Interview

Comment identifier la bonne cible lors d’une opération de rachat dans le football professionnel français ?

Alors que les difficultés liées aux droits TV pourraient accélérer les changements actionnariaux dans le football français, les opportunités se multiplient pour les investisseurs. Encore faut-il savoir distinguer les clubs à fort potentiel des dossiers trop risqués. Sébastien Janodet, fondateur de l’agence Winning Team, nous livre ses analyses. Entretien.

Sébastien Janodet Winning Team

Photo Icon Sport

A quels besoins répond précisément l’agence Winning Team ?

Winning Team répond à un besoin de sécurisation et de création de valeur dans le football masculin et féminin autour de deux axes principaux :

➡️ Le conseil M&A : Côté investisseurs, j’accompagne le ciblage et les due diligences pour évaluer le potentiel réel d’un club, anticiper les contraintes réglementaires (DNCG) et structurer le deal. Côté clubs, je conseille les propriétaires pour les rendre « investissables » et trouver des partenaires.

➡️ L’accompagnement stratégique et opérationnel : Post-rachat ou pour des clubs, j’interviens sur la restructuration organisationnelle, l’optimisation du P&L et le développement des revenus (BtoB, BtoC, digital). J’agis aussi comme AMO (ndlr : Assistance à Maîtrise d’Ouvrage) sur les projets d’infrastructures (stades, centres de performance) pour en maximiser la rentabilité.

Ma double expérience d’ancien Directeur des partenariats à la LFP et de Président de club à l’ASNL m’apporte cette vision à 360°, du terrain à la gouvernance.

Quels sont les profils des investisseurs que vous accompagnez dans leurs opérations dans le football professionnel français ? Partagent-ils des caractéristiques en commun ?

J’accompagne principalement des fonds d’investissement (souvent internationaux), des family offices et des groupes d’entrepreneurs. Leur point commun est la recherche d’une rationalité économique : ils n’interviennent pas pour du mécénat et ont compris le potentiel du football français, mais savent qu’une expertise locale est indispensable.

Ces dernières années m’ont aussi appris que 80% des projets n’aboutissent pas, souvent parce que l’audit révèle des « cadavres dans les placards » dont des engagements hors bilan ou des passifs sous-estimés. Déconseiller une mauvaise affaire fait pleinement partie de mon rôle pour protéger l’acheteur.

Quels critères examinez-vous pour évaluer l’attractivité d’un club et la viabilité d’un projet de reprise ? Quels sont les principaux signaux d’alerte susceptibles de vous conduire à déconseiller une opération ?

L’attractivité dépend de l’adéquation entre l’ADN du club et le modèle de l’investisseur. Si la capacité à générer des revenus récurrents hors transferts est primordiale, le player trading peut constituer un pilier central s’il est structuré : réseau MCO, académie performante… J’analyse ainsi le potentiel commercial, l’ancrage territorial, les infrastructures et les relations avec les collectivités, afin de vérifier que le projet réponde parfaitement aux objectifs de l’acheteur.

Côté signaux d’alerte, le red flag absolu reste la spéculation à court terme : baser l’équilibre financier uniquement sur du player trading opportuniste pour éponger un déficit structurel massif, sans vision à moyen terme. À cela s’ajoutent une masse salariale hors de contrôle, un passif juridique sous-évalué, un environnement politique local toxique ou un potentiel économique qui a déjà atteint son plafond.Si la Due Diligence confirme ces failles, mon rôle est d’alerter sans détour et de déconseiller l’opération

Vous attendez-vous à de nouveaux changements actionnariaux dans le football professionnel français lors des mois à venir ? Des investisseurs internationaux peuvent-ils s’intéresser aux clubs évoluant désormais dans la nouvelle Ligue 3 ?

Le marché va rester très actif. Les secousses sur les droits TV et la vigilance de la DNCG obligent de nombreux actionnaires à trouver des solutions, ouvrir leur capital ou céder leur club. Pour un investisseur, nous sommes dans un marché « baissier » opportun à l’achat.

Concernant la nouvelle Ligue 3, c’est un “oui” catégorique : il va y avoir (et il y a) de vraies opportunités. D’un côté, le ticket d’entrée est plus accessible et le statut pro boostera les revenus, y compris de trading. De l’autre, certains clubs devront se mettre aux normes sans en avoir les moyens.

Pour des investisseurs structurés, reprendre un club de Ligue 3 disposant d’un fort potentiel de croissance et d’opportunités de modernisation de ses infrastructures représente un excellent ratio risque/rendement. Et cela peut être particulièrement intéressant de partir d’une feuille quasi blanche, avec en général peu de dettes et peu de restructuration à effectuer, mais que du développement, de la croissance et de l’investissement.

Quel ticket d’entrée doit envisager un investisseur ou un propriétaire-vendeur pour être accompagné par Winning Team ?

Le modèle est pragmatique et sur-mesure, adapté à chaque projet, d’un petit club de Ligue 3 aux clubs majeurs.  Winning Team offre une réactivité maximale sans la lourdeur financière des grands cabinets avec lesquels nous pouvons d’ailleurs collaborer. Concrètement :

➡️ En conseil à l’acquisition (Buy-side) ou à la cession (Sell-side), nous privilégions un petit forfait d’accompagnement initial (retainer) calibré sur la phase de due diligence ou de préparation, qui est ensuite déduit du success fee lors de la finalisation de l’opération.

➡️ En accompagnement opérationnel ou AMO (infrastructures, audit P&L, restructuration), nous fonctionnons au forfait selon le périmètre de la mission.

Dans tous les cas, la prestation est très flexible et s’autofinance par les risques évités en négociation ou la valeur créée dès les premiers mois.

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