droits tv ligue 1
Droits TV

Droits TV et le décrochage français

Icon Sport

En choisissant l’offre d’Amazon, la Ligue de Football Professionnel semble avoir fait un pari sur l’avenir. L’entrée d’un nouvel acteur, à la puissance financière très importante, pourrait à moyen terme stimuler le marché des droits TV domestiques du football français. Mais, à court terme, la L1 va souffrir de la comparaison avec ses voisins européens. Eclairage.

Amazon, grand vainqueur du cycle 2021-24

Qu’elle semble déjà loin la période au cours de laquelle les principaux pontes du football professionnel français jubilaient au sortir d’un appel d’offres « rondement » mené. Les sommes promises pour le cycle 2020-24 étaient alors de l’ordre de 1,2 Md€ par exercice. Seul petit bémol : la solvabilité du principal enchérisseur, Mediapro, n’a pas été (suffisamment) étudiée.

Trois ans (et une crise sanitaire doublée d’une crise économique) plus tard, suite au fiasco Mediapro, la LFP a procédé à la réattribution des lots laissés vacants par son éphémère diffuseur sino-espagnol, pour le cycle 2021-24. Et, au lieu de jouer la sécurité en choisissant la proposition du tandem Canal+ / BeIN Sports ; la Ligue de Football Professionnel a préféré opter pour l’offre formulée par Amazon, nouvel entrant sur le marché des droits TV du football français. Le géant américain de l’e-commerce a ainsi obtenu les droits TV domestiques de 80% de la Ligue 1 et de la Ligue 2 contre un investissement de l’ordre de… 260 M€ par saison. Un montant plus de trois fois inférieur à la somme initialement promise par Mediapro pour les mêmes matches.

En cédant l’essentiel des droits à Amazon, le football professionnel français percevra une somme totale de 663 M€ par exercice pour ses droits TV domestiques. Un montant qui est (quasiment) divisé par deux par rapport aux sommes promises lors de l’appel d’offres de mai 2018 mais qui correspond également à une contraction de plus de 10% des recettes par rapport au cycle 2016-20. Et des zones d’ombre subsistent. Le lot 3, initialement commercialisé à BeIN Sports pour 332 M€ par saison, puis sous-licencié à Canal + au prix coutant, pourrait être l’objet d’une nouvelle bataille judiciaire. Le groupe Canal + a déjà manifesté son intention de ne plus diffuser la L1 à compter de cette saison 2021-22 suite à l’attribution des lots à Amazon.

La France (très) à la traine par rapport aux voisins européens ?

« L’effondrement des droits TV officialise un décrochage de long terme pour la Ligue 1 » nous précisait dernièrement Antoine Feuillet, Maître de Conférences à l’Université Paris-Saclay et Spécialiste de la question des droits audiovisuels. En effet, l’écart ne cesse de se creuser entre les revenus audiovisuels du football professionnel français et ses (grands) voisins européens.

Malgré un contexte (très) difficile, les autres principaux championnats du Vieux Continent sont parvenus à sécuriser des recettes TV domestiques bien plus importantes que celles de la L1. Sans même procéder à un appel d’offres, le Board de la Premier League a conclu un arrangement avec ses trois diffuseurs en place – Sky, BT et… Amazon – pour prolonger les accords en cours sur la période 2022-25. Une affaire bien menée qui permet à la Premier League de sécuriser 1,5 Md£ de recettes TV domestiques par exercice pour trois saisons supplémentaires.

En Italie, la commercialisation des droits TV domestiques pour le cycle 2021-24 a été bien plus tumultueuse. Les dirigeants des différents clubs de Serie A ont éprouvé d’énormes difficultés à se mettre d’accord. Fallait-il privilégier la sécurité en choisissant un acteur historique (Sky) ou se montrer gourmand en optant pour l’offre plus avantageuse financièrement formulée par un « nouvel » acteur (DAZN) ? La Lega Serie A a finalement vendu l’essentiel des droits à DAZN – associé à l’opérateur TIM – contre un chèque de 840 M€ par saison. Sky est finalement parvenu à arracher un lot complémentaire de 3 rencontres par journée en co-diffusion contre un investissement de 87,5 M€ par exercice. Résultat des courses : 927,5 M€.

Un premier signal d’alerte concernant une probable stagnation des droits TV domestiques du football européen avait été envoyé par la Bundesliga à l’été 2020. Pour la première fois depuis 2002, la DFL n’était pas parvenue à enregistrer une augmentation des droits audiovisuels domestiques de la 1. Bundesliga et 2. Bundesliga. Au final, les droits domestiques pour le cycle 2021-25 ont été octroyés à Sky et DAZN contre un investissement de 1,1 Md€ par saison. Soit un montant en baisse de 5% par rapport au cycle 2017-21. Enfin, les enjeux seront grands du côté de l’Espagne : Javier Tebas prépare soigneusement la commercialisation des prochains droits TV domestiques du football ibérique.

Des droits TV internationaux (encore) très faibles

Face à la stagnation voire à la régression des recettes audiovisuelles domestiques, la commercialisation des droits TV sur les marchés internationaux peut constituer un relais crucial de croissance. Mais, à ce sujet, la Ligue 1 n’est également pas bien positionnée. Engagé dans un contrat au long court avec son partenaire BeIN Sports, le groupe qatari s’est engagé à verser un montant global de 480 M€ pour la période 2018-24. Soit 80 M€ par exercice sous forme de minimum garanti. En contre-partie, BeIN Sports a également accepté de reverser à la LFP 50% des surplus engrangés via la vente des droits aux différents opérateurs internationaux. Des excédents qui semblent inexistants jusqu’à présent…

Sur les droits internationaux, la Ligue 1 est également à la traîne par rapport à ses concurrents européens. La Premier League perçoit plus de 1,5 Md€ de recettes TV internationales par saison. La Serie A dispose d’un contrat avec IMG lui sécurisant 371 M€ de recettes internationales par exercice. Enfin, LaLiga perçoit près de 900 M€ de droits TV internationaux par exercice grâce à un accord avec… Mediapro !

Amazon pourrait-il prochainement devenir un partenaire de poids pour accroître l’exposition internationale de la Ligue 1 ? Ce scénario n’est pas improbable. A condition, au préalable, de réussir déjà son entrée sur le marché domestique…

Droits TV et le décrochage français
To Top
Send this to a friend