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« La FIFA devra, au regard des enjeux auxquels la civilisation humaine est confrontée, réviser en profondeur son modèle »

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Ugis Riba / Shutterstock.com

Les enjeux environnementaux sont-ils pris en compte dans l’organisation des grands événements sportifs ? Alors que l’attention a longtemps été portée sur la qualité des infrastructures mises à disposition pour organiser de telles compétitions, une certaine conscience « écologique » commence à voir le jour au sein des différents acteurs du monde sportif. Pour mieux analyser l’appropriation des enjeux environnementaux par le mouvement sportif, Ecofoot.fr s’est entretenu avec Xavier Parenteau, expert de la question et Directeur Associé chez Herry Conseil.

Les grands événements sportifs ont plutôt la réputation de générer un impact négatif sur l’environnement. Comment mesure-t-on un tel impact dans le cadre d’une Coupe du Monde de football ?

Il ne faut pas se voiler la face, toute activité humaine a un impact sur l’environnement, que ce soit du point de vue du recours aux ressources naturelles que de celui des impacts au sens ‘pollution’ mais aussi ‘contribution’ au dérèglement climatique et déséquilibre des écosystèmes. Comme le souligne très bien Christophe Lepetit du CDES en marge de son article sur les retombées économiques, les grands événements sportifs internationaux n’échappent pas à ces impacts qui à défaut d’apparaître distinctement dans les budgets d’organisation se font ressentir quoi qu’il en soit dans les factures d’énergie, transport, gestion de déchets, d’alimentation, de maîtrise des risques, primes d’assurances, image, sponsoring…

L’organisation des Coupes du Monde de la FIFA n’échappe pas à la règle, et porte d’autant plus de responsabilités que ces événements sont mondiaux, visibles et populaires.

Ceci dit, la mesure et l’évaluation précise des impacts restent aussi complexes que la maîtrise de ces impacts eux-mêmes. En effet, nous sommes face à des concepts faisant appel à une ingénierie autre que celle du sport ou de l’économie. Mesurer un impact carbone, une empreinte eau, déchets, biodiversité, air, acoustique… fait appel à autant de spécialités techniques qu’il y a d’impacts. Les méthodes techniques sont des méthodes d’évaluation dans la plupart des cas. C’est pour cela que les organisateurs doivent être systématiquement accompagnés par des bureaux d’études et des experts en la matière.

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  • D’un point de vue méthodologique, mesurer ses impacts n’a de sens que si l’objectif de ces mesures est de réduire au maximum les effets néfastes de l’événement par le biais d’un plan d’action cohérent. Autrement dit, il est essentiel d’évaluer au plus tôt les impacts en amont de l’événement, pour en ressortir les enjeux majeurs, les actions essentielles visant à les réduire et à prioriser l’ensemble. C’est pour cela qu’un plan d’éco-responsabilité est de plus en plus exigé en phase de candidature. Il contribue à la prise de décisions et aux choix d’options. Il est aussi essentiel de mesurer après l’événement et de partager les résultats, bonnes pratiques et difficultés pour en tirer des savoir-faire bénéfiques à tous les organisateurs d’événements.

    Enfin d’un point de vue général, il est important de rappeler que l’essentiel des enjeux d’une Coupe du Monde porte sur sa visibilité, sa capacité à transmettre des messages, à faire évoluer les comportements compte tenu de l’audience dont elle bénéficie. Les “matchs du dimanche” – au sens compétitions d’amateurs, régionales… – restent à l’échelle mondiale, plus discrets mais beaucoup plus impactants car plus difficiles à maîtriser compte tenu de leur diffusion, de leur multiplicité et le caractère plus individuel de chacun de nos comportements. Chaque année en France, plus d’un million de matchs sont organisés, 32 000 matchs par week-end, autant de déplacements, de déchets, d’alimentation…

    Les organisateurs de grands événements sportifs prennent-ils de plus en plus en considération les enjeux environnementaux ? La FIFA et/ou l’UEFA a-t-elle intégré des critères « environnementaux » dans le cahier des charges à respecter pour organiser une grande compétition ?

    Si nous regardons le cahier des charges de la FIFA pour la Coupe du Monde 2026, nous constatons une très nette évolution de la prise en compte d’une démarche de développement durable plus large que la “seule” gestion des impacts environnementaux. Ainsi pour le BID 2026, l’accent a été porté en complément des exigences environnementales renforcées sur le management responsable de l’organisation (cf. la norme ISO 20121), la maîtrise des risques, les droits humains et l’héritage. Ce qui après avoir choisi la Russie et le Qatar sans réels critères environnementaux ou sociaux n’a pas empêché la FIFA de sélectionner le dossier UNITED qui de ce point de vue reste aussi discutable. Mais la FIFA comme toute institution, évolue, lentement, trop lentement peut-être mais c’est une vieille dame à la gouvernance complexe et aux enjeux multiples.

