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Economie

Quel futur modèle d’exploitation pour les stades français ?

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Modèle utilisé pour la construction ou la rénovation de la plupart des stades estampillés EURO 2016, le Partenariat Public Privé a rapidement affiché ses limites, ne permettant pas aux différents acteurs engagés dans de tels accords, dont les clubs résidents, de tirer des bénéfices de l’exploitation des nouveaux écrins. Et alors que des discussions sont en cours pour redéfinir le modèle d’exploitation de certains de ces stades, les solutions ne sont pas simples à trouver pour contenter toutes les parties prenantes. Enquête.

Les nuages étaient déjà menaçants au-dessus des stades « EURO 2016 » construits en PPP avant même l’irruption de la crise sanitaire. Les fortes restrictions subies ces derniers mois en raison de la pandémie de Covid-19 ont fait éclater la tempête. Société détenant le contrat de concession de l’Allianz Riviera, Nice Eco Stadium a été placé sous procédure de sauvegarde au mois de mai dernier. Et SBA, concessionnaire du Matmut Atlantique, menace de jeter l’éponge depuis plusieurs mois, faute de rentabilité.

Alors que ces nouveaux stades n’ont pas permis aux clubs résidents de franchir le palier économique initialement prévu ; les BTPistes ayant récupéré l’exploitation des enceintes en PPP en-dehors des rencontres de Ligue 1 ne sont pas parvenus non plus à trouver le bon modèle pour atteindre le seuil de rentabilité. SBA n’a jamais affiché un résultat net à l’équilibre depuis l’inauguration du Matmut Atlantique, enregistrant des pertes excédant la barre du million d’euros lors de chaque exercice. Du côté de Nice Eco Stadium, seul l’exercice 2016 s’est avéré profitable, avec un bénéfice de… 195 000 €. Pendant ce temps, les collectivités, propriétaires des enceintes concernées, supportent d’importantes charges annuelles liées au financement de ces équipements…

« Le Partenariat Public Privé en lui-même n’est pas un mauvais modèle. D’ailleurs, les protagonistes ayant œuvré à l’organisation de l’EURO 2016 vous le diront très bien : sans ce statut juridique, il n’y aurait pas eu d’EURO en France. En revanche, les difficultés proviennent de la répartition des rôles dans de tels projets. Quand on rassemble autour d’une table un constructeur, une collectivité, un club de football, un financeur, un architecte… cela constitue un ensemble plutôt hétérogène. Non seulement les profils sont différents mais les objectifs entre les différentes parties prenantes peuvent profondément diverger. Sur un projet aussi dense avec un modèle peu flexible et défini à long terme, il est difficile de préserver les objectifs de chacun tout en donnant du sens au projet global » analyse Julien Lepron, Consultant en infrastructures sportives et ex-Head of Customer Experience au Paris Saint-Germain.

« Le stade est magnifique mais le modèle actuel n’est ni bon pour SBA, ni bon pour les Girondins »

Un acteur du dossier bordelais

Un des principaux points de crispation au quotidien se situe au niveau des relations entre l’exploitant et le club résident. Embarqués dans un modèle peu générateur de valeur, les deux acteurs se retrouvent en concurrence pour attirer les mêmes publics B2B et B2C dans un même lieu. Cherchant à limiter leurs pertes au maximum, les deux protagonistes ne se font alors aucun cadeau sur le plan commercial. « Dans ses prises de décision, SBA cherche en permanence à réduire son déficit d’exploitation. On ne peut évidemment pas leur reprocher de défendre leurs intérêts. Mais cela ne simplifie pas les relations. SBA facture la moindre prestation hors match aux Girondins de Bordeaux telle qu’une conférence de presse par exemple. Le stade est magnifique mais le modèle actuel n’est ni bon pour SBA, ni bon pour les Girondins » nous confirme un acteur du dossier bordelais. Projetant prochainement d’organiser une rencontre de son équipe féminine au Matmut Atlantique en baisser de rideau, le FCGB a reçu un devis de 9 000 € pour la location du stade. Si le montant ne parait pas excessif, ce mode opératoire met en exergue la nature des relations entre le FCGB et SBA.

« Dans les modèles de PPP conçus pour les stades EURO 2016, vous ne mutualisez jamais les charges et vous divisez les revenus »

Julien Lepron – Consultant en infrastructures sportives

A défaut de créer une émulation, cette mise en concurrence entre l’exploitant et le club résident aurait ainsi plutôt tendance à détruire de la valeur à en croire les experts du secteur. « Quand vous mettez deux acteurs commerçants en concurrence, vous vous exposez forcément à des phénomènes de dumping et de réduction de la valeur de l’offre car ils vont chercher à séduire les mêmes clients. Deux forces commerciales s’affrontent en parallèle pour vendre leurs produits. Dans les modèles de PPP conçus pour les stades EURO 2016, vous ne mutualisez jamais les charges et vous divisez les revenus » confirme Julien Lepron.

Faut-il confier l’exploitation des grandes enceintes sportives aux clubs résidents ?

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