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R. Molina : « Ce n’est pas le prix d’un joueur qui te fait gagner des titres »

interview romain molina cavani
Vlad1988 / Shutterstock.com

Ecofoot.fr publie aujourd’hui la troisième partie de son entretien avec Romain Molina, réalisé à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, Cavani, El Matador. Dans cette dernière partie, Romain Molina donne son avis sur la politique menée actuellement par le PSG tout en abordant le traitement médiatique réalisé autour du ballon rond. Propos recueillis par Jean-Baptiste Guégan et Guillaume Monteiro.

Dans le livre, tu parles assez peu du PSG, est-ce voulu ? Peux-tu nous dire pourquoi ?

Je savais que les gens du PSG allaient vouloir tout contrôler, que même les joueurs allaient être différents dans leur communication.

Le club m’a quand même permis d’avoir Thomas Meunier, Zoumana “Papus” Camara et Javier Pastore, même si pendant l’interview il y a deux personnes qui te surveillent.

Il y a tellement d’enjeux économiques et géopolitiques derrière qu’il faut que l’image soit la plus maitrisée possible pour le club…

Evidemment. Et c’est notamment pour cela que dans le livre, je retranscris les expressions qu’on me dit telles qu’elles sont. Si un gars me dit « Puta madre », c’est qu’il le pense comme ça. Donc je le dis.

Je ne vais pas trahir sa pensée, j’ai l’obligation de retranscrire ainsi et d’être le plus exacte possible. Mais pour revenir sur le PSG, j’ai quand même fait plus long que prévu. Et heureusement que j’ai eu les deux anciens intendants qui m’ont aidé.

Comment as-tu fait pour avoir avec toi ces deux intendants ? Comment le club a pu les autoriser à parler ?

Tout d’abord, ils ne sont plus au club. Le PSG ne voulait pas que je les aie. Je vais raconter une anecdote. On m’avait dit qu’Edi allait souvent pêcher avec un intendant, mais le club ne voulait pas me donner son nom. Donc forcément j’ai cherché et en parlant avec le frère d’Edi, il m’a parlé de Romain. Je suis entré en contact avec lui et après avoir vérifié auprès du frère d’Edi que j’étais une personne de confiance, il m’a rappelé.




 

Puis Romain m’a présenté Vincent, l’autre intendant du club. Leurs propos étaient francs et directs alors que la communication du club était au contraire très contrôlée. C’est cela qui m’a intéressé.

Paris, c’est une véritable citadelle. Sur le PSG, j’ai essayé d’avoir un décalage, un certain recul pour ne pas raconter des choses que tout le monde sait déjà.

Tu as écrit un livre sur Unai Emery et un livre sur Edinson Cavani. Que penses-tu de la trajectoire que prend le PSG actuellement ?

Si tu m’avais demandé après le match face à Marseille, je ne t’en aurais pas dit énormément de bien. Je pense qu’Unai Emery jouait très gros, surtout vis-à-vis de son groupe, sur les matchs d’après.

Ceux qui ont suivi ont été très bons, notamment collectivement. Tu sens que les joueurs, même remplaçants, sont impliqués et jouent pour l’équipe. Cela signifie qu’Unai tient le vestiaire et qu’il maîtrise encore le truc. Il a fait quelques modifications, notamment des permutations entre Rabiot et Verratti que je trouve très intéressantes. Ils ont tout pour bien faire.

Cela signifie qu’Unai Emery tient le vestiaireClick to Tweet

Après, il faut que la direction admette que ce n’est pas le prix d’un joueur qui te fait gagner des titres. Une équipe, c’est d’abord un club en entier.

Justement, tu ne penses pas qu’il y a un problème au niveau institutionnel ? Que les joueurs sont parfois placés trop haut par rapport au club ?

Si bien sûr. Déjà au niveau de l’entraîneur. Même Laurent Blanc, on peut le critiquer sur plein de choses mais j’aimerais savoir quel entraîneur peut asseoir son autorité quand ses joueurs appellent le président. Tu ne peux rien faire. Le deuxième souci, c’est que tout ce qui brille attire les dirigeants…

Parfois j’ai l’impression qu’ils sont trop arrogants. Par exemple après le 4-0 face au Barça certains commençaient déjà à regarder les hôtels pour Cardiff, lieu de la finale.

C’est ce qui fait la différence entre une institution et un jeune club, ce qu’est encore Paris.

Exactement, je dirais plutôt un jeune actionnariat, même si c’est un jeune club aussi. Un actionnariat qui a commis des erreurs. Maintenant, il faut voir sur la durée.

Si on regarde par rapport aux années 80-90, le football a changé totalement de direction. Aussi bien en termes économiques que géopolitiques. Le foot n’est-il qu’un élément parmi tant d’autres ? Qu’en penses-tu ?

Je n’aime pas trop qu’on dise que c’est mieux avant. C’est plutôt différent. Dans la nostalgie du passé, on oublie parfois qu’il y avait beaucoup de sales affaires aussi. Mais aujourd’hui, ce n’est plus à la même échelle. Le football est otage de son économie.

Le football est otage de son économie.Click to Tweet

Le football est aussi un vecteur de pouvoir, d’image et parfois d’égo et de vanité pour certains. Donc on ne peut plus regarder le football sous le même prisme et c’est pour cela qu’il faut se documenter au-delà. Pour comprendre le football aujourd’hui, il faut aussi comprendre les pays, la situation du monde.

Plus largement, comment vois-tu le football aujourd’hui ?

Ce que je vois du football, c’est qu’en haut tout est contrôlé, manipulé, et qu’on prend les gens pour des imbéciles.




 

Quant aux joueurs, ils vivent dans une bulle et sont parfois totalement déconnectés de la réalité, les gens ne se rendent pas compte à quel point. Mais quand il y a autant d’argent… Et je n’aime pas cette médiatisation à outrance, où l’on parle trop souvent de la même chose et on oublie tout ce qui est important. Déjà le jeu, l’essence même de ce sport. Et le fait de prendre les informations avec du recul. On veut du talk, des infos à la chaine, car c’est le moins cher. Et on retrouve cela dans l’idéologie des « skills » et « highlights » comme si ça représentait un match en entier. On veut minimiser les coûts, et l’information avec.

Aujourd’hui le football est pris en otage. Il faut en revenir à la base de ce sport. Le football qu’est-ce que c’est ? Ce sont deux gamins qui font des buts avec deux sacs et qui tapent dans un ballon.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Guégan et Guillaume Monteiro

L’ouvrage Cavani, El Matador écrit par Romain Molina est disponible sur Amazon

Pour (re)lire la première partie de l’interview : https://www.ecofoot.fr/interview-romain-molina-ecriture-football-2716/

Pour (re)lire la deuxième partie de l’interview : https://www.ecofoot.fr/interview-romain-molina-metier-ecrivain-2720/

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