Economie

Pourquoi les fans de football doivent-ils suivre avec attention les débats de la COP21 ?

Avec l’ouverture de la COP21, conférence internationale visant à réfléchir sur les moyens de lutte contre le dérèglement climatique, les questions sur la pollution et la qualité de l’air sont de plus en soulevées.

Elles sont essentielles pour l’ensemble des acteurs, des plus démunis aux plus favorisés. C’est notamment le cas parmi les sportifs professionnels, autant touchés par la pollution que le commun des mortels.

Effet placebo ou impact réel ?

Dans leur livre Sciences Sociales Football Club, les économistes Bastien Drut et Richard Duhautois citent une étude Américaine datant de 1967 sur le lien entre performance physique et niveau de pollution.

Les chercheurs Walborg Wayne, Paul Wehrle et Robert Carroll, de l’Université UCLA ont cherché à vérifier si les effets n’étaient pas psychosomatiques : peut-être que l’agent, sachant que l’air est pollué, va réduire ses performances et justifier sa baisse de régime par l’impact de l’environnement.

En étudiant les temps de passage sur des sprints et des courses de fond avec différents athlètes, en précisant, à chaque fois, le niveau réel de pollution à un groupe et en mentant à un autre, ils ont constaté l’effet significatif de la qualité de l’air sur les performances.

A chaque journée où le niveau de la pollution était supérieur aux seuils fixés par les autorités, les deux groupes présentaient une baisse de performance. Même sans avoir conscience de la pollution, on peut en être touché directement.

En allant plus loin, les chercheurs allemands Andreas Lichter, Nico Pestel et Eric Sommer se sont intéressés au cas des footballeurs, et notamment ceux de la Bundesliga, le championnat allemand de première division.

En analysant 2 956 matchs entre la saison 1990-2000 et la saison 2010-2011, ils ont constaté que, toute chose égale par ailleurs, à situation météorologique égale, à température égale, à condition de jeu égale et quel que soit l’intérêt de la rencontre, plus le pic de pollution augmente, plus les performances des joueurs diminuent.

Autrement dit, lorsque le taux de particules fines dépasse les 50 microgrammes par m3 le jour d’un match, les statistiques individuelles des joueurs chutent. A chaque hausse de 1% des particules fines, le nombre de passes baisse de 0,2%.

Mais l’évolution n’est pas linéaire : entre 20 et 50 microgrammes de particules fines par m3, chaque hausse supplémentaire de 1% provoque une diminution de la performance moyenne de 0,16%. En-dessous de 20 microgrammes de particules fines par m3 dans l’air, la moindre hausse de 1% n’admet qu’une diminution de 0,02% des performances, soit une quasi-inélasticité.

La moyenne d’émission de particules fines dans Paris est de 24 microgrammes par m3, un seuil supérieur au seuil critique fixé par l’OMS (20 microgrammes) et qui a déjà, d’après les spécialistes, un impact sur les performances footballistiques. Selon eux, « l’Union Européenne devrait revoir son niveau de tolérance puisque même à partir de 20 microgrammes, les effets sur le physique se font ressentir ».

Enfin pas sur tout le monde. Sur l’ensemble des matchs analysés, les chercheurs allemands ont distingué les âges des joueurs et ont constaté que les jeunes, ceux âgés de moins de 21 ans, ne subissaient aucun impact de la pollution sur leurs performances individuelles.

A l’inverse, au-delà de 21 ans, au fur et à mesure qu’un joueur vieillit et que le pic de pollution augmente, ses résultats sportifs se détériorent et sa réussite décline. L’effet est d’ailleurs très important pour les plus de 30 ans.

Il y a donc bien un impact réel de la pollution sur les performances sportives. Laisser se dégrader la qualité de l’air, en plus de compliquer très fortement nos conditions de vie de tous les jours et provoquer des dérèglements climatiques et économiques majeurs, risque aussi d’impulser une baisse considérable de la qualité sportive.

Voulons-nous vraiment voir des matchs lents et peu spectaculaires dans le futur ? Espérons que la COP21 trouve le moyen de ne pas abimer notre football.

Si vous souhaitez prolonger la discussion, n’hésitez pas à suivre le compte Twitter de Pierre Rondeau : 

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Source photo à la Une : © COP21 (Facebook)

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