    Ceci dit, tout comme le CIO, et les autres fédérations internationales de sport, la FIFA devra, au regard des enjeux auxquels la civilisation humaine est confrontée, réviser en profondeur son modèle de fonctionnement et d’organisation, créé à une époque où les ressources et l’équilibre naturel n’étaient pas pris en compte ni dans les têtes ni dans les comptes et encore moins dans les limites factuelles d’organisation.

    Aujourd’hui, il s’agit d’une question de survie de ces modèles de business sportifs et événementiels à long terme. Le temps n’est plus seulement à la limite des impacts mais aussi à l’adaptation des conséquences déjà dramatiquement visibles de ces impacts.

    Coté UEFA, si on regarde la candidature pour 2016 de la France, cette dernière portait, grâce à l’engagement du regretté Xavier Daniel et de Jacques Lambert, notamment une ambition forte de développement durable de la manifestation. Une fois la candidature gagnée, cette ambition a été mise en musique de manière intéressante et efficace par Neil Beecroft pour l’UEFA et EURO 2016 SAS. Cela reste pour moi un des événements exemplaires en la matière, y compris dans la gestion complexe des Fan Zones, et plus particulièrement celle de Paris dont la maîtrise d’ouvrage était confiée à la ville de Paris (territoire engagé avec une direction des grands événements sportifs certifiés ISO 20121 à l’époque).

    Avez-vous en tête un exemple de grande compétition sportive ayant réduit au maximum son impact négatif sur l’environnement ?

    Très difficile à dire car, comme nous l’avons évoqué ensemble, les impacts sont multiples. Il faudrait pouvoir comparer des choses comparables. Beaucoup d’acteurs font de plus en plus d’efforts pour comprendre et maîtriser leurs enjeux sur ces questions-là.

    Alors je vais être chauvin, la France est regardée par le monde entier sur sa capacité d’organisation des événements internationaux mais aussi sur la capacité des acteurs institutionnels à s’engager vers plus d’écoresponsabilité. Je pense par exemple aux engagements de la ville de Paris ou ceux du Ministère des Sports.

    Pour les événements passés je souligne la qualité du pilotage de management responsable de Lagardère Sports et de la Ville de Paris pour la Fan Zone. Il y a eu aussi l’organisation de l’Euro en tant que tel. Evidemment, pour les événements futurs, je pense plus particulièrement aux Jeux Olympiques de Paris de 2024 dont les objectifs et les moyens alloués – tant du côté du COJO que de SOLIDEO – sont ambitieux, concrets et prometteurs aussi bien en termes de maîtrise des impacts que d’héritage.

    En-dehors des grands événements, les clubs sportifs professionnels français intègrent-ils de plus en plus dans leur fonctionnement les problématiques environnementales ? Pouvez-vous nous citer un bon élève en Ligue 1 ?

    Oui il est clair que les clubs travaillent de plus en plus ce sujet, qu’ils soient convaincus par leur gouvernance ou “incités” par leurs partenaires / sponsors / actionnaires et par la Ligue de Football Professionnel. Cette dernière depuis quelques années met en place une démarche structurée et pilotée. Elle propose de nombreux outils et rendez-vous pour aider les clubs à s’approprier le sujet de la responsabilité au sens large.

    Le 11 juin dernier, en présence de Laura Flessel, Ministre des Sports, et d’Isabelle Autissier, Présidente du WWF, Nathalie Boy de la Tour a signé la charte des 15 engagements éco-responsables du Ministère des Sports pour la finale de la Coupe de la Ligue. Cette signature sous-entend que les stades candidats à la réception de cette compétition devront de plus en plus s’engager eux aussi pour être en cohérence avec les engagements de la LFP. C’est une boucle vertueuse pour l’ensemble des acteurs.

    Dans un élan comparable, L’ORANGE VELODROME et l’OLYMPIQUE DE MARSEILLE ont signé le même jour la même charte pour leurs activités respectives. Ils se sont rendus ensemble avec la ville de Marseille à ce rendez-vous d’engagement fixé par le ministère des sports.

    Ce sont pour moi les élèves exemplaires de la Ligue 1, car le triumvirat Territoire / Stade / Club est essentiel pour garantir une démarche d’écoresponsabilité cohérente et efficace.

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