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Interview

Pourquoi les fonds d’investissement s’intéressent-ils au football européen ?

Olivier Jarosz

L’irruption de la pandémie de Covid-19 a fortement fragilisé le modèle économique de nombreuses organisations sportives au cours des derniers mois. Malgré les difficultés causées par la crise sanitaire, plusieurs fonds d’investissement ont maintenu leurs opérations au sein du football européen en prenant des participations dans le capital social de clubs du Vieux Continent. Un tel mouvement va-t-il s’amplifier lors des mois et saisons à venir ? Olivier Jarosz, Managing Partner chez Club Affairs, nous livre ses analyses à ce sujet.

Plusieurs fonds d’investissement, notamment américains, ont dernièrement pris des participations dans des clubs européens. C’est notamment vrai en France avec les exemples des Girondins de Bordeaux, du Toulouse FC ou encore du SM Caen. Comment peut-on expliquer ce nouvel appétit des fonds d’investissement pour l’industrie footballistique ?

Au fil de son développement économique, le football européen a attiré de nombreux nouveaux acteurs et la discipline réunit désormais une grande variété d’investisseurs à la tête des clubs. Cela serait, à mon sens, une erreur de classer tous les « nouveaux » propriétaires dans un groupe homogène. Certains investisseurs perçoivent dans le football un placement rentable. D’autres investissent dans le football pour raviver un héritage familial et/ou territorial, faire honneur à leurs racines… Citons les exemples de Ryan Reynolds, qui a dernièrement racheté le club de Wrexham FC, ou encore celui de Dave Cormack, homme d’affaires américano-écossais qui vient d’acquérir Aberdeen FC.

Pour en revenir aux fonds d’investissement, leurs opérations dans le football répondent essentiellement à une stratégie de diversification de leur portefeuille d’actifs. Actuellement, les taux d’intérêt sont extrêmement bas. La politique monétaire accommodante pratiquée par les principales banques centrales favorise la circulation de liquidités. Cela engendre des tendances fortement haussières sur les marchés – des évolutions qui ne sont pas toujours corrélées aux tendances de l’économie réelle – avec par exemple l’envolée du cours de bourse de Tesla ou encore la très forte hausse du Bitcoin. Certains métaux, à l’image de l’argent, ont également connu une forte croissance lors des dernières semaines.

« Les opérations menées par les fonds d’investissement dans le football répondent essentiellement à une stratégie de diversification de leur portefeuille d’actifs »

Les investisseurs cherchent ainsi à placer leurs (importantes) liquidités dans des opérations qui présentent le meilleur ratio sécurité/rendement. Et le football peut alors représenter un choix approprié en cette période de fortes incertitudes dues à l’irruption de la pandémie. N’oublions pas que le football est le premier secteur d’activité « non-essentiel » à avoir repris un peu partout en Europe au printemps dernier – à l’exception de la France ! Au Royaume-Uni, le gouvernement britannique a justifié la reprise de la Premier League au mois de mai dernier par la volonté d’atténuer les effets de la crise sanitaire sur le moral de la population, afin de retrouver un semblant de normalité. Le football est alors considéré comme un véritable bien public ! Cette reprise rapide des activités – contrairement à d’autres pans de l’industrie des loisirs – a envoyé un signal de confiance aux investisseurs intéressés par une entrée au capital d’un club.

Autre élément de rassurance pour les investisseurs : très peu de clubs français ou européens ont totalement disparu dans l’histoire moderne du ballon rond. Certes, suite à des déconvenues financières, certains clubs ont parfois changé de forme juridique voire de nom. Mais un club professionnel de football ne meurt quasiment jamais. D’ailleurs, la puissance publique conserve toujours un œil sur les activités footballistiques. Par exemple, en France, lors des deux premiers confinements, les prêts garantis par l’Etat et les diverses exemptions de charges ont bien aidé les clubs à traverser cette période difficile et à résorber (ponctuellement) leurs problèmes de trésorerie.

Enfin, dernier argument jouant en faveur du football européen : les clubs sont actuellement considérés comme sous-évalués par rapport aux franchises nord-américaines. Désormais, un investissement au sein d’une franchise de sports US s’élève rapidement au-dessus de la barre du milliard de dollars. Les ressources nécessaires pour investir dans la plupart des clubs européens sont généralement bien moins importantes. Et les nouveaux investisseurs – notamment américains – pensent alors pouvoir accroître significativement la valeur de leur nouvelle acquisition en rationalisant son fonctionnement et en important des méthodes ayant fait leurs preuves aux Etats-Unis. Un scénario qui est alimenté par la forte croissance de la consommation mondiale de football ces dernières années – indépendamment des problématiques liées à la manière dont les jeunes générations consomment des contenus sportifs. Des investisseurs qui envisagent ainsi d’accroître significativement les revenus de leur club afin de réaliser une plus-value plus ou moins importante à moyen terme, lors de la revente de leurs parts.

La pandémie de Covid-19 a fortement fragilisé la trésorerie de nombreux clubs. Cette période va-t-elle accélérer l’entrée des fonds d’investissement dans le football européen, via des opérations de capital-retournement ?

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