financement participatif obligataire
Economie

Le fan-bond : solution idéale de financement pour les clubs professionnels ?

MB Media / Icon Sport

Plusieurs clubs professionnels anglais ont dernièrement mené des campagnes de financement participatif obligataire pour boucler des projets de construction ou de modernisation de leurs infrastructures. Malgré le succès de ces opérations, ce modèle de financement tarde à conquérir les principaux marchés du Vieux Continent. A tort ?

Comment impliquer les supporters à ses projets de développement tout en les rémunérant pour leur participation ? La direction des Queens Park Rangers – club londonien évoluant en Sky Bet Championship – a trouvé la solution en lançant à l’automne dernier une campagne de financement participatif obligataire via la plateforme Tifosy.

L’objectif ? Emettre un peu plus de 6 m£ d’obligations à destination des fans pour contribuer au financement d’un projet de nouveau centre d’entraînement dont les coûts globaux sont évalués à 20 m£. Un montant que le club londonien est parvenu à atteindre en… quelques jours. 1 500 investisseurs ont ainsi contribué à l’émission de 6,8 m£ d’obligations – montant maximal autorisé par les autorités financières dans le cadre d’une levée de fonds sans publication d’un prospectus aux autorités de régulation.

« En utilisant ce canal de financement, nous parvenons à économiser quelques points en termes de taux d’intérêt par rapport à une solution plus traditionnelle. De l’autre côté, les investisseurs – et en l’occurrence dans ce cas les fans – bénéficient d’un retour sur investissement plus intéressant par rapport à un placement d’épargne classique dans une banque » a déclaré dans la presse britannique Lee Hoos, Chief Executive Officer de QPR, décrivant ainsi une mécanique « win-win ».

Il est vrai que le schéma proposé par QPR a de quoi séduire. Un rendement annuel brut de 8% est promis aux souscripteurs des fan-bonds dont la maturité est fixée à 5 ans. Toutefois, la rémunération des coupons est divisée en deux parties : 5% est versé en cash tandis que 3% est distribué sous forme de « club-crédit », c’est-à-dire de bons d’achat pour obtenir des places au match ou acheter des produits de merchandising. Enfin, un bonus de 25% est promis aux souscripteurs si le club parvient à rejoindre la Premier League avant la fin de durée de vie des obligations. Et le club londonien est actuellement en course pour la montée…

« Les fan-bonds présentent deux caractéristiques dans l’air du temps : ces obligations répondent à une vraie volonté d’innover dans les modes de financement du sport professionnel et permettent aux clubs de mieux impliquer les fans dans les projets importants de développement » analyse Hubert Tuillier, Manager Sports Advisory chez KPMG.

« Le financement participatif obligataire présente plusieurs avantages par rapport aux opérations classiques de crowdlending. Tout d’abord, il est possible de financer des projets bien plus importants. L’exemption de prospectus aux autorités de régulation financière est fixée à 8 m€ dans la plupart des pays européens. Par ailleurs, les plateformes classiques de crowdlending doivent respecter un taux d’usure, fixé par les banques centrales, au-delà duquel elles ne peuvent pas aller. Sur le marché obligataire, il y a beaucoup moins de contraintes en matière de taux d’intérêt. Fixer un taux relativement élevé permet d’attirer plus d’investisseurs » explique Jean Carvajal, Président-Fondateur d’Investbook, principale plateforme de financement participatif obligataire en France.

D’ailleurs, les opérations mises en place par Tifosy n’attirent pas uniquement les fans des clubs concernés. « Tout type d’investisseur peut être intéressé par une opération de financement participatif obligataire. Cela peut aller du fan au family office en passant par le high-net-worth individual » nous précise Maxime Budin, Executive Director de Tifosy.

Autre atout du marché obligataire : la possibilité de rembourser in-fine le nominal. Fonctionnement adopté par Tifosy pour l’opération conduite pour QPR, cette souplesse permet aux clubs de bien avancer sur leur projet avant de rembourser les investisseurs, facilitant la gestion de leur trésorerie.

« L’opération a permis à Norwich City FC de fédérer des fans expatriés et non-identifiés jusqu’à présent dans sa base FRM-CRM »

Maxime Budin – Executive Director – Tifosy

QPR n’est d’ailleurs par le premier club professionnel anglais à utiliser cette solution pour financer un projet de développement de ses équipements. En 2018, le club de Norwich a également eu recours aux services de Tifosy pour financer son projet de modernisation de centre de formation à Colney. Un schéma similaire à celui de QPR a été mis en place : rendement annuel de 8% des coupons divisé en deux parties, maturité de l’obligation fixée à 5 ans, prime de 25% en cas de montée en Premier League et investissement minimal fixé à 500 £. Visant initialement un objectif de 3,5 m£, Norwich a finalement émis 5 m£ d’obligations. Et le club a même été contraint de plafonner l’opération face au succès rencontré auprès de ses fans pour être certain de tenir ses engagements en matière de remboursement.

Photo SUSA / Icon Sport
Les investisseurs ayant souscrit aux obligations émises par Norwich ont perçu leur bonus de 25% grâce au retour du club en Premier League. Photo : SUSA / Icon Sport

Le fan-bond ne présente pas qu’un intérêt financier pour les clubs qui se livrent à cette pratique. « Dans l’exemple de Norwich, les souscripteurs ayant participé à l’opération provenaient de plus de 70 pays ! L’opération a ainsi attiré de très nombreux supporters vivant désormais loin de Carrow Road. Contribuer à cette opération a alors constitué un bon moyen pour eux de témoigner leur soutien et de satisfaire leur passion à distance. Cela a également permis à Norwich City de fédérer des fans expatriés et non-identifiés jusqu’à présent dans sa base FRM-CRM » indique ainsi Maxime Budin.

Une solution de financement onéreuse et risquée ?

Si le financement participatif obligataire présente de nombreux atouts, il semble néanmoins onéreux – un rendement annuel compris entre 7 et 12% est généralement proposé aux souscripteurs – par rapport à un financement bancaire classique. Mais il présente d’autres avantages qui ne sont pas négligeables pour une PME.

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