NOLT et démontrer que notre modèle économique fonctionne. En parallèle, le Maillot Infini est un projet beaucoup plus long, avec des étapes de R&D, d’industrialisation et de changement d’échelle qui nécessitent davantage de temps.
Le proof of concept technologique du Maillot Infini a été validé avec Recyc’Elit et le soutien de Refashion. L’enjeu est maintenant de passer progressivement d’une innovation technologique à une réalité industrielle.
Pour cela, on a réussi à embarquer comme premier partenaire majeur la Matmut, qui nous a déjà passé une commande de plusieurs milliers de maillots infinis, pour les trois prochaines années ! Nous allons aussi pouvoir recycler leurs anciens maillots usés, une chance pour NOLT !
Avez-vous déjà refusé un investisseur souhaitant entrer à votre capital parce qu’il n’était pas aligné avec votre vision / ambition ?
Nous avons toujours considéré qu’une levée de fonds était autant une sélection des investisseurs par l’entreprise que l’inverse. Nous avons donc déjà préféré ne pas avancer avec certains profils lorsqu’on sentait que l’horizon de temps, les attentes ou la vision du développement de NOLT n’étaient pas suffisamment alignés avec les nôtres.
Faire entrer quelqu’un au capital, c’est potentiellement travailler ensemble pendant dix ans. Un investisseur qui propose une bonne valorisation mais qui ne partage pas le projet peut finalement coûter beaucoup plus cher qu’un investisseur qui vous accompagne réellement dans la durée, croyez-moi !Nous sommes donc assez exigeants sur ce point – tout comme eux.
La dernière signature de Kylian Mbappé chez On donne-t-elle des idées à NOLT ? Quel rôle va jouer Morgan Sanson dans le développement de NOLT ?
Évidemment, ce que fait On est extrêmement intéressant pour nous. Leur arrivée dans le football avec Kylian Mbappé, mais également avec Thierry Henry comme Directeur du Football, montre qu’une marque relativement jeune peut venir challenger les acteurs historiques en construisant sa propre culture du football.
Morgan Sanson est le nouvel Head of Football de NOLT – Photo : NOLT
À notre échelle, c’est exactement la philosophie que nous voulons avoir avec Morgan Sanson. Nous ne souhaitons pas qu’il soit simplement un ambassadeur qui porte un maillot ou apparaît dans une campagne. Morgan doit nous apporter quelque chose que nous ne pouvons pas inventer dans un bureau : la réalité du vestiaire, les attentes des joueurs, les besoins sur le terrain et la compréhension du football professionnel.
Son rôle de Head of Football est déjà en train de créer une passerelle entre NOLT et le terrain. Il intervient sur le produit, sur notre réflexion autour des clubs professionnels, mais également plus largement sur la manière dont NOLT construit sa crédibilité dans le football. C’est une logique que nous voulons développer : associer davantage les sportifs à la construction de l’entreprise et de ses produits.
Prévoyez-vous une prochaine levée de fonds pour accélérer votre développement ? Quels seront les besoins en financement ?
Sans trop en dire sur le sujet, compte tenu de notre ambition, il est assez logique d’imaginer qu’une nouvelle étape de financement sera nécessaire. Elle va probablement avoir une nature différente des précédentes. Il ne s’agit plus seulement de financer la structuration de NOLT, mais réellement d’accélérer : développement international, renforcement de la marque, investissements technologiques et surtout changement d’échelle industriel autour de nos innovations circulaires.
Notre ambition est importante. Si nous voulons faire émerger à terme un véritable équipementier européen à impact, il faudra aller vite lorsque les bons indicateurs seront réunis. L’objectif n’est donc pas de lever pour lever. Nous voulons d’abord créer suffisamment de valeur avec les moyens dont nous disposons aujourd’hui pour que la prochaine levée nous permette véritablement de changer de dimension.

