En prenant le contrôle de l’Atlético de Madrid au mois de mars dernier, Apollo a signé l’une des opérations les plus spectaculaires jamais réalisées par un gestionnaire de crédit dans le football européen. Mais ce rachat ne traduit pas nécessairement une conversion au private equity sportif : il révèle plutôt une stratégie mêlant capital investi avec un horizon de long terme, infrastructures et financements sur mesure. Décryptage.

Photo Pressinphoto – Icon Sport
La grande nouvelle a été officialisée au mois de mars dernier. Apollo Sports Capital, bras sportif du géant américain de l’alternative asset management Apollo Global Management, est ainsi entré au capital de l’Atletico de Madrid en tant… qu’actionnaire majoritaire. Les modalités financières n’ont pas été officiellement divulguées mais, selon Reuters, Apollo aurait acquis environ 55% du capital sur la base d’une valorisation proche de 2,5 Md€. Quantum Pacific conserve autour de 25 % du capital tandis que Miguel Ángel Gil, Enrique Cerezo et le fonds Ares Management restent au tour de table. Une augmentation de capital pouvant atteindre 100 millions d’euros a parallèlement été approuvée.
Cette opération peut à première vue surprendre. Certes, Apollo n’est pas seulement un fonds de dette. Il s’agit d’un géant mondial de la gestion d’actifs alternatifs devenu progressivement une référence du crédit privé et des solutions de capital complexes. Dans le sport, avant cette transaction avec l’Atletico de Madrid, son mode opératoire consistait davantage à fournir des solutions de financement qu’à envisager des prises de contrôle. En 2025, Apollo avait ainsi accordé un prêt de 80 m£ (93 m€) à Nottingham Forest. Apollo Sports Capital a d’ailleurs été lancé en septembre 2025 pour investir principalement dans le crédit et les instruments hybrides, sans toutefois fermer la porte à des prises de participation majeures.
« Les clubs de football sont des actifs rares avec des barrières naturelles à l’entrée. Les revenus sont diversifiés et relativement prévisibles pour les meilleurs d’entre eux. Cela répond aux thèses d’investissement d’un acteur comme Apollo » nous fait alors remarquer Maxime Budin, Executive Director chez Tifosy. Par ailleurs, l’écart croissant entre les besoins en financement manifestés par les organisations sportives et la prudence toujours affichée par les financeurs traditionnels favorise alors l’irruption d’acteurs capable de combiner avec intelligence dette, equity et instruments hybrides.
Mais pourquoi Apollo a-t-il jeté son dévolu sur l’Atletico de Madrid plutôt qu’un protagoniste de Premier League ? Car le club madrilène offre un rapport risque-potentiel singulier au sein du football européen. Installé derrière le Real Madrid et le FC Barcelone, l’Atletico évolue dans un no-man’s land avec une présence quasi-assurée en Ligue des champions à chaque saison. Le club a enregistré un chiffre d’affaires record de 455 m€ en 2024-25. Certes, ses revenus sont encore très inférieurs à ceux des deux géants de Liga mais le potentiel de développement est là.
« Or, en Premier League, les valorisations pour les clubs les plus prestigieux ont fortement grimpé. On peut griller une partie de son enveloppe pour payer le premium et le risque de l’aléa sportif est plus fort. La qualification européenne est loin d’être automatique dans ce championnat » souligne Maxime Budin.
Mais le véritable catalyseur ayant poussé Apollo à boucler l’opération est la Ciudad del Deporte, vaste projet de développement sportif, commercial et de loisirs autour du Riyadh Air Metropolitano. Le projet, dont le coût total est évalué à 800 m€, doit créer une destination fréquentée toute l’année : centre de haute performance, équipements sportifs, restauration, commerces, loisirs et événements. « C’est très intéressant pour un investisseur qui s’y connaît en infrastructure ou en immobilier comme Apollo » observe Maxime Budin. En concrétisant un tel projet, l’Atletico de Madrid va alors devenir une plateforme adossée à des actifs physiques et à des flux hors jours de match, plus faciles à modéliser que les seuls résultats sportifs.
La continuité managériale complète cette protection. « Apollo n’a pas fait table rase du passé » relève Maxime Budin. Le fonds contrôle désormais le capital mais conserve les dirigeants et les investisseurs historiques. Cette architecture lui permet d’apporter ses compétences financières sans devoir apprendre seul, et dans l’urgence, les codes de la gestion sportive européenne.
Apollo, un actionnaire installé dans la durée ?