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« On ignore la surface financière de GACP qui investit très peu de fonds propres dans les Girondins de Bordeaux »

interview matthieu rouveyre vente girondins bordeaux
muewanchisa / Shutterstock.com

La Belle Endormie a rarement aussi mal porté son nom. Alors qu’elle n’est pas encore effective, la vente des Girondins de Bordeaux au fonds américain GACP a suscité de nombreux commentaires et débats, y compris au sein de la classe politique locale. Ayant manifesté à plusieurs reprises de la méfiance concernant ce projet de reprise du FCGB, Matthieu Rouveyre, Conseiller Municipal d’opposition (PS) à Bordeaux, nous dévoile en détail sa position concernant la vente des Girondins à GACP.

Alors que le « closing » de la vente des Girondins de Bordeaux devait intervenir fin octobre, la finalisation de la transaction a finalement été reportée d’une quinzaine de jours. Que vous inspire ce nouveau report ?

Ce nouveau report renforce le sentiment d’opacité que nous inspire cette cession. Les parties prenantes expliquent qu’il s’agit d’un simple report technique. On a pu lire que les fonds n’étaient pas encore disponibles pour finaliser la transaction. En tout état de cause, cela traduit un malaise supplémentaire.

On est allé de surprise en surprise dans ce dossier. Le projet initial a été critiqué par la DNCG, la Métropole de Bordeaux a décidé de se laisser 15 jours supplémentaires pour étudier les éléments et maintenant on apprend, la veille de la signature de la vente, que le rendez-vous a été annulé.

A plusieurs reprises, vous avez pointé du doigt les garanties présentées par GACP concernant le loyer annuel versé par les Girondins de Bordeaux à la municipalité (3,85 M€) pour exploiter le Matmut Atlantique. Que reprochez-vous exactement à GACP dans ce dossier ? Quelles garanties auraient été acceptables à vos yeux ?

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  • Il faut comprendre que c’est la puissance publique qui fait l’avance des loyers dus par le club à SBA, la société exploitante du grand stade. Si le FCGB devenait défaillant, M6 prendrait le relais comme l’atteste une lettre d’intention obtenue à l’époque par la Ville.

    Pour libérer M6 de cet engagement, la Métropole – qui s’est vu transférer le contrat du stade – devait obtenir une nouvelle garantie. Le repreneur a proposé une lettre d’intention de la Dynamie SA, société destinée à acquérir le club. Mais cette société n’est qu’un véhicule juridique, dotée à ce jour de 1 euro de capital social et demain de la valeur patrimoniale du FCGB. On comprend donc que si le club ne peut pas payer le loyer, la Dynamie ne le pourra pas non plus. C’est pourquoi il a été exigé une deuxième garantie, une lettre d’intention de GACP.

    Le problème est qu’on ignore la surface financière de cette société américaine qui investit très peu de fonds propres dans le projet, a recours beaucoup à l’emprunt et dont on nous dit aujourd’hui qu’elle n’avait pas les sommes nécessaires le jour programmé de la vente.

    La Métropole aurait été plus protégée si King Street, le véritable actionnaire, avait garanti le paiement des loyers. Il est très étonnant que les représentants de ce fonds d’investissement soient si discrets. Même la DNCG a exigé de les rencontrer. GACP est une sorte de société écran. Joe Dagrosa est l’interlocuteur des différents acteurs mais les décideurs sont ailleurs et se sont débrouillés pour ne pas s’exposer, ni médiatiquement, ni juridiquement. Ce n’est pas particulièrement rassurant.

    Vous avez également préconisé au cours des derniers mois l’ouverture de discussions avec le futur repreneur des Girondins concernant la vente du Matmut Atlantique. Pourquoi souhaitez-vous désengager la métropole de ce nouveau stade ?

    Le stade coûte beaucoup d’argent à la puissance publique. C’est également un désastre financier pour SBA qui a accumulé près de 10 millions d’euros de pertes. Ajoutons qu’il n’y a aucune activité de service public dans ce stade que le contribuable doit toutefois rembourser pendant encore deux décennies ! Les clubs amateurs n’ont pas le droit de l’utiliser, pas plus que les écoles de Bordeaux. Vendre ce stade permettrait à la Ville de se débarrasser d’une dette importante et de trouver de nouvelles marges de manœuvre pour investir dans des équipements sportifs de proximité par exemple.

    Si on venait à trouver un acheteur potentiel, cela aurait du sens de vendre ! Une vente pourrait également avoir du sens pour le propriétaire des Girondins de Bordeaux. Néanmoins, cette option semble peu probable avec le futur repreneur du club au regard des moyens financiers nécessaires à ce rachat.

    Vous avez également émis certaines critiques quant au montage mis au point par GACP pour racheter les Girondins de Bordeaux. Un tel montage permettra-t-il réellement au futur propriétaire des Girondins d’échapper à l’impôt sur les sociétés en cas de bénéfices ?

    On sait que l’intervention de sociétés luxembourgeoises peut être motivée par la recherche d’optimisation fiscale. La galaxie des sociétés auquel est associé Monsieur Dagrosa en fait apparaître certaines dans le Delaware ou aux Caïmans. Là encore, on nous dit de ne pas faire de procès d’intention mais on peut se montrer sceptique quant à la volonté du repreneur de payer l’intégralité de ses impôts en France.

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