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« L’arrêt Bosman a eu pour effet de renforcer la puissance d’une petite élite fermée de clubs européens »

interview leo bazin
Antoine Barthelemy - Shutterstock.com

Si l’arrêt Bosman ne peut être tenu pour seul responsable du creusement des inégalités au sein du football européen ; la décision rendue en 1995 par la Cour de Justice des Communautés Européennes a été le point de départ d’une transformation radicale du fonctionnement de la discipline. Et les timides tentatives de correction des effets « Bosman » n’ont pas eu d’impact pour notre spécialiste, Léo Bazin, Auteur de l’ouvrage « Nationalité et équité dans le football : Le cas des cinq grands championnats européens ».

De nombreux spécialistes estiment que l’arrêt Bosman est à l’origine du creusement des inégalités au sein du football européen. Partagez-vous une telle analyse ? Est-ce réellement l’unique raison de cette évolution ?

En 1995, l’arrêt Bosman prononcé par la Cour de Justice des Communautés Européennes (CJCE) opère en effet une véritable révolution en établissant que les règles sportives limitant le nombre de joueurs communautaires dans un club européen vont à l’encontre des stipulations des traités européens, et notamment de la règle de libre circulation des travailleurs. Dès lors, la décision Bosman crée un environnement juridique favorable à la libéralisation des règles footballistiques et à la remise en cause de l’exception sportive, engendrant par là même un certain nombre de déséquilibres.

Des déséquilibres sportifs, d’abord : les clubs les plus attractifs peuvent s’attacher les services des meilleurs joueurs sans avoir à se soucier des quotas qui étaient en vigueur auparavant. Alors qu’un club français, anglais ou italien était tenu de faire figurer un certain nombre de joueurs nationaux sur la feuille de match, cette obligation s’est très nettement estompée. Ce phénomène permet donc la formation d’un microcosme d’équipes très compétitives au détriment d’une majorité qui ne récupère que les menus restes. De plus, cela nuit à la compétitivité de certaines sélections nationales dont les joueurs n’ont pas nécessairement l’occasion d’être titulaires ou d’avoir un temps de jeu régulier dans leur club étant donné le poids accru de la concurrence.

« Les recettes des clubs sont irrémédiablement liées à la qualité de leur effectif »

Des déséquilibres économiques ensuite : si l’arrêt Bosman n’est pas l’unique déterminant du creuset économique actuel entre les clubs européens, il n’en a pas moins contribué à sa formation. En effet, les recettes des clubs, qu’il s’agisse de la billetterie, des droits télévisés, du sponsoring ou encore des sommes perçues pour le parcours effectué en coupe d’Europe, sont irrémédiablement liées à la qualité de l’effectif du club en question. Posséder des bons joueurs, voire des superstars, c’est l’assurance pour un club d’attirer des spectateurs au stade et d’accroître sa visibilité au plan régional et mondial. C’est également augmenter ses chances d’effectuer un bon parcours en coupe d’Europe et de s’y qualifier régulièrement. La réallocation de ces ressources financières n’est cependant pas optimale et reste captée par une petite élite de clubs.

Récemment, l’appel d’offres pour l’obtention des droits TV de la Ligue 1 sur la période 2020-2024 a dépassé pour la première fois le milliard d’euros. Cette augmentation est due à l’attractivité croissante du championnat français sur laquelle la présence de joueurs comme Neymar et Mbappé, au sein du club du PSG, a indéniablement pesé. Néanmoins, la répartition de ces droits TV entre les vingt clubs de l’élite se fait en faveur du club le plus riche et le plus fort puisque le champion de France en titre récupère jusqu’à 3,6 fois plus de droits que le club en récupérant la plus petite partie.

Bien entendu, l’arrêt Bosman n’est pas l’unique déterminant du creusement des inégalités au sein du football européen. Tout d’abord, il n’aurait sans doute pas eu autant d’impact sur l’accroissement des inégalités sportives et économiques s’il n’avait pas été complété par une multitude d’accords bilatéraux et multilatéraux entre Etats. Ces derniers, dont le plus important reste les Accords de Cotonou de 2000 – concernant les pays ACP – étendent l’exemption de discriminations basées sur la nationalité à des joueurs extra-européens. Cela étend la taille du marché des joueurs sur lequel les clubs peuvent venir se servir en main d’œuvre footballistique.

pays ACP

De même, certaines mesures prises par les instances de gouvernance du football contribuent à l’accroissement des inégalités sportives. L’exemple de la réforme récente de la Ligue des Champions par l’UEFA illustre cette tendance. Ainsi, ce sont désormais 16 clubs sur les 32 présents en phase de poules qui seront issus des quatre championnats européens les plus importants – Angleterre, Espagne, Allemagne, Italie – puisque les quatre premiers de ces ligues seront désormais qualifiés d’office, sans tour préliminaire. Par conséquent, cela réduit le nombre de places qualificatives pour des clubs issus de championnats un peu plus confidentiels.

Plusieurs projets ont été portés au cours des 20 dernières années pour limiter l’impact des accords Schengen au sein du football européen. Alors Président de la FIFA, Sepp Blatter a notamment travaillé sur la règle du « 6+5 » pour favoriser les joueurs nationaux au sein des effectifs des clubs professionnels européens. Pourquoi un tel projet n’a-t-il pas abouti ? 

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