Droits TV

Les droits TV en Liga Nos : un problème devenu l’affaire de tous !

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Vlad1988 / Shutterstock.com

Actuellement miné par des affaires extra-sportives liées à des soupçons de corruption d’arbitre, le championnat portugais a laissé d’autres débats très sensibles sur la touche. C’est notamment le cas de la question des droits TV, qui divise pourtant profondément les différents protagonistes du championnat lusitanien. Décryptage par Guillaume Monteiro.

« Benfica, Porto o Sporting ? » Chaque Portugais a un jour eu droit à cette question autour de la triple rivalité qu’entretiennent les trois mastodontes de Liga Nos. Supportariat souvent lié à une tradition familiale, les trois principales formations du championnat portugais occupent une place toujours plus importante dans la société portugaise. Une place de premier choix qui est entretenue par la couverture médiatique accordée aux grands clubs du pays, chacun disposant d’ailleurs de son journal affilié.

Cette rivalité, ayant alimenté un certain égoïsme auprès des dirigeants des grands clubs du pays, empêche aujourd’hui la conclusion de tout accord au niveau des droits télévisuels. Le Portugal est d’ailleurs aujourd’hui l’un des derniers pays européens où la centralisation des droits TV footballistiques n’a toujours pas eu lieu ! Ainsi, selon le système en vigueur, chaque club négocie individuellement avec les opérateurs. Et, à ce petit jeu, ce sont bien évidemment les trois cadors du championnat qui raflent la mise. Environ 90% des recettes TV générées par le championnat portugais sont captées par le FC Porto, Benfica et le Sporting.

Non satisfait des revenus payés par Controlinveste (environ 10M€) pour la diffusion de ses matchs, le Benfica a choisi en 2013 de lancer sa propre chaîne de TV. Un moyen de monétiser directement ses droits, en misant sur son importante base de supporters . Une initiative qui a permis au club lisboète de faire monter les enchères lors du dernier appel d’offres, signant ainsi dernièrement un lucratif accord de distribution avec l’opérateur NOS. Un contrat portant sur la période 2016-26 – avec une possibilité de renégocier les droits tous les trois ans – et qui rapportera à minima à Benfica 400 M€ sur l’ensemble de la période.

A noter que Benfica n’est pas le seul club à avoir trouvé un accord avec NOS. L’opérateur portugais, également propriétaire des droits de naming de la compétition, a acquis les droits télévisuels du Sporting sur la période 2018-28 contre un chèque de 515 M€. Un montant qui comprend également un contrat de sponsoring maillot.

Enfin, du côté du FC Porto, la direction a préféré s’associer à Portugal Telecom, groupe appartenant au géant européen Altice. La firme dirigée par Patrick Drahi a ainsi formulé une offre à hauteur de 457,5 M€ pour s’emparer des droits TV des Dragons pour 12 saisons.

Bien évidemment, les longs engagements signés par les cadors du championnat avec les différents opérateurs rendent difficiles toute velléité de réforme allant vers la centralisation des droits TV. Lors de l’officialisation du contrat signé par la direction de Benfica, l’ancien président de la ligue portugaise, Luis Duque, avait alors évoqué « un coup de massue » porté à la centralisation des droits.

Pour les « autres » clubs du championnat portugais, les sommes négociées par Porto, Benfica et le Sporting sont hors de portée. NOS a néanmoins réalisé un effort : l’opérateur a dernièrement acquis les droits TV de huit clubs dont Vitoria Setúbal, Belenenses, Marítimo, Académica, Nacional, Arouca, Paços de Ferreira et Braga pour la période 2019-26. Mais les montants négociés sont compris entre 3 et 6 M€ par saison.

La croissance des revenus télévisuels est d’autant plus importante pour les petits clubs que la situation sportive du football portugais a découragé au cours des dernières années les annonceurs d’investir dans les formations de second rang. Un écart de compétitivité qui a également des effets néfastes sur les affluences. En effet, l’absence d’incertitude quant à l’issue du championnat – seuls Belenenses et Boavista ont empêché l’un des trois gros de remporter le championnat lors des soixante-dix dernières années – a engendré un manque d’intérêt pour les petits clubs dans le pays. Sur la saison 2016-17, douze clubs sur les dix-huit engagés en D1 portugaise ont présenté un taux de remplissage inférieur à 50%. Ironie de l’histoire : la palme revient à… Boavista, dernier « petit » club champion du Portugal, avec un taux de remplissage de 22% !

« Tant qu’il n’y aura pas un meilleur équilibre dans les budgets des clubs, il n’y aura jamais un spectacle sportif attrayant » a alors dernièrement résumé Manuel Machado, entraîneur de Moreirense. Des propos qui font écho à ceux tenus par Antonio Fiúza, président de Gil Vicente, qui demande l’intervention de l’Etat portugais afin de rééquilibrer une situation inacceptable, qui profite « aux grands clubs qui reçoivent des millions tandis que les petits se partagent des miettes ». Dernièrement, le président des Galos a même menacé d’un boycott du championnat pour plaider la cause des petits clubs, majoritaires au sein des différentes assemblées de la Ligue.

Pourtant, ailleurs en Europe, la centralisation et l’adoption de modèles plus égalitaires ont permis d’accroître les recettes TV, notamment sur les marchés internationaux. La Premier League en est un parfait exemple : présentant la grille de répartition la plus égalitaire parmi les grands championnats européens, les 20 clubs de l’élite anglaise se partagent un pactole impressionnant, contribuant à la hausse de compétitivité du championnat. Une spirale positive que la Liga Nos est loin d’adopter pour le moment…

La viabilité du football portugais sur le long terme pourrait dépendre des actions de coopération mises en place. Le rassemblement de tous les acteurs du football professionnel portugais autour d’un projet commun est aujourd’hui indispensable pour redonner de l’attractivité à la compétition. Car, avec de gros clubs pas assez forts pour rivaliser sur la scène continentale et de petits clubs trop faibles pour lutter en championnat, c’est tout le football portugais qui pourrait pâtir de cette situation !

Par Guillaume Monteiro

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